‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 27 sur 276 · SCÈNE XI. — MARIANNE, DOROTHÉE, FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

SCÈNE XI. — MARIANNE, DOROTHÉE, FRÉDÉRIC

MARIANNE, /'<?mèm5sa?z^. Ah ! mon cher cousin!

DOROTHÉE. Il mérite bien ces caresses pour les chagrins qu'il nous cause !

MARUNNE, lui tendant la main. Je le vois, tout est oublié.

FRÉDÉRIC, Ma chère cousine, je te trouve donc toujours la même? Tu n'as jamais été si sévère pour moi que ma sœur.

DOROTHÉE. Si je l'étais autant que notre oncle, va...

FRÉDÉRIC. Avant toutes choses, que dit-il? Est-il donc vrai qu'il soit si fort en colère contre moi ?

DOROTHÉE. S'il savait que nous te cachons ici, nous n'aurions rien de mieux à faire que de vider la maison, et de courir les champs.

M.\Ri.VNNE. Oh oui! garde-toi bien de te présenter si tôt à ses yeux : il serait homme à te fouler peut-être sous ses pieds dans sa première fureur.

FRÉDÉRIC. Que peut donc lui avoir écrit le préfet?

DOROTHÉE. Un beau panégyrique sur tes fredaines.

MARIANNE. Mou frère en avait déjà touché quelque chose par la poste d'hier.

FRÉDÉRIC. Quoi ! Rodolphe a écrit? Je n'ai donc plus besoin dejustifi-

UN BOX COEUR. ?io

cation. Il sait aussi bien ejue moi comment les choses se sont passées. Je lui ai tout confié.

MARIANNE. Il n'y aurait qu'à te juger sur sa lettre î

FRÉDÉRIC. Je veux être un coquin, si je ne suis pas innocent.

DOROTHÉE. Ce n'est rien dire. Il faut bien être l'un ou l'autre.

FRÉDÉRIC. Et vous avcz pu me croire coupable ? Quel est donc mon crime? d'avoir vendu ma montre ?

DOROTHÉE. N'est-ce rien que cela? et qui sait encore si tes chemises, tes habits...

FRÉDÉRIC. îl est vrai. J'aurais tout vendu si j'avais eu besoin de plus d'argent.

DOROTHÉE. Voilà uue belle manière de te défendre ! Et passer les nuits hors de ta pension ?

FRÉDÉRIC. Une nuit, ma sœur.

DOROTHÉE. Et te révolter contre un juste châtiment ?

FRÉDÉRIC Dis contre un outrage que je n'avais pas mérité. Quand je m'y serais soumis, j'aurais toujours conservé dans l'esprit de mon oncle la tache d'une faute. Et si l'on m'avait chassé, je n'aurais jamais reparu devant vous.

MARIANNE. Mais, mon ami, que peuxtu dire pour ta défense? Il faut bien que nous en soyons instruites, pour te blanchir aux yeux de mon papa.

FRÉDÉRIC. Le voici. Il y a quelques jours qu'on nous parla d'une foire dans ^^^ le prochain village. Le préfet nous donna la permission d'y aller pour nous divertir, et pour voir les curiosités qu'on y montre.

DOROTHÉE. Ah! c'est donc en oranges et en pralines que tu as mangé ta montre et ton Exercice du Chrétien f ou bien à voir les singes et les marmottes ?

FRÉDÉRIC II faut que ma sœur ait bien du goût pour toutes ces choses, pour croire qu'on puisse y dépenser son argent. Non , ce n'est pas cela. J'avais soif, et j'entrai dans une auberge, où l'on vendait de la bière.

DOROTHÉE. Mais, c'est encore pis.

FRÉDÉRIC En vérité, ma sœur, tu es bien cruelle. Laisse-moi donc achever. Tandis que j'étais assis. . .

MARIANNE, prêtant l'oreille vers la jiortc Nous sommes perdus! mon papa! je l'entends.

DOROTHÉE. Sauve-toi ! sauve-toi !

FRÉDÉRIC Non, je veux attendre mon oncle {tour me jeter à ses pieds.

.% rx BOX COEUK.

MAiiiANNE. Eh lion, inoii ami ! il n'est pas en ^tâfde t'entendre. Par pitié pour moi....

KRÉnKiuc. Tu le veux?

MARIANNE. Oui, oul, laisse-moi gouverner tes affaires. {Elle le pomf>epar les épaules vers la porte de l'escalier dérobe^ la ferme stir lui, et revient.)

SCEWE XII. — M. DE VALCOURT, MARIANNE, DOROTHEE.

MARIANNE. Eli bien î mon papa, vous voilà déjà de retour de votre promenade?

M. DE VALCOURT. Je cherche mon maudit chapeau. Je ne sais où je l'ai laissé.

DOROTHÉE, c/iÉ';'c//fm/f/e5-i/eî/.r. Tenez, tenez, le voici. {Elle le lui présente.)

M. DE VALCOURT. Tu Hc pouvais pas avoir Tavisement de me le porter?

DOROTHÉE. Il faut que je sois aveugle pour ne l'avoir pas vu.

M.\RiANNE. Qui peut pcnser à tout?

M. DE VALCOURT. Effectivement, il y a tant de choses qui t'occupent!

MARIANNE. G'cst quc Ic pauvTC Frédéric m'est revenu dans la tète.

M. DE VALCOURT. N'entendrai-jc jamais que ce nom siffler à mes oreilles?

MARIANNE. Eh bien ! mon papa, n'en parlons plus. Ne voudriez-vous pas aller continuer votre promenade avant le serein ?

M. DE VALCOURT. Nou, jc uc veux plus soi'tir. {Marianne et Dorothée se regai'dent en branlant la tête d'un air mécontent .) Il est trop tard. Aussi bien on vient de me dire que mon ancien cocher est en bas, et qu'il veut me parler.

MARIANNE et DOROTHÉE. Pétrel?

M. DE VALCOURT. Quelquc dommage qu'il m'ait causé, le mal est fait, et il en a été assez puni. Je veux savoir ce qu'il a à me dire.

MARIANNE. Il pouTTait bicu attendre que vous fussiez revenu de votre promenade.

M. DE VALCOURT. Nou, uou ; j'cu scrai plus tût débarrassé. Dans le fond. . . {Marianne et Dorothée se parlent en secret. A Marianne.) Lorsque votre père {A Dorothée.), lorsque votre oncle vous parle, il me semble que vous devriez l'écouter. Dans le fond.... {Dorothée veut s'esquiver.) Où allezvous, Dorothée ?

DOROTHÉE, embarrassée. C'est que j'ai besoin de descendre.

M. DE vAL<:ou-fiT. Eh bien! dites à Pétrel de monter. {Dorothée sort.)

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