‹ L'ami des loisChapitre 10 sur 63 · ACTE 1, SCENE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE IV. i

Qui, rédigeant en lois leurs rêves destructeurs,

Pour se le partager, voudraient mettre à la gêne

Cet immense pays rétréci comme Athène!

Ne plaçons pas, de grâce, en un même tableau,

Le patriote ancien à coté du nouveau.

Celui-ci ne l'est pas, mais veut passer pour l'être;

L'autre l'est en effet , sans vouloir le paraître.

Le mien n'honore pas, comme vos messieurs font.

Les sentiments du cœur de son mépris profond.

Ce n'est qu'en pratiquant les vertus domestiques.

Qu'il compte s'élever jusqu'aux vertus publiques.

Il croit qu'ayant des mœurs , étant homme de bien ,

Bon parent , l'on peut être alors bon citoyen.

Compatissant aux maux de tous tant que nous sommes,

Il ne voit quà regret couler le sang des hommes;

Et , rattachant sa cause à celle de chacun ,

Confond son intérêt dans l'intérêt commun.

Voilà le patriote ; il a tout mon hommage :

Vos messieurs ne sont pas formés à cette image.

MADAME VERSA C

Vous voyez en petit; il faudrait voir en grand. Un seul est devant tous un point indifférent : Et le vrai citoyen ne voit père , ni fille , Ni femme, ni parents; il n'a qu'une famille, Le peuple ; de tous nœuds prompt à se délier , Il doit...

FORLIS.

Vous devenez sublime... à m'effrayer!...

Il est encor pour moi des nœuds que je révère: Je me sens tressaillir au nom d'ami, de frère; De mes chagrins près d'eux le trait peut s'adoucir, Et mon cœur près d'un cœur ne sait pas s'endurcir. Sans trop se dégrader, sans rabaisser son ame,

i6 L'AMI DES LOIS.

Je crois qu'on peut aimer ses enfants et sa feiîime. Dussé-je compromettre un peu ma dignité , Je veux aimer les miens|avec' sincérité, En bon bourgeois; je veux entrer dan s"^ le partage De leurs maux, de leurs biens ;^les maux, je les soulage: Les biens, tout autant qu'eux, plus qu'eux, j'en sais jouir; Près d'eux je veux enfin pleurer, me réjouir... Voilà des sentiments, des goûts h'ien teîTe-à-terre : Blâmez les , j'y consens : mais c'est mon caractère De préférer ces goûts aux transports exaltés De certains' grands esprits' qui," toujours baut- montés, Dédaignent de cbérir ce qui les environne; N'aimant le monde entier, que pour n'aimer personne.,. De mes rivaux enfin quel est le favori?

MADAME VERS A C

Aucun des deux encor.

FORLIS.

Bon?

MADAME VERSAC

Je n'ai jusqu'ici Aucun penchant pour eux, pour eux aucune Ijaine.

FORLIS.

Il faut choisir pourtant. j

MADAME VERSAC

Je choisirai sans peiii^e.

Si le succès s'arrange au gré de vos rivaux....

FORLIS.

Comme ils l'ont arrangé déjà dans leurs cerveaux?

MADAME VERSAC

Plus digne par son rang d'entrer dans ma famille , Le mieux doté des deux, Forlis, aura uîa fille.

FORLIS, gaiement.

J^ serai votre gendre.

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