‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 97 sur 276 · DIEI' TE VOIT · texte numérisé non relu

DIEI' TE VOIT

M. DE LA FEimiÈHE. « yucUid j'étuis eiicore aussi petit ([iie toi, et que je vivais auprès de mon père, nous avions deux voisins, l'un à la droite, l'autre à la gauche de notre maison. Le premier s'appelait Dubois, et le second Verneuil.

M. Dubois avait un fils nommé Sylvestre ; et M. Verneuil en avait aussi un , nommé Gaspard.

Derrière notre maison et celles de nos voisins, étaient de petits jardins, séparés les uns des autres par des haies vives. Sylvestre, lorsqu'il était seul dans le jardin de son père, s'amusait à jeter des pierres dans tous les jardins d'alentour, sans faire réllexion qu'il pouvait blesser quelqu'un. M. Dubois s'en était aperçu, et lui en avait fait de vives réprimandes, en le menaçant de le châtier s'il y revenait jamais. Mais, par malheur, cet enfant ignorait, ou n'avait pu se persuader qu'il ne faut pas faire le mal, même lorsqu'on est seul, parce que Dieu est toujours auprès de nous, et qu'il voit tout ce que nous faisons. Un jour que son père était sorti , croyant n'avoir pas de témoins, et qu'ainsi personne ne le punirait, il remplit sa poche de cailloux, et se mit à les lancer de tous les côtés.

Dans le même temps , M. Verneuil était dans son jardin avec Gaspard son fils. Gaspard avait le défaut de croire, comme Sylvestre, que c'était assez de ne pas faire le mal devant les autres, et que lorsqu'on était seul, on pouvait faire tout ce qu'on voulait. Son père avait un fusil chargé, pour tirer aux moineaux qui venaient manger ses cerises-, et il se tenait sous un berceau pour les guetter. Dans ce moment, un domestique vint lui dire qu'un étranger l'attendait dans le salon. Il laissa le fusil sous le berceau et il défendit expressément à Gaspard d'y toucher. Gaspard , se voyant seul, se dit à lui-même : Je ne vois pas le mal qu'il y aurait à jouer un moment avec ce fusil. En disant ces mots, il le prit, et se mit à faire l'exercice comme un soldat. Il présentait les armes, il se reposait sur ses armes : il voulut essayer s'il saurait aussi coucher en joue et ajuster.

Le bout de son fusil était tourné par hasard vers le jardin de M. Dubois. Au moment où il allait fermer l'œil gauche pour viser, un caillou lancé par Sylvestre vint le frapper droit à cet œil. Gaspard, d'effroi et de douleur, laissa tomber son fusil. Le coup partit, et Aye ! Aye ! on entendit des cris dans les deux jardins. Gaspard avait reçu une pierre dans l'œil. Sylvestre reçut toute la charge du fusil dans une jambe. L'un devint borgne , l'autre boiteux ; et ils restèrent dans cet état toute leur vie. »

i-.MîiKN. Ah! le pauvre Sylvestre! le pauvre Gaspard! que je les plains!

M. iiE LA FEURiKRE. Ils étaient effectivement fort à plaindre. Mais je suis encore plus sensible au malheur de leurs parents, d'avoir eu des enfants indociles et disgraciés. Dans le fond, ce fut un vrai bonhi^ui- |»our ces deux petits vauriens d'avoir eu cette mésaventure.

iARn-:N. Et couiiiient donc, mon papa?

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