SCENE XXVIII
Madame DE FAViÈass , ihéz.ani£, Constantin , alexandrins, MINETTS , ItîATHUBIN.
MINETTE, coi4rant vers sa mère. Maman, maman! c'est le bon Mathurin que je vous amène. ALEXANDRiNE, ^îfz /a suit. Le voici , Ic voici!
(On voit Mathurin qui arrive, soutenu d'une main sur son bâton , et de l'autre sur Constantin . En apercevant madame de Favières, il veut doubler le pas, il chancelle. Madame de Favières et Mclanie s'avancent vers lui.)
208 l'ami des eîsfams.
CONSTANTIN . Âppuie-loi plus fort sur mon épaule. Va , tu ne me fais pas île mal,
MELANiE. Doucement, mon cher Mathuriu.
MADAME DE famères. Prends bien garde de iic pas tomber.
MATHURiN. Madame , on est venu chercher nos enfants dans le village, avec leurs habits de fêle. Est-ce que monseigneur serait arrivé? Je ne me le pardonnerais pas.
MADA5IE de favières. Non,mon ami, nous l'attendons encore.
MATHURIN. Ah, tant mieux! Et par où doit-il venir? dites-le-moi. Paila tête assez bonne, mais les jambes me manquent. Il faut que je me nieUc en marche arant les autres , pour arriver en même temps.
MADA3IE de faviÈres. Comment, est-ce que lu voudrais aller à sa rencontre, faible comme tu Tes?
MATHURIN , avec vivacité. Si je le veux ? Quoi ! je resterais ici à l'attendre , quand il a couru toute sa vie au-devant de mes besoins? Je me ferais plutôt porter par mes enfants.
MÉLAN1E. Non, Mathurin; mon papa te saurait mauvais gré, je t'assure, de tVwposer à cette fatigue.
MATHURIN. Quand ce ne serait pas pour lui, ce serait pour moi. J'ai besoin de le voir. Il est comme le soleil qui ragaillardit ma vieillesse.
MADAftiE DE FAViiiRES. Mais, inoH ami, à toi) ■âge...
WATHURiN. Mon âge fait que je lui dois plus d'o-
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bligation que îes jeunes. Madame, je le connais depuis plus de temps que vous. Combien de fois je l'ai mis à cheval sur ce bâton que voilà ! Il n'hélait pas si grand que M. Constantin , qiril était déjà mon bienfaiteur. J'étais pauvre alors , et lui , il n"'avait que Targent dé 'ses plaisirs. Eh bien , il trouvait encore le secret de me tirer de peine. J'avais beau ne lui dire que la moitié de mon embarras , il savait en deviner plus que je ne lui en cachais. Dès qu'il put disposer de ses biens, il me lit présent de la chaumière que j'habite , et de quelques terres à l'entour. A chaque enfant que me donnait ma femme , il ajoutait , lui , de quoi le nourrir. Grâce à sa bonté , je me suis vu en état de les élever tous, et de les établir dais l'aisance. Aussi je les regarde comme faisant sa famille autant que la mienne , et je n'en trouve que plus de plaisir à les aimer.
MADAME DE FAViERES. Tu sais aussi qu'il a pour toi beaucoup d'attachement? Il est peu de ses lettres où il ne me demande de tes nouvelles.
MXTHLRis^ avec tra/îsporf. Est-il vrai? Mais oui , je le crois. Ecoutez donc , il me le doit au moins. Il a fait du bien à beaucoup de gens dans sa terre ; il a relevé leurs chaumières renversées par l'orage ; il leur a fourni du grain dans de mauvaises années ; il a payé la taille pour eux; je veux qu'ils le bénissent, qu'ils le révèrent; mais je mourrais de chagrin, si je savais qu'après sa famille, quelqu'un l'aimât ici plus que moi. Ce que je dis là,
c'est encore pour vous , madame , et pour vous aussi, mademoiselle. {3ïadame de Favières et Mélnnie lui font des amitiés. )
LES EXFAisTS , sautmit autour de lui. Et nous , Mathurin.
MATHURTX. Il faut bicu que je vous aime, vous êtes ses enfants. Vous me faites pourtant fâcher quelquefois.
MINETTE. Nous, tc faire fâcher?
MATiiLRiN. Oui, vous avcz pour moi trop de soins , cela m'*impatiente. On dirait que je suis si vieux , si vieux !
MINETTE. Oh que non! tu es bien gaillard encore. Tiens , je veux raiVanger en petit-maître. Voici mon bouquet, je vais le mettre'à ta boutonnière.
ALEXANDRixE. Donuc-moi tou chapcau, que j'y passe un ruban.
CONSTANTIN , se levant" SUT le haut de ses pieds jJGur aîtei?idre son oreille. Je te ferai donner une roquille de notre bon vin.
MATHURIN. 0 chères petites créatures î vous ête» , tout cœur comme votre père. Venez , venez , que je vous embrasse. Madame , vous pardonnez...
MADAME DE FAVIERES. Ccst moi qui t''en prie, i Rien n''est si doux à mes yeux que de voir mes en— ' fants dans les bras d'un vieillard comme toi. C'est le tableau de Tinnocence et de la vertu.
(^Les en faiits se jettent dans les bras de Mathurin , qui les embrasse et les presse contre son cœur. On entend u?i bruit de musique. )
MATHURIN , se relevant avec vivacité. Qu'estce que j''enten(ls ? Serait-ce monseigneur ?
mélanie. Ab , plût au ciel!
MADAME DE favières. Nou , mon auii , ce sont les jeunes gens du village qui viennent faire une répétition de leur fête.
MATHURIN. Oh ! je veux la voir. J'y figurais autrefois. A peine aujourd''hui pourrais- je la suivre. Permettez que j''aille me poster au pied de cet arbre. Je Tai planté dans mon enfance ; nous étions alors du même âge; il est à présent bien plus jeune que moi.
3IADAME DE FAVIERES. Non Mathurin f je veux que tu viennes prendre place à mon côté.
MELANIE. Oui, entre nous deux.
MATHURIN. Moi, madame j me faire cetbonneur aux yeux de tout le village !
MADAME DE FAVIERES. Eh! HO faut - il pas qu'il apprenne, par notre exemple , à respecter la vieillesse et la probité ? Yiens, mon ami.
(Madame de Favières et Mélanie le conduisent vers un banc de verdure, et le font asseoir au milieu d'elles. Alexandrine et Minette arrangent ses habits. Constantin assure son bâton pour le soutenir.)
MATHURIN , e7i essuyaiit ses yeux. Pourvu que je n'aille pas mourir de joie avant l'arrivée de monseigneur!
(On voit entrer des deux côtés de la scène de jeunes garçons et de jeunes filles qui viennent se rcuni; deux à deux dans le milieu. Les jeunes garçons portent des Heurs, des gerbes, des pampres de vigne ; les jeunes filles, des agneaux, des tourterelles et des corbeilles de fleurs. La marche commence, précédée des ménétriers
du village. A la suite de la marche s'élève un olivier, au pied duquel s'entrelace une tige de lis. La troupe, après avoir delilé devant le banc où madame de Favières est assise avec ses enf^ints i:l Mathurin , porte les présents sur un gradin placé derrière l'olivier, tandis que les ménétriers se forment sur un côté de la scène , en face du banc.
La ronde commence autour de l'arbre, au son du tambourin cî du galoubé.)