LA CROISADE POUR LA LIBERTE D’ENSEIGNEMENT
Mesdames et Messieurs,
Le monopole universitaire, le monopole de l’enseignement, de Vesprit, des intelligences, le droit -exclusif de l’Etat, qui l’a créé? Je vous le demande.
Est-ce lancienne monarchie? Oh! non. Sans doute, avant 1789, il y avait en France, pour pet qusire millions d’habitants, 132.000 écoles de paroisses, 562 colléges comptant 72.747 éleves, 22 universités, le Collége de France, 50 académies, 72 écoles spéciales ou professionnelles : mais on -profitait sans contrainte de cet avantage offert a tous, souvent gratuitement. Jamais les lois n’éta- blirent de systéme prohibitif. Cela se comprend. L’Eglise était 4 la téte de l’enseignement : elle le eréait ou le faisait créer, elle l’entretenait ou le - faisait entretenir, elle le surveillait. Or, ?Eglise a toujours respecté les droits de tous, parce qu'elle est gardienne du droit comme de la vérité.- Est-ce la Révolution? Distinguons. Ce ne furent pas les assemblées révolutionnaires. En 41791, en 41792, en 1793 et en 1795, elles proclamérent la 4 liberté d’enseignement ; et ni la Convention, ni le Directoire, ni les Consuls, malgré le désir qu’ils an manifestérent plusieurs fois, n’osérent la violer -vertement, cette liberté. On était encore trop
adupassé; trop prés de cette vieille France, qui
non: des abus, mais gui, du moins, respecta trois; les lois constitutives de la famille et Bee endance.
i Ts gat ce fut la Révolution qui posa le fon-
dement. Au milieu des ruines de V’ordre social, 4
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cette méme tribune oti furent proclamés tant de décrets de mort, l’audacieux Danton, qui se faisait obéir en se faisant craindre, s’écria : « Il
est temps de rétablir ce grand principe qu’on |
semble méconnaitre : que les enfants appartiennent a la République avant d’appartenir a leurs parents. » :
Ce principe, que ne s’arrogea jamais aucun peuple, si lon excepte quelques petites républiques grecques, fameuses par leurs institutions immorales, Bonaparte, ’homme qui a le plus méprisé les hommes, le prit pour lui: d’abord, il le glissa timidement dans l’article 8 de la loi de frimaire an XII; ensuite, il le fit passer formellement dans la loi du 48 mai 1806; enfin, par un
simple décret, le décret impérial du 17 mars 1808, |
il organisa l’Université avec le droit absolu de VHiat : « L’enseignement public dans tout ’Empire est confié exclusivement 4 lUniversité. » Il ne restaura l’education que pour Vasservir 4 son despotisme, au plus effrayant des despotismes, puisqu’il devient maitre de croyances, de régler les mceurs, de former l’esprit et de faire dépendre tout ordre social desa propre volonté.
La Restauration ne supprima pas l’Université, parce quelle n’aurait su quoi mettre a la place, et que la liberté d’enseignement aurait été prématurée pour lHiglise, faute de personnel et de ressources; mais elle chargea le clergé de réformer le systeme imperial, et le clergé le réforma rapidement, le prétre ayant pour l’éducation une main que nul autre ne saurait avoir.
