II. — L’expulsion des Trappistes de La Meilleraye
Je lis dans VAmi, n° 31, p. 692, 2° colonne, cette phrase : « Le 28 septembre 1831, six cents hommes de troupe de gendarmerie. envahissent l’abbaye de la Meilleraye, prés Cholet, expulsent les Trappistes, sous prétexte que leur communauté n’est pas autorisée... Les Trappistes se souvinrent longtemps de cette expulsion. Lorsqu’en 1880 ils furent chassés de nouveau : « Que nous veut donc encore ce Louis-Philippe? » disait un religieux. Le saint homme croyait qu’en l’an de grace 1880, Louis-Philippe était encore roi des Frangais, et que c’était encore Louis-Philippe qui traitait les religieux comme des conspirateurs. »
Voulez-vous me permettre de rétablir la vérité des faits auxquels notre aimable conférencier fait allusion ?
L’abbaye de Melleray est dans la commune de la Meilleraye, arrondissement de Chateaubriant. (Loire- Inférieure). C’est bien cette abbaye dont un certain nombre de religieux ont été expulsés en 1832, non parce que la communauté n’était pas autorisée (on a renoncé a cette raison, d’abord mise en avant, parce qu'elle s'appliquait 4 trop de communautés 4 la fois), mais parce que cette communauté de Melleray, fondée en Angleterre pendant la Révolution frangaise, ramenée en France 4 la Restauration par un vaisseau de l’Etat, contenait un certain nombre d’étrangers, Anglais et Irlandais. Ce sont ces derniers qui furent expulsés et renvoyés brutalement dans leur pays. La vraie raison de cette sévérité du gouvernement de Louis-Philippe était que Vabbé de Melleray, Dom Antoine (Saulnier de Beauregard), était attaché aux Bourbons, et ne dissimulait pas ses préférences pour la famille déchue. Jusqu’a sa mort, qui arriva en 1839, Dom Antoine fut tenu en suspicion par le gouvernement, et eut beaucoup a souffrir des tracasseries qu’on Ini fit.
Prés de Cholet (Maine-et-Loire), il y a bien une Trappe du méme Ordre, qui s’appelle Bellefontaine. Cette Trappe fut expulsée en 1880, et non pas celle de Melleray. Ainsi en fut-il dans beaucoup d’endroits. Les communautés des Trappistes ne furent pas toutes expulsées a4 cette époque, et celles qui le furent rentrérent bientot dans leurs cloitres.
La petite anecdote que raconte notre conférencier est réelle ; mais la chose s’est passée un peu différemment. Cétait 4 Melleray, en 1832, qu’un Frére, témoin attristé des brutalités des gendarmes, et surtout du capitaine de gendarmerie, s’écria : « Mais qu’est-ce donc que nous ‘avons fait 4 notre bon roi Charles X pour qu’il nous traite si durement? » Cette réflexion s’explique dans la
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bouche d’un Frére qui pouvait bien ignorer la chute de Charles X et ’avénement de Louis-Philippe, deux ans a — peine aprés la révolution de juillet. Mais cette méme réflexion, rééditée aux expulsions de 1880, avec la sup- position que Louis-Philippe était encore sur le trone, ne se comprend plus, trente-deux ans aprés la chute de Louis-Philippe; elle devient invraisemblable. Je sais bien gu’on l’a racontée et qu’on Va écrite 4 propos de Vexpulsion de Bellefontaine en 1880; mais ce n’est qu’une anecdote rajeunie de cinquante ans.
Je n’attache aucune importance a cette rectification. Vous pourrez toutefois en avertir auteur de ces intéressantes conférences, qui a été induit en erreur, je crois, par des récits infidéles, inventés pour donner du relief 2 une histoire de la Trappe.
-F. M. Euetnn, abbé de Melleray.