‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 8 sur 153 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

JEANNE , SnZETTE , ADRIEN , LVBINi

JEANNE, en entrant, à Sujette. Je crains que le drôle ne m'ail échappé pour courir au feu. N'ai-je donc pas assez de trembler pour son père 1

suzETTE. Non, ma mère, le voici. Ha, ha! il parle à un petit monsieur.

JEANNE, à Lubin . Pourquoi ne pas me répondre?

LUBIN. Je ne vous ai pas entendue. Je n^enten— dais que ce malheureux enfant. Ah, ma mère! il vous aurait donné le frisson comme à moi.

JEANNE. Que lui est— il donc arrivé ?

LUBIN. D'être, peu s'en faut, brûlé vif. Samaiso» était toute en feu, lorsqu''il s'en est échappé.

JEANNE. Dieu de bonté ! comme le voilà pâle ! Vous êtes si petit, comment avez-vous doBc fait' pour vous sauver ?

ADRIEN. Notre palefrenier m'a pi'is sur ses épaules, et mon papa lui a dit de m'emporte? dans un village où j'ai été nourri; mais on l'a arrêté dans la rue pour le faire travailler. Je pleurais de me voir tout seul. Une bonne femme m'a pris par la main, et m'a conduit jusqu'à la porto de la ville* Elle m'a dit d'aller tout droit devant moi sur le gr£in4 chemin ; que c'était le premier village que je trou-^ verais, et m'y voici.

JEANNE. Et savez-vous le nom de votre père nourricier ?

ADRIEN. Ma petite sœur de lait s''appel ait Suzette.

suzETTE, avec un cri de joie. Ah, ma mère ! si c'*était Adrien ?

ADRIEN. Eh ! oui, c'est moi.

JEANNE. Vous, le fils de M. de Cressac ?

ADRIEN. 0 ma bonne nourrice 1 je te reconnais bien à présent. Et Yoilà ma chère Suzette, et voilà Lubin. {Suzette se jette à son cou., Luhin lui prend la tnain.)

jEANfiE^l'életmnt dans ses bras, etFemhî'assant. 0 mon Dieu, que je suis heureuse ! Je ne pensais qu'à toi dans toutes ces flammes. Mon mari a couru pour le sauver. Mais comme te voilà grandi ! L'aurais-tu reconnu, Suzette ?

SUZETTE. Non pas tout de suite, ma mère. Mais j'ai bien senti que le cœur me battait près de lui. Vous avons été si longtemps sans le voir !

ADRIEN. C'est que j'étais au collège. Il y a trois jours que j'en suis sorti, pour passer les fêtes à la maison. Pourquoi y suis-je venu ! 0 mon papa, maman, ma petite sœur Julie !

JEANNE. Tranqui!lise-toi, mon ami. Thomas est à la ville. Je le. cannais. Il les sauverait tous, fussent-ils dans un brasier. Mais toi, tu as couru toute la nuit. Tu dois avoir faim. Veux-tu mander ?

LUBIN. Tenez, monsieur Adrien, voici une tartme que j'avais faite pourmoï.

ADRIEN. Tu me disais tu autrefois, Lubin.

LUBIN, lui passant vn hras autour du cou . Eh bien, Adrien, prends donc mon déjeuner.

suzETTE. Quelque chose d'un peu chaud lui vaudra mieux. Je vais lui cherciier ma soupe au lait, qui chauffe sur le fourneau.

ADRIEN. Non, mes amis, je vous remercie. Je ne mangerai rien que je n"'aie vu mon père, ma mère et ma sœur. Je veux m'en retourner ; je veux les voir.

JEANNE. Y penses-tu ? Aller courir dans les flammes ?

ADRIEN. C'est là que je les ai laissés ! Oh ! c'est bien malgré moi. Je ne voulais pas me séparer d'eux ! Mon papa l'a voulu. Lui, qui est la douceur même, il m'a menacé, il m'a repoussé. Il a bien fallu lui obéir, de peur de le mettre en colère. Mais je ne peux plus y tenir ; il faut que je retourne le chercher.

JEANNE. Je ne te lâche point. Viens avec nous à la maison.

ADRIEN. Vous avez une maison ! Ah ! je n'en ai plus.

JEANNE. La nôtre n'est-elle pas à toi ? Je t'ai nourri de mon lait ; je te nourrirai bien de mon pain. {Elle le ]prenà dans ses hras et F emporte^ malgré sa résistance, dans la ferme. ^ Lubin.) Toi, reste ici pour voir venir de plus loin ton père, et nous en avertir. Mais ne va pas au feu, je te le

défends.

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