Eh bien! c’est alors que, sur ce théatre de la France, qui, au x1x¢ siécle, change si souvent de drames et d’acteurs, apparait le roi Louis-Philippe. La situation est étrange. En effet, d’un cdété, par la charte de 1830, qu’il n’a pas faite, qu’il a seulement acceptée, il supprime la religion de l’Ktat, ce qui permet aux professeurs de se déclarer libres en matiére de croyances religieuses, de tout penser, de tout dire; et, de Vautre cdté, par la méme charte, dans un article 69, glissé la on ne
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sait ni par qui ni comment, il proclame « qu'il sera pourvu dans le plus bref délai 4 la liberté d’enseignement. »
Les choses étant ainsi, le clergé, relevé de ses ruines, dans toute sa force par son organisation intérieure et par Ja valeur personnelle de ses membres, surtout de ses évéques, ne peut voir compromettre Vavenir religieux, intellectuel et moral de la France, au mépris d’une promesse écrite et jurée. « C’est le cri du bon sens, dit-il, que le pére de famille a le droit et le devoir d’elever et de faire élever son enfant selon sa conscience, car c’est a lui qu’appartient Venfant, et non pas a l’Etat. C’est encore le cri du bon sens, que la liberté d’enseignement est pour tous une conséquence essentielle de la liberté ’religieuse. Et c’est le cri de la justice, que la promesse d’une charte constitutionnelle.soit une promesse sacrée. En conséquence, nous demandons, non pas un privilege quelconque, mais la seule liberté, la liberté commune, la liberté de tout le monde. Nous la demandons, la raison sur les lévres, VEvyangile et la charte 4 la main. Kt puisque nous ayons avons des droits, nous aurons des armes : la volonté et union, ces deux grandes forces morales auxquelles la victoire ne manquera jamais. »
Ainsi, Mesdames et Messieurs, commence cette croisade ou sont engagés le droit naturel, le droit religieux et le droit politique; ot sont en cause Dieu, la famille et la société; oli sont aux prises le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, l’Eglise et VEtat; une croisade out le clergé francais, aussi grand par ses lumiéres que par ses vertus, prouve au monde moderne qu’il a toujours l’esprit de sa mission, et qu’en France lesacerdoce, défenseur de toutes les libertés, ne saurait vivre, sans déchoir, dans le mutisme et la servitude.
Cette lutte, la plus mémorable qui se soit jamais élevée chez un grand peuple, comprend, pour la réduire 4 son mouvement d’ensemble, une escarmouche et trois campagnes sur trois champs de bataille.
L’escarmouche, ce sont encore ies hardis volontaires de Avenir quila font. Le journal de ’abbé de Lamennais annonce qu’il ouvrira, le lundi 9 mai 1831, rue des Beaux-Arts, n° 5, sans autorisation de lUniversité, une école gratuite d’externes, en attendant, ajoute-t-il, « qu'il éléve dans la capitale de la France la premiére Université libre et catholique du dix-neuvieme siécle. » Il Vannonce en méme temps par des affiches répandues dans tout Paris et par ces inscriptions écrites en gros caracteres sur les murs de la rue des Beaux-Arts : Liberté religicuse. Ecole libre. Le maitre d’école, c’est Pabbé Lacordaire, avec le vicomte de Montalembert et M. de Coux pour instituteurs adjoints, tous trois se déclarant responsables. Au jour dit, ’école ouvre avec dix-huit enfants et beaucoup de curieux. « Si nous sommes
peu, dit Lacordaire, songeons qu’il faut peu pour conquérir la liberté : trois tétes d’enfants suffisent avec du courage par-dessus. » Mais le lendemain arrivent le commissaire et les sergents de ville; et comme les sommations demeurent sans résultat, les maitres d’école et les écoliers sont expulsés par la force, la classe est fermée, les scellés sont
apposés sur la porte, et les trois maitres d’école
sont cités en police correctionnelle : c’est. ce qu’ils voulaient, afin de porter la cause devant lopinion publique. Or, tandis que le procés se poursuit, la mort du comte de Montalembert, pair de. France, investit tout 4 coup son fils de la pairie, au moment méme ou l’hérédité de la pairie allait disparaitre. Il devient justiciable de la Cour des pairs, et ses deux complices sont traduits avec lui devant un corps politique qui est en méme temps le tribunal le plus élevé de la France. C’est donc a titre d’accusé, a Page de vingt et un ans, lorsqu’il prépare son examen de licence en droit, que Montalembert, orateur dés son premier discours, pose devant la Chambre des pairs la cause de la liberté d’enseignement, « la sainte et glorieuse cause, dit-il en terminant son plaidoyer juvenile: je la dis glorieuse, car elle est celle de mon pays; je la dis sainte, car elle est celle de mon Dieu. » Les nobles pairs ont beau répondre a ces fiers accents par cent francs d’amende : elle est bien posée, cette cause, qui a déja pour elle laudace, la grace et l’héroisme de la jeunesse.
