‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 230 sur 276 · L'ORPHELINE BIENFAISANTE · texte numérisé non relu

L'ORPHELINE BIENFAISANTE

tï^ AUAME de Foiîbonne, après avoir perdu son <^y>, mari , venait encore de perdre un procès, au \'^ "sort duquel était attachée la plus grande partie de ses biens. Elle fut obligée de vendre ce qui lui restait de meubles et de bijoux ; et en ayant placé le produit chez un banquier, elle se retira dans un village , pour y vivre, avec économie, de son modique revenu.

A peine avait-elle passé quelques mois dans son obscure retraite, qu'elle apprit la fuite du dépositaire infidèle des derniers débris de sa fortune. Qu'on se représente l'horreur de sa situation. Les chagrins et les maladies l'avaient rendue incapable de toute espèce de travail ; et après avoir passé ses plus belles années au sein de l'aisance et des plaisirs, il ne lui restait d'autre ressource, dans un âge avancé, que d'entrer dans un hôpital ou d'aller demander l'aumône.

Elle ne voyait, en effet, autour d'elle, personne qui daignât s'intéresser à son sort. Amenée par son époux d'un pays étranger, où elle avait reçu la naissance, elle ne pouvait solliciter des secours que d'un parent assez proche qu'elle avait attiré dans sa nouvelle patrie, et dont elle avait élevé la fortune par le crédit de son mari. Mais cet homme, d'une avarice sordide, ne fut pas, comme on l'imagine, extrêmement sensible aux plaintes d'un autre, lorsqu'il se refusait à lui-même jusqu'aux premières nécessités de la vie.

Dans cette extrémité cruelle, une jeune orpheline qu'elle avait adoptée pendant le cours de ses prospérités, et qu'elle n'avait jamais pu se résoudre à abandonner après ses premiers revers, devint son ange tutélaire. Les bontés dont Clotilde avait été comblée par madame de Fonbonne, lirent naître dans son cœur le désir généreux de lui témoigner sa reconnaissance. Non, s'écria-t-elle, lorsque madame de Fonbonne lui proposa de chercher un autre asile, non, je ne vous abandonne point tant que vous vivrez. Vous m'avez toujours traitée comme votre fille; et si j'ai désiré de l'être dans votre bonheur, je le désire encore plus dans vos peines. Grâces à vos largesses, je me vois abondamment pourvue de tout ce (jui est nécessaire à mon entretien. Vous m'avez donné des talents, je ferai ma gloire d;' les employer pour vous, .le sais coudre et broder : avec de la santé et du courage,. jt^ puis gagner assez de pain pour nous deux.

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Madame de Fonhunne l'ut extrèiiieiiieiit tuucliée de celte dOelaiulinii. Elle embrassa Clutilde, et consentit à profiter de ses offres. Voilà donc Clutilde devenue à son tour la mère par adoption de son ancienne protectrice. Elle ne se bornait pas à la nourrir du fruit d'un travail opiniâtre, elle la consolait dans sa tristesse, la soulageait dans ses infirmités, et s'efforçait, par les caresses les plus tendres, de lui faire oublier les injustices du sort. La constance et fardeur de ses soins ne se refroidirent pas un momeni dans le cours de deux années que madame de Fonbonne jouit encore de ses bienfaits ; et lorsque la mort vint la ravir à sa tendresse, elle donna les regrets les plus vifs à cette perte.

Quelques jours avant ce malheur venait aussi de mourir ce riche avare, dont le cœur s'était montré si insensible à la voix du sang et de la reconnaissance. Comme il ne pouvait emporter avec lui ses trésors, il avait cru réparer son ingratitude envers sa parente, en les lui laissant par ses dernières dispositions. Mais ces secours étaient venus trop tard. Madame de Fonbonne n'était plus en état d'en profiter. Elle n'avait pas eu même la consolation, en mourant, d'apprendre cette révolution dans sa fortune, pour la faire tourner à l'avantage de la tendre Clotilde.

Cet héritage se trouvait ainsi dévolu au domaine du prince. Heureusement les recherches ordinaires en pareille occasion firent parvenir à ses oreilles la noble conduite de la généreuse orpheline. Ah ! s'écria-t-il dans le premier mouvement de son cœur, elle est bien plus digne que moi de cet héritage. Je renonce à mes droits en faveur des siens, et je me déclare son protecteur et son père. Toute la nation applaudit à ce jugement. Clotilde, en recevant cette récompense pour sa générosité, l'employa à élever de jeunes orphelines comme elle, à qui elle se plaisait surtout à inspirer les sentiments qui la lui avaient méritée.

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