‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 43 sur 276 · COLIN-MAILLARD · texte numérisé non relu

COLIN-MAILLARD

nu il puisse y voir un -peu, Je conduit au milieu de la chambre . lui fait faire deux tours et demi, et, levant ses deux 7nains en l'air .) Combien de doigts?

FRÉDÉRIC. Six.

DOROTHÉE, le potissa?it. Pauvre aveugle, passe ton chemin. {Frèdhic ei^re longtemps et se laisse houspiller par tout le monde. Dorothée surtout l'agace et le chatouille. Il feint de la poursuivre, et tombe tout à coup sur Robert.)

FRÉDÉRIC. Ha , ha! j'en tiens un. C'est un garçon. M. Robert! (// baisse le mouchoir.) Effectivement, je ne me suis pas trompé.

ROBERT, bas, à Frédéric. Pourquoi me prendre?

FRÉDÉRIC, bas, à Robert. Laissez faire, je vais vous pousser Duverney dans les mains. {Avec im air mystérieux .) Motus!

ROBERT, à part. Ah ! c'est bon ! quand je le saisirai, je veux le pincer jusqu'au sang. [Frédéric se met à bander les yeux à Robert. Aussitôt Duverney et les demoiselles emportent les bougies, et se retirent sur lapoinle du pied dans le cabinet, en disant l'un après l'autre aVant d'y entrer :) Eli bien ! c'est-il fait? — Dépêchez-vous donc. — 11 vous faut bien du temps. — Que complotez-vous là tous deux? [Au même instant le palefrenier se présente à la jiorte qui donne sur l'escalier, portant d'une main une torc/ie allumée, et de l'autre, au bout d'un bâton, u?ie tête de bois ensevelie sous une vaste perruque. Il est couvert dans toute sa hauteur d'une longue robe noire tramante. Frédéric lui fait signe de rester à l'entrée du salon. Il achève de bander les yeux à Robert, et lui fait faire quelques pas .) Allons, les trois tours. Les bras étendus. [Robert tourne.) Un. Paix donc, mesdemoiselles. Deux. Que chacun reste à sa place. Et trois. Allez, [llle potisse.) Va, pauvre aveugle, cherche ton chemin. (// court aussitôt pre?idre son porte-voix derrière laporte, détache de la ceinture du palefrenier de grosses chaînes qui tombent autour de lui, et s'écrie :) Que vois-je? Le revenant! sauvons-nous, sauvons-nous! [Il ferme la porte à grand bruit , se cac/ie derrière le prétendu fantôme ,

et crie avec son porte-voix C'est donc toi qui viens voler mon trésor?

ROBERT, tout tremblant, et sans avoir le courage de se dé- , bander les yeux. Qu'entends- ^ je? au feu! au secours! Frédé-'^ ' rie ! Duverney !

LE PORTE-VOIX. Il uc vieudia personne. Je les ai tous fait disparaître. Otc ton liandciui , cl regarde-moi. [lira se poster au côté droit

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du salon. Robert , sans olcr son inouchoir, se cache encore la léle entre les deux mains. Il recule à mesure du côté opposé, 'en entendant le bruit des chaînes que traîne le fantôme.) Je le veux. {Robert baisse en tremblant le mouchoir qui lui tombe autour du cou. Ses yeux sont fixés à terre. Il les relève peu à peu; et, considérant le fantôme, il pousse un grand cri, et demeure immobile , la bouche béante.)

LE PORTE- VOIX. Je te reconnais ! Tu es Robert ! {Robert, à ce mot, se met à courir de tous côtés pour se sauter . Il trouve la porte fei'mée . Il tombe à genoux à quelques pas, étend ses bras devant lui, et détourne la tête. Le porte-voix continue : ) Crois-tu m'échapper?

ROBERT, d'une voix entrecoupée . Je ne vous ai rien fait. Ce n'est pas moi qui vous ai volé.

LE PORTE-VOIX. Tu ne m'as pas volé? Tu es capable de tout. Qui est-ce qui seringue les passants? Qui leur accroche au derrière des queues de lapins? Qui pèche leurs perruques à l'hameçon? Qui estropie les chiens, et coupe la queue à tous les chats? Qui voulait tout à l'heure piquer les fesses à ses amis? Qui est-ce qui a dans sa poche un masque effroyable pour faire peur à deux enfants?

ROBERT. Ah ! c'est moi , c'est moi. Je suis le plus méchant des hommes. Mais je vous demande pardon, je ne ferai plus rien à l'avenir.

LE PORTE-VOIX. Et tout cc quc tu as fait? Tu ne feras plus rien ? Qui m'en répond?

ROBERT. 3Ioi, moi.

LE PORTE-VOIX. Me Ic proiTiets-tu?

