SCENE IV. — LUBIX seul
Je meurs pourtant d'envie d'y courir. Quelle belle fournaise cela doit faire ! Je ne sais ; mais il me semble que je ne vois plus là-bas ce haut clocher qui grimpait dans les nuages, avec un coq doré sur sa pointe. Les pauvres gens, que je les plains ! Il ne faut pas cependant que cela m'empêche de déjeuner. ( Tl mord dans so7i pain. )
SCÊME V. — LUBIX , SUZETTE , qui sort de la fei-me, tenant à la main un verre.
LUBIN. Ah! mu sœur, tu es une bien bonne enfant, de me porter ainsi à boire !
ili L'INCKNDIE.
SLZKTTE. Oh ! ce n'est pas pour toi. (Vest pour Adrien (lue je viens chercher un verre d'eau fraîche. Il ne veut prendre ni une tasse de lait, ni une goutte de vin. Mes parents, dit-il, souffrent peut-être, en ce moment, la faim et la soif; et moi, je pourrais prendre quelque chose pour me régaler ! Non, non. Je ne veux qu'un peu d'eau pour me rafraîchir le gosier.
LUBiN. Il faut être bien tendre, au moins, pour ne vouloir pas prendre uu peu de lait, parce qu'on ne sait pas où est son père?
suzETTE. N'est-ce pas? Oh î je te connais. Ta sœur pourrait brûler toute vive, que tu n'en perdrais pas un coup de dent. Pour moi, je serais bien comme Adrien. Je n'aurais guère envie de manger, si notre cabane brûlait, et si je ne savais où trouver mon père et ma mère, ou toi-même, Lubin.
LuiiiiN. Et moi aussi, si je n'avais pas faim.
SUZETTE. Est-ce qu'on a faim alors? Tiens, je n'ai pas le moindre appétit, rien que de voir seulement pleurer ce petit malheureux.
LUBIN. Ainsi donc tu ne toucheras pas à ta soupe ?
SUZETTE. Tu voudrais bien qu'elle te restât, après avoir mangé la tienne, et encore un gros chiffon de pain au beurre?
LUBiN. Non. C'est pour empêcher qu'elle ne se perde, si Adrien ou toi n'en voulez pas manger. Donne-moi toujours le verre, que je boive en attendant. ( Suzef/e lui donne le verre : Luhin puise de l'eau à la fontaine, >'l. boit.)
SUZETTE. Dépêche-toi donc. Mon pauvre Adrien meurt de soif.
LUBiN. Attendis. Je vais le remplir.
SUZETTE. Que fais-tu? Sans le rincer ?
LUBIN. Crois-tu que j'aie du poison dans la bouche?
SUZETTE. Vraiment, ce serait bien propre, avec les miettes de pain qui
sont encore sur le bord ! Je veux le rincer moi-même. Les enfants comme
lui sont accoutumés à la propreté; et je veux qu'il se trouve chez nous
comme dans sa maison. ( Elle rince le verre, le remplit, et rentre dans la
ferme.)