‹ L'ami des enfantsChapitre 10 sur 116 · M. DE VALCOURT, MARIANNE · texte numérisé non relu

M. DE VALCOURT, MARIANNE

M. DE VALCOURT. — Je suis si en colère contre ce drôle, que je n'ai pas été en état d'écrire pour renvoyer le messager. Il peut aussi bien ne partir que demain au matin. Tâchons de me remettre un peu.

MARIANNE. — Quoi ! luon papa, vous êtes toujours fâché contre mon pauvre cousin? est-ce un si grand crime qu'il a commis?

M. DE VALCOURT. — Il te sied bien vraiment de l'excuser : je vois que tu n'as pas une meilleure tète que lui et que tu aurais peut-être fait pis à sa place. Vous avez cependant l'un et l'autre un bon exemple sous les yeux.

MARIANNE. Et quï doUC?

M, DE VALCOURT. — Mou bravo Rodolphe.

MARIANNE. — Ah! oul, ihou frère estun garçon bien vrai, bien généreux! C'est un digne modèle !

M. DE VALCOURT. — Je sais que Dorothée et toi vous lui en avez toujours voulu. Moi-même, d'après votre façon de penser, j'avais pris des préventions contre lui. Mais le préfet m'en rend aujourd'hui de si bons témoignages...

MARIANNE. — Eh! mou Dieu ! ses précepteurs ne vous accablaient-ils pas ici de ses louanges? On sait qu'il est né d'un homme riche, et on espère toujours attraper des présents d'un père, en le flattant sur son fils.

dO UN BON CCEliR FAIT PARDONNER BIEN DES ETOIRDERIES

M. DE VALcoi'RT. — Je veuxbien qu'on m'ait un peu flatté sur son compte; mais au moins ne m'a-t-il pas joué un seul tour, comme Frédéric m'en a joué mille, depuis son enfance ?

MARIANNE. — Ses tours ne portaient de préjudice à personne ; ils ne faisaient tort qu'à lui-même.

M. DE vALcoERT. — Tii me mettrais en fureur. Il ne s'est fait tort qu'à lui-même, n'est-ce pas, en précipitant dans les fossés ma plus belle voiture ? une voiture dorée toute neuve, qui venait de me coûter six mille francs.

MARIANNE. — Ce u'ost qu'uo trait d'étourderie bien excusable à son âge. Pétrel essayait cette voiture : Frédéric le tourmenta si fort pour monter sur le siège, qu'il le prit avec lui. Lorsqu'ils eurent fait quelques pas, le fouet- tombe ; Pétrel descend pour le ramasser. Les chevaux sentent leurs rênes dans une main plus faible, ils s'emportent. Heureusement l'avanttrain se détache, et il n'y a que la voiture qui en ait souffert.

M. DE VALCouRT. — Ce u'est pas assez, peut-être? Et qui, dans cette aventure, est plus à plaindre que moi?

MARIANNE. — Frédéric, qui en a eu la tête toute fracassée, et surtout le pauvre Pétrel qui a perdu son service.

M. DE VALCOURT. — Ah ! je ne puis y penser sans frémir encore de colère! Cette belle équipée m'a coûté plus de cent louis.

MARIANNE. — Et Combien de regrets elle a coûtés au bon Frédéric! il ne se consolera jamais d'avoir été cause de la disgrâce du malheureux Pétrel.

M. DE VALCOURT. — Deux bous vauriens à mettre ensemble ! J'admire toujours que tu choisisses les plus mauvais garnements pour plaider leur cause. C'est dommage, en vérité, que tu ne sois pas née garçon, pour être camarade de ton cousin. Vous auriez fait, je crois, tous deux, de belles manœuvres.

MARIANNE. — Mais au moins...

M. DE VALCOURT. — Tais-toi. Tu m'importunes de tes sornettes. Je veux sortir pour aller prendre le frais. Va chercher Dorothée, et vous viendrez

me trouver, (II sort et laisse son chapeau.)

UN BON CŒLK FAIT PARDONNER BIEN DES ETOlRDEKlES

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