‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 147 sur 276 · SCENE in. — AL]:XIS , EDOUARD · texte numérisé non relu

SCENE in. — AL]:XIS , EDOUARD

ÉDou.VRi), tenant xin billet à la main. Ah! mon cher Alexis, je mériterais de me soulffeter. Tiens, lis ce billet, {fl le lui donne)

260 LES ETKEXNi:;?.

ALEXIS. Je sais tout ce ({u'il contient, mon ami; mais aussi, qui t'engageait à faire ce marché? Il me semble (jue tu aurais dû commencer par en demander la permission à ton père. Ce que mais recevons de nos parents n'est pas tellement à nous, que nous puissions en disposer sans leur aveu.

ÉDOL'Aun. D'accord. Mais je l'ai fait.

ALEXIS. Eh bien! il faut tenir ta parole. Pourquoi Tas-tu donnée?

EDOUARD. Parce que Tannée dernière , et encore celle d'auparavant , Charles avait eu de plus belles étrennes que moi. Je croyais...

ALEXIS. Oui, tu croyais en faire ta dupe. Te voilà justement puni de ta cupidité.

EDOUARD. Ah ! si j'avais su me contenter de ce qui devait m'appartenir !

ALEXIS. Point de regrets, mon ami. N'en auras-tu pas encore assez de ta moitié?

EDOUARD. Tu crois donc?...

ALEXIS. N'achève pas. Edouard me demande s'il doit tenir sa parole !

EDOUARD. Es-tu bien sur qu'il n'y ait pas de friponnerie de sa part?

ALEXIS. Je le crois, car il me l'a assuré. J'en croirai toute personne , jusqu'à ce qu'elle m'ait trompé une fois.

EDOUARD. Mais comment son père l'aurait-il traité si mesquinement cette année? Je l'ai vu , toutes les années précédentes, recevoir un magasin de bijoux.

ALEXIS. C'était de sa maman : elle n'est plus. Son père pense comme le tien : au lieu de bagatelles enfantines, il a fait présent à son tils d'une fort belle montre.

EDOUARD. Oh! je le connais. Charles niera ce qu'il devait partager avec moi; et il m'emportera la moitié de mon bien.

.\LExis. S'il en agissait de cette manière ce serait un fripon.

EDOUARD. Et, dans ce cas, serais-je obligé de lui tenir parole?

ALEXIS. Pourquoi non? C'est comme si tu disais (pie, parce qu'il est un fripon, tu veux l'être aussi.

EDOUARD. Saura-t-il ce que j'ai eu, si je ne le lui dis pas? .

ALEXIS. Et pourras-tu te le cacher à toi-même?

EDOUARD. Mais je n'ai pas reçu de mon papa plus de choses à i)artager qu'il n'en a eu du sien. Tu sais que tout le reste me vient de ma tante?

ALEXIS. As-tu fait cette exception dans votre traité?

EDOUARD. Hélas ! non, vraiment.

ALEXIS. .Vinsi, cela s'entendait de tout ce qne tu pourrais recevoir?

EDOUARD, frappani dv pied. Mais que ferai-je donc?

ALEXIS. Je te l'ai dit, mon ami. Il n'y a qu'un parti à prendre dans cette affaire.

KnoiAUit. Si je le veux tnuielois. ^\\\ inuinail m'y loiccr?

ALKMS. l/lioiiiiuLir. Si Ui penses assez mal pour y iiiaïKjuer, (Hiaiies aura le droit de te déclarer partout pour un fripon.

EDOUARD. Oh! cela ne iirembarrasse guère; je suis en état de Im répondre. Et puis, comment pourrait-il me convaincre?

ALEXIS. Il sait déjà tout ce que tu as reçu. C'est moi qui le lui ai dit.

EDOUARD. Quoi ! tu aurais pu me trahir? Alexis, toute amitié est rompue entre nous.

