‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 181 sur 276 · SCÈNE VIII. — M. ET MADAME DE VALENCE, M. DE REVEL, M. DE NANCÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII. — M. ET MADAME DE VALENCE, M. DE REVEL, M. DE NANCÉ

M. DE REVKL. Je n'ai jamais goûté de plaisir plus pur et plus touchant.

M. DE VALENCE. Le mieu a doublé de charme, en le partageant avec vous, mes chers amis.

M. DE NANCÉ. Le rossignol n'a pas interrrompu ses chansons. Sa voix semble même avoir pris, dans le crépuscule, un accent plus voluptueux et plus tendre. Je suis fâché que madame de Valence ne paraisse plus avoir autant de plaisir à l'écouter.

M""' DE VALENCE. C'est que jc suis inquiète de mon fils: je ne l'aperçois pas sur la terrasse. {Elle l'appeUe. ) Valentin ! Il ne répond pas. ( Elle ajwrçoit Je jardinier et l'appelle.) Mathurin, as-tu vu mon fils?

MATHURiN. Oui, madame; il y a un petit quart d'heure que je l'ai vu tourner vers la forêt.

m""' DE VALENCE. Vers la forêt! S'il allait s'y égarer! Mon ami, cours après lui, et ramène-le-moi.

MATHURIN. Oui, madame, j'y vais. [U s'éloigne.)

m'"'" de VALENCE. Mousieur de Valence, n'allez-vous pas avec lui?

M. DE VALENCE. Nou, madame, je n'ai pas d'inquiétude, moi. Mathurin saura bien le retrouver.

m""" de VALENCE. Mais, s'il allait prendre un côté opposé ! Je suis dans des transes ! . . . .

M. de NANCÉ. Tranquillisez- vous, madame; M. de Revel et moi nous allons nous partager les deux côtés de la forêt, tandis que le jardinier prendra le milieu ; nous ne pouvons manquer de le joindre.

M ""de VALENCE. Ah, mcssicurs ! je n'osais vous en prier; mais vous connaissez le cœur d'une mère.

M. DE VALENCE. Ne VOUS douuez pas cette peine, messieurs, vous me désobligeriez.

M. DE REVEL. Vous uc trouverez pas mauvais, mon ami, (pie nous cédions aux instances de madame plutôt qu'aux vôtres.

M. DE VALENCE. Je uc puis VOUS dissimulcr que c'est contre mon gié.

M. DE NANCÉ. Nous reccvrous VOS reproches à notie retour. ( Ils inarr lient vers la J'orêt .)

scÈWE IX. — M. ET MADAME DE VALENCE.

>!""■ DE VALENCE, Couimcnt douc, mon ami? d'où te vient cette indillércnce sur le sort de ton fils?

M. DE VALENCE. Crois-tu, ma femme, que je l'aime moins (pic tni ' <'/est que je sais mieux l'aimer.

M""" DE VALENCE. Et SI OU UG le trouvait pas !

■'M<i ■ I,A \'AXITE PUNIE.

M. i)K VALLNCE. Je le voudrais.

.m'"" du valence. Qu'il passât la uuit dans une forêt ténébreuse ! Que deviendrait ce pauvre enfant? que deviendrais-je moi-même?

M. DE VALE.NCE. Vous guériricz l'un et l'autre ; lui de sa vanité, et toi de ton fol aveuglement, qui la nourrit.

M'"* DE VALENCE. Que veux-tu dire, mon ami f

m. DE VALENCE. Je viens de me convaincre de ce que je ne faisais que conjecturer ce matin. Ce petit garçon a la tète pleine d'une vanité désordonnée. Toutes ses lectures ne sont que d'ostentation! Il ne s'est perdu que pour se faire chercher, et pour se donner un air de distractions savantes dans l'opinion de nos amis. Cette erreur de son àme me fait plus de peine que si ses pas s'étaient réellement égarés. Il sera malheureux toute sa vie, s'il n'en guérit de bonne heure; et il n"y a que de salutaires humiliations qui puissent le sauver.

M*"" DE VALENCE. Mais considèrcs-tu bien....

M. DE VALENCE. Tout cst considéré. Il a près de onze ans : s'il sait tirer parti de son intelligence, aidé par la clarté de la lune et par la direction du vent du soir, il s'orientera assez bien pour regagner le château.

m'"" de VALENCE. Mais, s'il n'a pas cet avisement?

M. DE VALENCE. Il en scutira mieux le besoin de profiter des leçons que je lui ai données à ce sujet. D'ailleurs, nous devons l'envoyer au service l'année prochaine ; à ce métier, il y a bien des nuits à passer en pleine campagne. Il en aura fait l'expérience, et il n'arrivera pas tout neuf dans un camp pour servir de risée à ses camarades. L'air n'est pas bien froid dans cette saison; et pour une nuit, il ne mourra pas de faim. Puisque, par sa folie, il s'est jeté dans l'embarras, qu'il s'en tire de lui-même, ou qu'il en essuie tous les désagréments.

m'"" de VALENCE. Nou, je n'y puis consentir; et j'y vais moi-même, si tu n'envoies du monde après lui.

M. DE VALENCE. Eh bicu, uia chère femme, je veux te tranquilliser, quoiqu'il m'en coûte de ne pas suivre mon projet dans toute son étendue. Je vais ordonner au petit Matthieu de l'aller joindre, comme par hasard. Colas se tiendra aussi aune petite distance pour courir i\ eux, en cas d'accident. Du reste, ne m'en demande pas davantage ; mon parti est pris, et je ne veux pas, pour une aveugle faiblesse, priver mon lils d'une épreuve importante. Voici mes amis qui reviennent avec Mathurin.

m""' dk valence. Dieu ! je le vois, ils ne l'ont pas trouvé.

M. Di: VALENCE. Je m'en réjouis.

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