‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 166 sur 276 · SCBHE VI. — MAD.\:\IE BEAUMONT, LÉONOR · texte numérisé non relu

SCBHE VI. — MAD.\:\IE BEAUMONT, LÉONOR

LÉoNou. Bon ! le voilà dehors. Je respire.

m"^ beal-Mont. Doucement, doucement, Léonor, qu'il ne puisse vous entendre.

LÉONOU. Uu'il m'entende, s'il veut. Je suis si piquée, que je briserais volontiers mon clavecin, et (jne je mettrais en pièces tous mes dessins et mes cahiers de musique.

m"* beau.mont. Calme-toi donc, mon enfant, tu as besoin ici de toute ta modération.

LEONOU. (Test bien assez, je crois, de m'ètre possédée en sa présence. .\e l'avez-vous pas vu? Ne l'avez-vous pas entendu?

m"" beaumont. Les personnes de son âge ont leurs bizarreries.

LÉONOR. Pounpioi donc m'y exposer? Il ne fallait pas me faire cliantei' devant lui. Je ne le voulais pas. Voilà ce (jue c'est de faire t<iuj(turs à sa tête ••ommc vims. Mais il n'a fpi'à y revenir.

■l'tH L'EDUCATION A I.A MODK.

m""' itK.MAKtM . Ma clu're I.éonor, je t'en conjure. Tu ignores peut-être que ta fortune dépend alisolunient de monsieur Verteuil?

LÈûNou. Ma toi'tunc ?

m'"^ beaumont. Hélas! oui. Faut-il (pie je favoue ce que tu tiens déjà de ses bontés ?

LÉoNon. Oh î je le sais. De petits présents (ju'il lue fait de loin en loin. Je puis fort bien me passer de ses cadeaux.

M""' iiEAUMo.NT. Ah 1 ma chère enfant, sans lui tu serais bien malheureuse. Ce que ton père t'a laissé pour héritage est si peu de chose î De mon côté, je n'ai qu'un revenu très médiocre, (^onmient aurais-je pu, avec ces seuls moyens, fournir aux dépenses de ton éducation?

LÉoNou. Est-il possible, ma tante ? Quoi ! c'est à monsieur Verteuil que je suis si redevable? S'occupe-t-il aussi de mon frère?

M"" BEALMONT. C'cst lui qui paye également sa pension et ses maîtres.

LÉONOR. Vous me l'aviez toujours caché.

M'"" REÂiMONT. Pourvu que rien ne manquât à tes besoins, que t'importait cette connaissance ? Tu vois par-là combien il est important de le ménager, de lui montrer des égards et du respect. Mais ce n'est pas tout, il a voulu vous voir, ton frère et toi, avant d'écrire son testament, afin de régler ses dispositions en votre faveur.

LÉONOR. Oh! que je suis à présent fâchée de lui avoir montré de l'humeur et du dépit!

M*"* BEAUMONT. C'cst aussi fort mal de sa part. Écouter froidement ta voix brillante ! Ne pas être transporté de plaisir à ton exécution sur le clavecin ! Quoi qu'il en soit, il faut que tu le flattes ; autrement toutes ses préférences seront pour Didier.

LEONOR. Ah ! il les mérite mieux que moi, je le sens.

M'"" BEAUMONT. Quc dis-tu? C'cst bicu peu te connaître. Et quelle serait ta destinée ! Un homme sait toujours faire son chemin dans le monde. Mais une fennne, quelle ressource peut-elle avoir?

LÉONOR. 11 est vrai. Vous me faites sentir par-là que j'aurais du apprendre des choses plus utiles que le dessin, la danse et le clavecin.

M"* BEAUMONT. Follc (juc tu cs ! Avcc la fortune que tu peux te promettre, qu'est-ce qu'une jeune demoiselle doit désirer de plus que des tiilents agréables pour briller dans la société? Il ne s'agit que d'intéresser M. Verteuil en ta faveur. Avec des attentions et des complaisances, nous en ferons ce ipi'il nous plaira.

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