SCÈNE XIV. —CHARLES, EDOUARD
ÉDOUAHih, prenant la main de Charles. 0 mon cher ami, que je suis touché de ce noble retour! Je n'étais pas en droit de l'espérer.
CHARLES. Comment! lorsque tu me donnais la moitié de ton bien, sans attendre rien de moi ?
EDOUARD. Ah ! ne me fais pas honneur de cette générosité. Tu ne sais pas tout ce qu'il m'en coûtait. Non, jamais je n'aurais eu la force de tenir ma parole sans les encouragements d'Alexis.
CHARLES. Eh ! c'est à lui que je dois aussi le bonheur de n'avoir pas achevé ma fourberie. Il m'en a fait sentir si vivement l'indignité ! Lorsque ensuite je suis venu, et (jue j'ai vu combien de loyauté tu avais mis dans le partage...
EDOUARD. Moi, le partage? C'est lui qui Ta fait. Je ne sais comment il a pu s'y prendre ; mais il me faisait trouver du plaisir à me dépouiller. Il y a pourtant bien des choses que j'ai ajoutées île moi-même. Je te donnais, et je croyais m'enrichir.
CHARLES. Ah ! garde tout cela, je n'en veux plus. Que je me trouve heureux d'être débarrassé de ce poids ! Toi, mon meilleur ami, je n'aurais plus osé te regarder en face. J'étais loin de croire qu'on eût tant à souffrir pour devenir un malhonnête homme.
EDOUARD. Et moi donc, comme j'étais tourmenté! Je sens bien maintenant le plaisir d'avoir été généreux ! Voilà cependant ce ([ue nous devons à l'honnête Alexis ! Si pauvre, avoir tant de droiture ! N'est-ce pas qu'il n'a rien exigé de toi pour te découvrir mes richesses?
CHARLES. Lui, mon cher Edouard ! D'où te viendrait ce vilain soupçon ?
EDOUARD. C'est ma sœur, qui, par jalousie, voulait me le faire accroire.
CHARLES. Ah! si tn l'avais entendu parler de toi! Comme il soutenait vivement ton parti ! J'ai eu besoin de toute mon adresse pour le faire jaser. Oui, dès ce moment, il vient d'acquérir mon estime pour toute sa vie ; et je veux lui donner l'autre moitié qui me reste de mes trois louis. EDOUARD. Non, Charles, c'est à moi de le récompenser, et j'en sais le moyen. Carde ton argent avec la moitié (^ui t(t revient de mes étrennes. CHARLES. Que dis-tu? moi? Jamais. Tiens, plutôt, donnons-lui tout ce qui devait entrer dans notre échange. Nous avons méiité de le perdre, et lui do le gagner.
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KinKJAUi). Oh! de tout mou oœui'! Sais-tii c(.' t[ii'il faut faire? iNous pouvons nous donner bien du plaisir. Je vais faire porU^r tout cela chez lui, pour qu'il le trouve à son retour.
CHAULES. Bien! bien ! pourvu (pi'il n'aille pas revenir assez tôt pour nous en empêcher.
EDOUARD. Je vais appeler un domestique. Toi, range tout dans cette corbeille. Je reviens comme l'éclair. ( Il sort en courant ) .