L’année 1832 passe. En 1833, Guizot organise une sorte de liberté de ’enseignement primaire, insuffisante, d’ailleurs. Mais c’est la liberté de l’enseignement secondaire surtout qu'il faut, car c’est au collége, par les humanités, que ’homme forme sa pensée et sa parole, qu'il devient plus homme, comme disaient les anciens, hominem humaniorem facere, et qwil puise ce gotit, ce bon sens, cette culture, que ne donnera jamais aucun article @aucun programme d’aucun enseignement primaire si supérieur ou si moderne qu’on s’applique a le nommer. L’année 1834 et ’année 1835 passent. Kn 1836, Guizot dépose un projet, mais le-ministére tombe et le projet avec le ministére. L’année 1837 passe, l’année 1838 passe, l’année 1839 passe. Le clergé, qui a reconquis la liberté générale, commence a crier un peu haut, toutefois sans sortir encore de Vattitude pacifique. L’année 1840 arrive, ’année 1840 passe. « Quand done nous donnera-t-on la liberté d’enseignement promise par la charte? » En 1841, Villemain, ministre de Vinstruction publique, dépose un projet. Hélas! quelle déception ! Ce projet, loin de proclamer la liberté d’enseignement, touche aux petits séminaires, pépiniéres de l’Eglise de France. Hux qv étaient jusque-la sous la direction exclusive évéques, il les place sous la juridiction de +” versité! Les évéques poussent des cris si que le projet meurt de peur dans les butaawk que le ministre lui-méme demande la paix, Non, non, les évéques ont déclaré la guerre,
ils ne battront pas en retraite : loin de la.
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quarante-neuf évéques ont protesté : en 1842, cinquante-six protesteront. Et lon applaudit de toutes parts, car on se dit alors que si, dans leg affaires religieuses de la France, rien ne peut
‘réussir sans les évéques, avec les évéques, « chefs
naturels de la guerre sainte, » tout peut réussir. Le mouvement des évéques s’est produit en dehors de Montalembert; mais voila que, de simple soldat se faisant général, Montalembert se jette ala téte du mouvement!. Alors reviennent sans cesse sur ses lévres et le nom de cette Belgique, a laquelle son mariage avec la fille du comte de Mérode vient de l’unir, et le nom de cette Irlande ou ila vu le grand O’Connell, libérateur de cette malheureuse nation qui a toujours excité en France des sentiments si fraternels. Pour arracher l’enseignement a lesclavage, lui aussi veut créer une ligue, soulever une agitation, livrer bataille. Les évéques, il les conjure de laisser la leurs démarches isolées et leurs plaintes par correspondance; il les supplie de descendre dans Varene, ouvertement, en masse, avec un seul drapeau : la liberté... Quant aux laiques, il presse les hésitants, il réchauffe les tiedes, il malmene les laches, qui sont le grand nombre : « Les catholiques de nos jours, dira-t-il, ont une fonction qui leur est propre: c’est le sommeil. Dormir. bien, dormir mollement, dormir longtemps, et, aprés s’étre un moment réveillés, se rendormir le plus vite possible, telle a été jusqu’a présent toute leur politique. » Kt comme le nombre des catholiques qui ne dorment pas est tout petit, et sans aucune influence; comme, de plus, ces quelques catholiques sont isolés; enfin, comme ils ne peuvent agir ni sur eux-mémes, ni sur les autres, qu’en s’organisant, Montalembert, en dépit de tous les obstacles, forme le parti catholique, et bientdt, devenu le centre et dame de l’action, il créera un comité central et quatre-vingts comités diocésains, avec un mot d’ordre : A bas le monopole universitaire / Avec deux raisons a l’appui : Véclectisme, philosophie de l’Université, qui entraine la fusion de toutes les religions, et la morale de l’Université, qui, dit-on, n’est pas morale; et, bien qu’il ait contre lui, outre les Chambres, « les quatre-vingt-dix-neuf centiemes des journaux, les tribunaux et les académies, le Conseil d’Etat et le Collége de France, les intrigues de la diplomatie 4 Rome et l’orgueil de la fausse science 4 Paris, les hommes d’Etat, les penseurs, les rhéteurs, les sophistes et les légistes, » il saura
se frayer un chemin 4 travers la haine, le meépris,
le dédain, les injures, et il ne se reposera pas qu’il n’ait planté sur les ruines du monopole le drapeau de la liberté.
