M. DE VALCOURT, FRÉDÉRIC, MARIANNE, DOROTHÉE, PÉTREL
Frédéric se précipite aux pieds de son oncle. Pétrel se jette contre terre à. son côté, passe un bras sous les genoux de M. de Valcourt, et l'autre autour de Frédéric, leur baise les mains et les habits, et fait des éclats extravagants de joie. Marianne et Dorothée s'embrassent en pleurant.
FBÉDÉrtiG. — Ah! mon oncle! mon oncle! me pardonnez-vous?
M. DE VALCOURT, d'une voix étouffée à force de le presser. Te pardonner! Ail!
tu mérites que je t'aime mille fois plus qu'auparavant, que je ne me sépare jamais de toi.
FRÉDÉRIC. Oui, mon oncle, jamais, jamais ! (U se retourne, se jette sur Pétrel, et
se suspend d'un bras à son cou. I Ail! si VOUS aviez VU la misère de ce pauvre homme et de ses enfants! si vous aviez été la cause de leur malheur!
PÉTREL. — C'est moi, c'est moi ! pourquoi vous laisser grimper sur mon siège et vous livrer des chevaux fringants? Mais qui pouvait vous refuser quelque chose ? Non, quand la voiture aurait dû me passer sur le corps. Tenez, monsieur Frédéric, ne me demandez plus rien d'injuste. Il faudrait vous l'accorder; mais j'irais de là me jeter dans la rivière.
M. DE VALCOURT. — Oue nc m'instruisais-lu de tout cela, au lieu de vendre ta montre, tes livres et peut-être tes habits? C'est toujours une imprudence à un enfant comme toi, qui ne connaît pas le prix des choses.
FRÉDÉRIC — Oui, cela est vrai ; mais, chaque moment de plus que je laissais souffrir cette famille, il me semblait commettre un assassinat. Et puis, comme vous aviez chassé Pétrel, dans votre colère, je craignais que vous ne me fissiez défense de le secourir, et que, par ma désobéissance à vos ordres exprès, je ne me rendisse plus coupable.
M. DE VALCOURT. — Tu iii'aurais donc alors désobéi?
FRÉDÉRIC. — Oui, mon oncle; mais en cela seulement.
M. DE VALCOURT. — Embrasse-moi , brave Frédéric... Cependant j'ai encore sur le cœur un article de la lettre, qui dit que tu as découché une nuit. Où l'as-tu donc passée?
FRÉDÉRIC. — C'était le jour que je portais l'argent à Pétrel. Le préfet
UN BON COEUR FAIT PARDONNER BIEN DES ÉTOURDERIES
n'était pas à Ja pension, et je savais que la porte serait fermée le soir à dix heures. Je croyais être de retour auparavant, j'y aurais été, si je ne me fusse égaré dans les ténèbres.
DOROTHÉE. — Mon pauvre frère, où as-tu donc couché?
FUÉDÉiiic. — Je trouvai une masure abandonnée, je m'y étendis sur une
grande pierre, et jamais je n'ai si bien dormi. J'étais si content d'avoir soulagé Pétrel !
MAitiAN.NE. — Ah! méchant Rodolphe! il s'est bien gardé de nous apprendre toutes ces choses ; il les savait pourtant.
-\i. DEVALcouRT. — Dès co momeut je lui retire ma tendresse, et loi seul...
FRÉDÉRIC. — Non, mon oncle, je ne veux pas être heureux aux dépens de personne, et encore moins aux dépens de votre fils.
DOROTHÉE lui tend la main. — 0 mon frère, Combien je dois t'aimer !
M. DE VALCOFRT. — Eh bien, qu'il reste dans sa pension. Pour toi, tu ne me quitteras plus. Je veux toujours t'avoir auprès de mon cœur. Je
24 UN BON CŒUR FAIT PARDONNER BIEN DES ETOUUDERIES
te ferais plutôt venir des maîtres de toute espèce, de deux cents lieues.
(Frédôi'ic lui baiso la main.)
PÉTREL, lui baisant le pan do son iiabil. — Mon digne maître, VOUS êtes toujours le même!
M. DE VAL COURT, lui frappant sur lépauie. — Pétrel, as-tu pris des engagements avec M. de Vienne?
PÈTUEL. — Non! je n'avais pas mon certificat.
M. DE vALcouRT. — Tu n'en auras plus besoin. Je sens que je vous rendrai heureux, Frédéric et toi, en vous remettant ensemble. Mais ne lui laisse plus prendre ta place sur ton siège. On pourvoira aussi à tes enfants.
PÈTUEL se mut à sangloter et à ciier : — Mon cher maître !... Mousicur !... c'estil bien vrai ? n'est-ce qu'un songe? Frédéric! monsieur Frédéric! mes pauvres enfants ! Ah ! que j'aille revoir mes chevaux!...
Co lin -Ma illard
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