‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 25 sur 276 · SCENE VU. - M. Di: VALCOITRT, MARIANNE · texte numérisé non relu

SCENE VU. - M. Di: VALCOITRT, MARIANNE

M. DE vALcoLRT. Je suis si Cil colèrc contre ce drôle, que je n'ai pas été en état d'écrire pour renvoyer le messager. Il peut aussi bien ne partir y\\w demain au matin. Tâchons de me remettre un peu.

MARIANNE. Qiioi ! uiou papa, vous êtes toujours ftiché contre mou pauvre cousin? est-ce donc un si grand crime (pi'il a commis?

y\. 1)1'. vM.corin. 11 te sied bien vraiment de rexcuser : je vois que In n'as pas une meilleure ItMe que lui ; et (jiie tu aurais peut-être fait pis à

UN BON COEUlî. n.i

sa place. Vous avez cependant l'un et l'autre un bon exemple sous les yeux.

MARIANNE. Et QUl donC ?

M. DE VALCOURT. Mon brave Rodolphe.

MARIANNE. Ah oui ! mon frère est un garçon bien vrai, bien généreux! C'est un digne modèle !

M. RE VALCOURT. Je sais que Dorothée et toi vous lui en avez toujours voulu. Moi-même, d'après votre façon de penser, j'avais pris des préventions contre lui. Mais le préfet m'en rend aujourd'hui de si bons témoignages....

MARIANNE. Eh! mon Dieu! ses précepteurs ne vous accablaient-ils pas de ses louanges? On sait qu'il est né d'un homme riche, et on espère toujours attraper des présents d'un père en le flattant sur son fils.

M. DE VALCOURT. Je veux bien qu'on m'ait un peu flatté sur son compte ; mais au moins ne m'a-t-il pas joué un seul tour comme Frédéric m'en a joué mille, depuis son enfance.

MARL\NNE. Scs tours uc portaient de préjudice à personne ; ils ne faisaient tort qu'à lui-même.

M. DE VALCOURT. Tu uic mettrais en fureur. Il ne s'est fait tort qu'à lui-même, n'est-ce pas, en précipitant dans les fossés ma plus belle voiture? Une voiture dorée toute neuve, qui venait de me coûter six mille francs !

MARLVNNE. Cc n'cst qu'uu trait d'étourderie, bien excusable à son âge. Pétrel essayait cette voiture : Frédéric le tourmenta si fort pour monter sur le siège, qu'il le prit avec lui. Lorsqu'ils eurent fait quelques pas, le fouet tombe ; Pétrel descend pour le ramasser. Les chevaux sentent leurs rênes dans une main plus faible, ils s'emportent. Heureusement l'avanttrain se détache, et il n'y a que la voiture qui en ait souffert.

M. DE VALCOURT. Cc u'cst pas asscz, peut-être? Et qui, dans cette aventure, est plus à plaindre que moi ?

MARLVNNE. Frédéric, qui en a eu la tète toute fracassée, et surtout le pauvre Pétrel, qui a perdu son service.

M. DE VALCOURT. Ah ! je ne puis y penser sans frémir encore de colère ! Cette belle équipée m'a coûté plus de cent louis.

MARLVNNE. Et combicu de regrets elle a coûtés au bon Frédéric ! 11 ne se consolera jamais d'avoir été cause de la disgrâce du malheureux Pétrel.

M. DE VALCOURT. Dcux bous vaurieus à mettre ensemble ! J'admire toujours que tu choisisses les plus mauvais garnements pour plaider leur cause. C'est dommage en vérité que tu ne sois pas née garçon, pour être camarade de ton cousin. Vous auriez fait, je crois, tous deux, de belles manœuvres.

MARLVNNE. Mais au moins...

M. DE VALCOURT. Tais-toi. Tu m'importunes de tes sornettes. Je veux

oi t'X BOX COEUIl.

sortir pour aller prendre le frais. Va chercher Dorothée, et vous viendrez me trouver. {Il sort et hisse son chapeau.)

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