‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 140 sur 276 · SCENE VIII. — :\L DE C'ALVli-:iîES. SÉRAPHINE, EUSTACHE, LÉON · texte numérisé non relu

SCENE VIII. — :\L DE C'ALVli-:iîES. SÉRAPHINE, EUSTACHE, LÉON

M. DE CALviÈUES. Quc voulait donc Rulin? Je l'ai vu, de ma fenêtre, entrer ici tout éploré.

sÉiiAriiiNE. Le pauvre garçon était à demi-mort.

EUSTACHE. C'est lui qui avait i)eidu la bague (|ue j'ai trouvée. Elle est à son père.

M. OE CALviÈRES. Lui avcz-vous fait sentir l'indignité de sa conduite envers vous ?

LÉON. Eh! mon Dieu, non, monsieur! Il n'a pas été seulement ipiestion de Diane. J'aurais du moins exigé qu'il me la fit retrouver. Il n'aurait pas eu sa bague sans cela.

EUsiACHE. Ah! mon clicr papa, je n'ai i)u [uendre cela sur mou cœur. Je voyais Uuliii si allligé.

LA LEMJKTTE ET LA lîAGUE. 2oo

SEHAi'iii.NK. Uiloiqiie j'aime bien Diane, il m'aurait été iinpussiljle de m'en occuper dans ce moment. Je ne sentais que la douleur de ce pauvre mallieu reux.

M. DE CALviRREs. Vous VOUS êtes noblement comportés l'un et l'autre. Vous êtes, mes chers enfants, mes bons amis, toute ma joie et tout mon bonheur. 11 n'y a que des âmes basses qui puissent insulter au désespoir d'un ennemi accablé. Mais où est donc Rulin? pourquoi n'a-t-il pas demandé la bague en s'en allant?

EUSTACHE. Il était si transporté de joie ! Il ne savait ce qu'il faisait.

SERAPFUNE. Il a couru vers la porte, et s'en est allé comme un fou.

ELSTACHE. 0 mou papa! si vous saviez combien je me réjouis de vous voir approuver ma conduite et celle de ma sœur!

M. DE CALviÈREs. Pourrais-tu me croire insensible à une action généreuse?

EUSTACHE. C'est que vous m'aviez défendu...

M. DE CALVIÈRES. Je t'avais défendu de parler de la bague indiscrètement; mais je ne t'avais pas dit de la retenir, lorsque celui à qui elle appartient se serait fait connaître.

SCENE IX. — M. DE CALVIÈRES, SÉRAPHINE , EUSTACHE, LEON, RUFIX qui porte la levrette sous son bras.

SÉRAPHINE, avec un cri de joie. Ah ! Diane , ma chère Diane ! {Elle court à elle, la prend dans S07i sein et la caresse.)

«UFiN. Vous voyez combien j'étais coupable et combien peu je méritais votre générosité. Oh! pourrez-vous me pardonner ce vol et mon indigne conduite. (Apercevant 31. de Calrières.) Ah ! monsieur, quel monstre vous avez devant les yeux !

M. DE CALVIÈRES. Ou ccssc de l'être lorsqu'on reconnaît ses fautes, et qu'on cherche , comme vous faites, à les réparer. Voici la bague de monsieur votre père.

RuiTN. Je meurs de honte d'avoir ofîensé de si braves enfants. Quelle difl'érence entre eux et moi ! Comme je suis méchant , et comme ils sont généreux!

, SÉRAPHINE. Ce n'est qu'une petite espièglerie de votre part, monsieur Rufin ; et vous n'auriez pas laissé passer la journée sans me rendre Diane.

KLEIN. Vous pensez trop bien sur mon compte. Je l'.avais ca(*hée dans un grenier, et...

M. DE CALVIERES. Nous uc voulous pas cu savoir davantage. C'est assez que vous ayez des remords de ce que vous avez fait : vous voyez, par vousmême , que les mauvaises actions nous font des ennemis de Dieu et des hommes, et qu'elles sont tôt ou tard découvertes. J'ose aussi vous proposer pour modèle la conduite de mes enfants. 0 généreuses i)etites créatures ! que j'ai de grâces à rendre à Dieu du présent ciu'il m'a l'ait eu vous!

i.'ie LA LEVRETTE ET LA BAGLT:.

Vous voyez que la plus noble et la plus sûre vengeance est celle des bienfaits, et qu'il n'est rien de si digne d'un grand cœur, que de répondre à la méchanceté par de bons offices.

RUFiN. Ah! je le sens moi-même; et c'est avec une vive et amère douleur. {A ExLstache et à Sèrajihine.) Me pardonnerez-vous jamais ?

EL'STACHE, l'etnbrassaîit. Dès ce moment, et de toute mon âme.

SÉRAPHINE , /ni tendmit la main. J'ai retrouvé ma Diane ; tout est oublié.

RUFIN, à Léon. Voilà un exemple dont nous serions indignes si nous ne le suivions pas.

lfLon. Oh ! je suis aussi confus que vous ; et cette leçon ne sera pas perdue pour moi.

RUFIN. Je viens d'avouer tout à mon père. Autant il était indigné contre moi, autant il a été touché de votre générosité. Il demande la permission de venir vous remercier dans une heure, et de vous apporter un gage léger de sa reconnaissance.

M. DE CALviÈRES. Nou, non , qu'il garde ses présents. Mes enfants, pour faire le bien, n'atlendent de récompense que d'eux-mêmes. D'ailleurs, rendre à chacun ce qui lui appartient, est un devoir rigoureux, et rien de plus.

EusTACHE. Combien il est doux de remplir ce devoir! Je me suis fait un ami pour la vie, n'est-il pas vrai , Rufin?

RUFIN. Si je pouvais répondre à cet honneur ! Je vais du moins faire tout ce qui sera en mon pouvoir, pour m'en rendre digne.

LÉON. Ne me rejetez pas de votre amitié. Je n'étais pas meilleur que Rufin; mais je viens de sentir combien la vengeance peut devenir une noble passion.

SÉRAPHINE, caressant la levrette. Ah ! petite volage ! cela t'apprendra une autre fois àt'écarter de tes maîtrc^-^ïu as passé une nuit en prison. Aviset'en encore pour voir.... Eh bien! qA'en arriverait-il? Non, non, quoi que tu fasses, je sens bien que je t'aimerai toujours.

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