CHARLES, EDOUARD
EDOUARD, j9/'ew-«wi^ la main de Charles. 0 mon clier ami, que je suis touché de ce noble retour! Je n'étais pas en droit de l'espérer.
CHARLES. Comment! lorsque lu me donnais la moitié de ton bien , sans attendre rien de moi ?
EDOUARD. Ah ! ne me fais pas honneur de celte générosité. Tu ne sais pas tout ce qu'il m'en coûtait. Non, jamais je n'aurais eu ia force de tenir ma parole sans les encouragements d'Alexis.
CHARLES. Eh! c'est à lui que je dois aussi le bonheur de n'avoir pas achevé ma fourberie. Il m'en a fait sentir si vivement l'indignité! Lorsqu'ensuitc je suis venu , et que j'ai vu combien de loyauté lu avais mis dans le partage.. .
EDOUARD. Moi , le partage ! C'est lui qui l'a fait. Je ne sais comment il a pu s'y prendre ; mais il me faisait trouver du plaisir à me dépouiller. Il y a pourtant bien des choses que j'ai ajoutées de moimême. Je te donnais et je croyais m'enrichir.
CHARLES. Ah ! garde tout cela, je n'en veux plus. Que je me trouve heureux d'être débarrassé de ce poids! Toi , mon meilleur ami, je n'aurais plus osé te regarder en face. J'étais loin de croire qu'on eût tant à souffrir pour devenir un malhonnête homme.
EDOUARD. Et moi donc, comme j'étais tourmenté! Je sens bien maintenant le plaisir d'avoir été généreux. Voilà cependant ce que nous devons à l'hoKnête Alexis ! Si pauvre , avoir tant de droiture ! N'est-ce pas , qu'il n'a rien exigé de toi pour te découvrir mes richesses ?
CHARLES. Lui? mon cher Edouard ! D'où te viendrait ce vilain soupçon ?
EDOUARD. C'est ma sœur qui, par jalousie, voulait me e faire accroire.
CHARLES. Ah! si tu l'avais entendu parler de toi!
ils l'ami des enfants.
Comme il soutenait vivement ton parti ! j''ai eu besoin de toute mon adresse pour le faire jaser. Oui, dès ce moment il vient d'^acquerir mon estime pour toute sa vie ; et je veux lui donner Tautre moitié qui me reste de mes trois louis.
EDOUARD. Non, Charles , c''est à moi de le récompenser, et j''en sais le moyen. Garde ton argent avec la moitié qui te revient de mes étrennes.
CHARLES. Que dis-tu ? Moi ! Jamais. Tiens, plutôt , donnons-lui tout ce qui devait entrer dans notre échange. Nous avons mérité de le perdre, et lui de le gagner.
EDOUARD. Oh ! de tout mon cœur ! Sais-tu ce qu''il faut l'aire? Nous pouvons nous donner bien du plaisir. Je vais faire porter to:it cela chez lui pour qu'il le trouve à son retour.
CHARLES. Bien , bien ! pourvu qu''il n*'aille pas revenir assez tût pour nous en empêcher.
EDOUARD. Je vais appeler un domestique. Toi, ran^c tout dans cette corbeille. Je reviens comme Péclair. (// sort encourant.) SCENE XV.
CHARLES, oi rentplissanf la corbeille. Ce i)rave Alexis , connue nous allons le rendre content I et je serai de moitié dans la joie qu'il va goûter I Ah ! je ne la céderais pas pour dix fois toutes ces jolies étrennes. Qui m'eût dit que j'aurais encore plus de plaisir à lui donner tout ce que j'ai tant désiré , qu'à le garder pour moi? Je voudrais être mon papa pourl'eiuichir. Grâce à lui, je sens à présent qu'être
juste et honnête, c^est être plus heureux que de posséder les plus grands biens.
SCEINE XVI.