ALEXIS. J'en aurais la mort dans le cœur, mon cher Edouard. Il me serait bien facile de me justitier, en te disant qu'il m'a surpris avant que je fusse instruit de votre convention; mais s'il m'avait appelé en témoignage, il aurait toujours bien fallu le déclarer. Pour être honnête, on ne doit pas plus mentir que manquer à sa parole.

EDOUARD. Tu aurais pris son parti contre moi, et je serais ton ami ! Non, je ne le suis plus.

ALEXIS. Tu en es le maître, mon chei' Edouard. Je sais tout ce qu'il va m'en coûter; ton amitié était pour mon cœur plus encore (jue tous les bienfaits que j'ai reçus de ta famille; mais, au risque de la perdre, je n'ai pas d'aut]"e conseil à te donner : et si tu n'es pas mon ami, je serai toujours le tien.

EDOUARD. Un bon ami, vraiment, qui voudrait me voir dépouiller !

ALEXIS. Qui est-ce qui t'a dépouillé, si ce n'est toi-même? Pourquoi l'engager dans une promesse par laquelle tu t'exposais à perdre?

EDOUARD. Mais aussi je pouvais y gagner.

ALEXIS. Et alors aurais-tu exigé que Charles remplit ses engagements envers toi?

EDOUARD. Belle (piestion.

ALEXIS, l'ounpioi donc ne remplirais-tu pas les tiens envers lui? Tu viens de prononcer ta peine, si c'en est une d'être juste et honnête à si bas prix.

EDOUARD. Oui, pour la moitié de tout ce que je possède!

ALEXIS, l^autre moitié te reste. Eh bien ! imagine qne tu n'en as pas reçu davantage. Pense surtout à l'honneur que cette action te fera dans tous les esprits. On verra que tu ne tiens guère à de pareilles bagatelles, et que tu sais même les mépriser, lorsqu'il s'agit de garder ta promesse. Tous ceux qui seront instruits de ce Irait de courage, seront fcu'cés de t'estiiner et de te respecter. Si Charles te trompe, je suis sûr (pi'il n'osera jamais porter les yeux sur toi, au lieu que tu marchei'as devant lui, la tête levée, plein de l'estime et de la conhance des gens de bien. Oui, mon cher Edouard, comportons-nous toujours honnêtement, quelque prix qu'il nous en coûte. Ah! si j'étais riche, tu ne gémirais pas longtemps de cette perte ; je voudrais te donner tout, tout ce (pie j'aurais, pour t'en dédommaLier.

268 Li:s ETHKXNEï^.

KDoiAiU), lui mulani au cou. Oh! cnnihieii lu v.iux mieux (jiie jnui, iiKui cher Alexis ! Oui, je l'avoue, j'étais un gareon injuste et intéressé; mais, va, je ne le suis plus. Maudites soient ces misérables bagatelles qui ont failli me corrompre! Que Charles en prenne la moitié ! Tu feras toimême le partage. Donne-lui ce que tu voudras. Tout ce que je te demande, c'est de ne pas me mépriser pour avoir eu des pensées si basses. Je veux être digne de ton estime et de ton amitié.

ALEXIS. Et tu Tes aussi. Tu ne le fus jamais tant que dans ce moment. Je connaissais ton cœur, et je savais le parti cpie tu allais prendre. La victoire que tu viens de remporter sur toi-même te causera plus de plaisir que tout ce (jue tu sacrifies. Au bout de quelques jours, tu t'en serais dégoûté, et tu l'aurais donné au premier venu.

EDOUARD. Oui, tu me connais bien, me voilà. Que puis-je faire pour te marquer ma reconnaissance de m'avoir sauvé la conscience et l'honneur?

ALEXIS, en r embrassant. M'aimer toujours, Edouard.

ÉDoiARD. Oui, toujours, toujours, mon Alexis. Allons, je vais cherchei mes présents; hàtons-nous de faire ce partage. Il me tarde d'en être débarrassé. Je craindrais encore qu'il ne me vînt des regrets.

ALEXIS. Va, tu n'en auras point. Je te réponds de toi.

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