SCÈNE III. — M. DE CALVIÈRES, EUSTACHE , SERAPIIIXE
M. i)K CALMÈKKS. Eti bieii ! l'urticle de ta chienne sera-t-il clans les Affiches (le demain?
EUSTACHE. Mon papa, je ne suis pas encore allé au bureau. Voyez ce qui m'a retenu, c'est une bague que j'ai trouvée. (// lui donne l'étui.)
M. DE cALviEUES. Voilà uu supcrbc diamant?
EUSTACHE. N'est-il pas vrai? Il vaut bien la peine qu'on oublie un moment une petite chienne.
M. DE CALVIÈRES. Oui, s'il t'appartenait. Est-ce que tu te proposes de le garder?
EUSTACHE. Mais si personne ne le réclame ?
M. DE CALVIERES. Quelqu'un te Ta-t-il vu ramasser?
EUSTACHE. Non, mou papa.
sÉRAPHiNE. Pour mol , je n'aurais pas de repos avant de savoir à qui il appartient.
EUSTACHE. Que le maître se montre, la bague ne restera pas sûrement entre mes mains. Fi donc ! ce serait comme si je l'avais volée. Il faut rendre à chacun ce qui est à lui.
M. DE CALVIÈRES. Tu ne seras peut-être pas alors si joyeux?
EUSTACHE. Pourquoi donc, mon papa? Je vous avouerai que je n'ai d'a:bord pensé qu'à mon bonheur de trouver un si beau bijou. Je le regardais déjà comme mon bien. Mais ma sœur m'a fait sentir quelle devait être la peine de celui qui l'a perdu. Je me réjouirai bien plus encore de finir son chagrin que de garder cette bague, qui me ferait rougir toutes les fois que j'y jetterais les yeux.
sÉR.\PHiNE. Il y a tant de plaisir à soulager ceux qui souffrent ! Aussi, je ne puis me figurer que Rufin, ou quelque autre, soit assez méchant poui' retenir ma Diane, quand il saura combien je la regrette.
M. DE c.\LviÈRES, les emèrassant. Ames pures et innocentes! 0 mes enfants! combien je me réjouis d'être votre père ! Nourrissez et fortihez tous les jours dans vos cœurs ces sentiments généreux. Ils feront votre bonheur et celui de vos semblables.
SÉRAPHINE. Vous nous cu douucz l'exemple, mon papa, comment pourrions-nous sentir différemment?
EUSTACHE. Oh ! je vais montrer ma trouvaille à tout le monde ; et je cours annoncer tout à la fois dans les Affiches, que nous avons perdu une levrette et trouvé une bague.
M. DE CALVIÈRES. Doucemeut, mon fils. Il y a des précautions à prendre. Il pourrait se trouver des gens qui vo\ilusseiit s'approprier la bague, sans ([u elle leur appartint.
SERAPHiNK. Oh! je serais aussi Une qu'eux. Je leur demanderais d'abord
':"2 l.A LEVRETTE ET LA BAGl'E.
comment elle est faite ; et je ne la rendrais qu'à celui qui me le dirait bien exactement.
M. DE cALviÈUEs. Cs moyeu n'est pas encore trop sûr. On peut l'avoir vue au doigt de celui qui Ta perdue, et venir ici avant lui la réclamer.
sÉRAPHiNE. Je vois quc vous en savez plus que nous, mou papa.
M. DE cALviÈUEs. L'objct cst d'uu assez grand prix pour qu'on fasse toutes les recherches propres à le faire retrouver. Ainsi , il faut attendre.
EUSTACHE. Et si l'ou uc souge pas à ce moyen?
SÉRAPHINE. Nous y avous songé pour Diane, on s'en avisera bien pour un diamant.
M, DE cALviÈREs. En attendant, je le garde entre mes mains, et vous, gardez-vous d'en parler à personne au monde.