ROBERT. Oui, je vous le jure.

LE PORTE-VOIX. Eh bien! je te fais grâce. Il ne tiendrait pourtant qu'à moi de te foudroyer. {Le fantôme agite sa torche qui répand un grand éclat de lumière et s éteint. Robert tombe étendu de tout son long, le visage co7itre terre.)

SCÈNE XVI. — M. DE JULIERS, FREDERIC, ROBERT, LE FANTOME. M. de Juliers entre dans le salon, tenant à la main un flambeau.

M. DE JULIERS. Qu'cst-cc quc tout cc tapage que j'entends?

ROBERT, saîis lever la tête. Mais est-ce que je fais du bruit doue? Mou Dieu ! mon Dieu ! Ah ! ne m'approchez pas.

M. DE JULIERS, l'apcrcevant. Qui est là?

ROBERT. Ehl vous SEVcz bicu qui je suis. Vous m'aviez fait grâce?

M. DE JULIERS. Moi, jc VOUS ai fait grâce?

ROBERT. Je ne vous ai pas volé. Je ne serai plus méchant, je ne le serai plus.

M. DE JULIERS. Mais n'est-ce pas Robert?

RoitKiM. Kli ! oui, je suis Robert ! C.rùce ! <;ràce !

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M, DE JULiERS. Que faites-vous donc, mon ami, dans cette posture? {[l pose sa lumière à terre, va à lui, et le relève.)

ROBERT, se débattant d'abord, et le reconnaissant ensuite. M. de Juliers! c'est vous? {son visage s'éclairait.) Ah! il est parti. {U tourne la vue de tous côtés ; il aperçoit le fantôme et se détourne avec effroi.) Le voiià en core! Le voyez-vous? {Frédéric va ouvrir la porte du cabinet.)

SCÈNE xvïi.—LÉOXOR, JULIE, DOROTHÉE, ADELAÏDE, LOUISE, DUVERNEY l'aîné, DUVERNEY le cadet, sortant, du cabinet avec des flambeaux.

Louise et Duvcrney le cadet témoignent quelque frayeur à l'aspect du fantôme. Les autres poussent

de grands éclats de rire.

M. DE JULIERS. Quc signifie tout ceci?

FRÉDÉRIC, s'avançant. Rien que de fort simple, mon papa. Ce grand fantôme, c'est votre palefrenier, avec votre perruque et votre robe de palais.

LE PALEFRENIER j^^/e à terre son déguisement et paraît en souquenille. Oui, monsieur, c'est moi.

M. DE JULIERS. Voilà uu vilaiu badinage, mon fils.

FRÉDÉRIC. Mon papa, demandez à la compagnie si M. Robert ne l'a pas mérité. Il voulait faire peur à ces petits {en montrant Louise et Duverney le cadet). Je n'ai fait que le prévenir. Qu'il fasse voir le masque effroyable qu'il a dans sa poche.

M. DE JULIERS, à Robert. Cela est-il vrai?

ROBERT, lui donnant le masque. Hélas ! oui, monsieur, le voilà.

M. DE JULIERS. Vous n'avcz donc que ce que vous avez mérité?

DOROTHÉE. C'est nous qui avons engagé Léonor à permettre que M. Frédéric lui donnât cette leçon.

ADÉL.ÙDE. Si vous saviez toutes les autres méchancetés qu'il a faites !

M. DE JULIERS. Quoi ! monsicur, est-ce donc ainsi que vous vous annoncez chez moi le premier jour que vous y entrez? Vous m'avez manqué dans mes enfants, qui se faisaient une fête de vous recevoir. Vous avez manqué à ces demoiselles, que vous deviez respecter. Retournez chez monsieur votre père. En vous voyant chasser d'une maison honnête, il apprendra de quelle importance il est de corriger les vices de votre cœur. Je ne veux point de vos détestables exemples pour mes enfants. Allez, monsieur, et ne reparaissez plus ici. {Robert confondu se retire.)

SCEKE xviil. — M. DE JULIERS, FRÉDÉRIC, LEOXOR, JULIE, DOROTHEE, ADELAÏDE , LOUISE, DUVERNEY l'aîné, DUVERNEY le cadet.

M. DE JULIERS. Et VOUS, mcs amis , si la circonstance excuse peut-être aujourd'hui ce que vous avez fait, ne vous permettez plus de ces jeux à l'avenir. Les frayeurs dont on est frappé dans un âge aussi tendre que le vôtre, peuvent avoir des suites funestes pour toute la vie. Ne vous vengez

8i LA PETITE FILLE A .MOUSTACHES.

des méchants quVii vous montrant meilleurs; et souvenez-vous, d'après l'exemple de Robert, qu'en voulant faire du mal aux autres, on le fait le plus souvent retomber sur soi-même.

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