SCÈNE V
ALEXIS. KDOUARn
ÉDOITAlîD, portanl par les doux anses une f^rantle corbeille. ■ VieilS, je te prie, m'aicler,
mon cher Alexis, pour que je ne laisse rien tomber. Tout cela devient à présent sacré pour moi. J'ai laissé le gâteau dans le ifTet, crainte de le ijriser. Je Tirai chercher quand il sera ips. Voici toujours la boîte de confitures, (ii rouvre et la donne s.) Tiens, c'est ici le milieu ; prends tout ce côté pour irles, et laisse l'autre moitié pour moi dans la boîte. ALEXIS. — Non, non ; il vaut mieux qu'il soit témoin partage. Il croirait peut-être que nous avons mangé quelque chose dans sa portion. Voyons les autres friandises. — Quatre cédrats confits; deux pour l'un et deux pour l'autre. — Six cornets de pasfilles ; trois pour chacun, ill fall .lenx paris quil place aux
lieux bouts do la labie) Combieu y a-t-il de jetons dans cette bourse ?
EDOUARD. — Deux cents.
ALEXIS, après en avoir coniplé cent, qu'il dispose dix par dix. ■
Voilà les siens. La bourse ne peut pas se partager; elle te reste avec les autres jetons.
ÉDOi Aiiii. — Et ces quatre compagnies de soldats? Ah! comme nous nous serions amusés a les ranger en bataille ! N'y as-tu pas de regrets, Alexis?
ALEXIS. — J'en aurais si tu les gardais. Je le donne les uniformes rouges ils sont plus brillants que les bleus. Lu jeu de loto et un microscope.
ÉDoiiAUD. — Heureusement ni l'un ni l'autre ne se partagent.
ALEXIS. — Il est bien vrai, à la rigueur; mais cela peut faire deux lots, un pour chacun. Charles viendrait nous chicaner, et il faut prévenir jusqu'à. ses injustices. Laisson.s-lui le loto, et gardons le microscope pour nous. H pourra servir à nous instruire en nous faisant connaître mille beautés de la nature qui se déroberaient à nos regards.
LES ETRENNES Vî',
ÉD(iLviU). — Ah 1 voilà maintenant ce qui me coûte le plus ! ces treize jolies figures de porcelaine.
ALEXIS. — Tu n'aurais jamais pu les placer ensemble sur ta cheminée. Sais-tu ce qu'elles représentent?
ÉDoi'Aiu). — Les neuf Muses et les quatre Saisons.
ALEXIS. — Donne-lui les Saisons. Tu as droit à la meilleure part, et les Muses ne se séparent jamais. Mais veux-tu m'en croire ? ne faisons point les choses à demi. Accordons-lui, (Mjur égaliser, le reste des jetons et la bourse.
lU rodiel le» cent jetons de Cliarles dans la bourse, et met le tout ensemble de son coté.) LeS Voilà daUS
son lot.
ÈDoi'AUD. — Tu me lais faire ce que tu veux.
ALEXIS. — Ce que j'aurais fait moi-même à ta place. lia, ha 1 des estampes encadrées ! J'avais oublié de lui en parler.
ÉDOiAiiD, avec joie. — Est-il bien vrai, mon ami ?
ALEXIS, dun air sévère. — Et qu'impoi'te? N'est-cc pas comme s'il le savait? Combien y en a-t-il? Voyons! Une, deux, trois, iii eomiiiejusiiua vin.^i-ciuatie. enpai-
courant leurs inseriiitions l'une apri'S l'autre, et les partageant à mesure en deux lots.) Ici leS prmCCS
régnants de l'Europe, et là les grands hommes de France. ÉDuLAUii. — Eh bien, lesquels choisirons-nous?
.VLEXIS, lui présentant deux estampes i|u d a mises de côté dans le second lot. Ail . UIOU
cher Edouard, notre choix est tout fait. Voici La Fontaine, Fénelon. Gardons
les amis de notre enfance, dl baise les deux portraits; ensuite ll met les princes dans lelot de Charles, et les grands bomnies dans celui d'Edouard.) VoiUl touL, JC CroiS? EDUI'ARD, tristement. HélaS 1 Oui.
ALEXIS. — Pourquoi cet air triste?
ÉDoi AKU. — C'est que tu veux que mon bien lui appartienne.
ALEXIS. — Non, mon cher Edouard, ce n'est pas moi qui le veux ; c'est toi qui l'as voulu et qui le veux encore. N'est-il pas vrai, tu le veux toujours?
ÉDdt Aui). — Oui, oui; fais seulement que je ne voie plus cela, que j'en sois débarrassé.
ALEXIS. — N'y pense plus, mon ami ; tu as fait ton devoir. Je cours trouver Charles et lui parler. S'il t'a trompé, je veux qu'il en meure de honte. (Il sort.)