‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 3 sur 153 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

DIDIER ) EUGÉNIE. /Eugénie est assise sur un tronc d'arbre renversé. Elle épluche des fraises qu'elle a sur ses genoux f dans le creux de son chapeau de paille. Didier lui en porte dans le sien. Xies fraises sont proprement arrangées dans les deux chapeaux sur une couche de feuilles de vignesaj

DIDIER. Tiens, ma sœur, j''espère que nous en aurons une jolie provision.

EUGÉNIE. Je ne sais plus où mettre les miennes; mon chapeau est déjà tout plein.

DIDIER. Cécile va nous apporter une corbeille. A quoi s"'amuse-t-elle donc ? Tu peux , en attendant , les mettre dans ton tablier.

EUGÉNIE. Oui, cela ferait un beau gâchis! Pour remplir mon tablier de taches! Et maman , que dirait-elle? Sais-tu ce qu'il faut faire? Ton chapeau est le plus grand , je vais y mettre ce quMl y a dans le mien. Tu le prendras, et tu iras en chercher de nouvelles, tandis que jV'pluchcrai celles-ci.

DIDIER. C^estbien dit. Cécile viendra dans Tintervalle, et alors il y en aura, je crois , assez.

EUGÉNIE. Quand elles seront toutes ensemble,' on verra mieux ce quMl y a.

DIDIER. Ce qui sera de trop plein dans la corbeille sera pour nous.

EUGÉNIE. Je crois que nous n''aurons guère envie d''en manger aujourd'hui. Ah , mon frère ! c''est le dernier repas que nous ferons de cette anne'e avec notre papa ; et qui sait si nous le reverrons jamais ?

DIDIER. Tranquilhse-toi , ma sœur; tout le monde ne meurt pas dans une bataille.

EUGÉNIE. Maudite guerre! si les hommes n'étaient pas si méchants ! s'ils savaient s'aimer comme des frères et des sœurs !

DIDIER. Bon! ne nous querellons-nous pas tous les jours pour des bagatelles? Chacun de nous croit avoir raison , et souvent on ne sait de quel côté elle se trouve. Il en est de même parmi les hommes.

EUGÉNIE. Ils devraient bien au moins se raccommoder comme nous. Nos querelles ne coûtent jamais de sang.

DIDIER. Parce que papa ou maman les terminent. Mais les hommes ne sont pas des enfants. Ils ne se laissent pas commander, quand ils ont la force en main. Et puis, lorsqu'on nous fait uneinju^tice, ne devons-nous pas la repousser? Faut-il nous laisser ravir impunément ce qui nous appartient.

EUGÉNIE. Tu parles toujours comme un soldat.

DIDIER. Puisque je dois Tètre. Tiens, ma sœur, tu as beau dire , c''est une belle chose que la guerre. Sans elle , comment ferions-nous pour vivre ? Serait-ce notre petit bien qui nous nourrirait? Mais ne pleure donc pas ; tu me fais de la peine.

EUGÉNIE. Ah! laisse-moi pleurer, tandis que nous sommes tout seuls. J"'aime mieux que mes larmes coulent devant toi que devant nos pauvres parents. Je craindrais trop de les affliger.

'DIDIER. Allons, allons, sèche tes pleurs; occupe-toi pour te distraire. Moi , je vais remplir ton chapeau.

EUGÉNIE. Ya-t''en de ce côté là-bas. Il ne reste plus rien ici à cueillir.

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