Alors les évéques, rassurés sur J’intervention des laiques dans les affaires de l’Hglise par le nonce, Mgr Fornari, partent, « sauf deux ou trois, » décidément en guerre. Dans cette pha-
4 Thureau-Dangin, L’Eglise et ?Hiat sous la monarchie de juillet, 157, 160, 161, 187.
lange compacte, trois surtout se distinguent par leur éclatante bravoure : ’archevéque de Toulouse, Mer d@’Astros, qui ne procéde guére que par trois lettres, ou trois mémoires, ou trois sommations a Vadresse du roi, des ministres et des Chambres; ensuite, l’évéque de Chartres, Mer Clausel de Montals, prélat de la vieille école, mais dont l’age n’a point attiédi ’ardeur : « Je n’aime pas, dit-il, la guerre a coups d’épingle ; quand il faut la faire, je tache de la faire & coups de canon, » et l’infatigable vieillard-tire quarante coups de canon’; enfin, au-dessus de tous, ’évéque de Langres, Mer Parisis, modéré dans expression de sa sévére dialectique, mais parlant chaque fois que les circons- tances l’exigent, parce que, dit-il, « il croirait pécher en se taisant. » En présence de ce déchainement de mandements, de livres, de brochures, qui chargent ’atmosphére de plaintes, de protestations, de récriminations, les ministres troublés prient les évéques de calmer l’opinion publique, au lieu dela soulever ainsi. Le 5 avril 1848, le mi-
-nistre des cultes, Martin (du Nord), leur écrit une
lettre « trés confidentielle. » L’évéque d’Angers, Mer Angebault, saint évéque, mais parfois timide, consulte Varchevéque de Tours, son métropolitain, sur la réponse a faire. L’archevéque de Tours, un modéré, lui répond qu’il va consulter — Yarchevéque de Paris, Mgr Affre, qui s’unit de coeur au Mouvement épiscopal, mais qui, pour le moment, voudrait le contenir dans certaines mesures. Pendant ce temps-la, le pauvre évéque d’Angers, de plus en plus en proie 4 ce lamentable état de conscience que nos théologiens appellent perplexe, s’adresse a l’évéque de Rennes. « Nos ministres, lui répond Mer Brossais Saint- Marc, se moquent de nous, mon bon Seigneur... » Ii lui montre qu'il est malheureusement trop vrai que «Vempoisonnement » est dans les lycées et colleges, et il lui déclare qu’aucun prétre ne mettra les pieds dans le lycée de Rennes, ot M. Zévort professe la philosophie, sinon en cas de danger de mort. Aussitét, fort de ce souffle venu de la Bretagne, Mer Angebault part en guerre, comme partent les timides une fois qu’ils sont parvenus a se lancer : il écrit au ministre une lettre en trois points et si vigoureuse que le ministre, qui comptait sur sa medération, lui répond a son tour: « Je suis tres affligé de la lettre que vous me faites Vhonneur de m’écrire, et a laquelle je ne m’attendais point 2... » C’est ainsi que tous les évéques, méme les timides, sonnent de la trompette autour de Jéricho, et ils sonneront tant que les remparts ne seront pas tombés devant lVarche sainte.
Le clergé n’est pas moins vaillant : non seulement il s’unit aux évéques par des adresses de félicitations, mais encore il se jette 4 corps perdu dans la bataille. Oui, il y a un clergé qui ne se contente pas de vceux stériles; il y a un clergé
‘« La premiére lettre est datée du4 mars 1841; linfatigable vieillard signait son quarantiéme écrit a la fin de 1850. » Baunard, Histoire du cardinal Pie. 1, 87.
2 Archives de l’évéché d’Angers, Correspondance.
qui se concerte, qui parle, qui écrit, qui fait face aux professeurs, aux journalistes, aux députés, au pouvoir, 4 tous ses adversaires : il y a un clergé de France! L’abbé Rohrbacher fonde toute une société ecclésiastique « pour dénoncer le monopole universitaire 4 la France libérale et a la France catholique ; » l’abbé Védrine, qui est violent, emporté jusqu’a ’hyperbole, jusqu’a l’injure, publie le Miroir des Colléges, ou les colléges ne peuvent pas se regarder sans rougir; Vabbé Desgarets, qui n’est ni moins violent ni moins emporté, imperfections inévitables dans les mélées, publie le Monopole universitaire destructeur des lois et de la religion; Vabbé Moutonnet, labbé Souchet et d’autres ecclésiastiques encore publieront d’autres ouvrages qui les feront passer devant les cours d’assises; mais personne n’égale l’abbé Combalot, ce prophete de l’ancienne loi, qui parcourt la France, ne parlant que de Lucifer, de Ninive, de Babylone, des derniéres calamités, d’un déluge de sang, d’un déluge de larmes. Tout a coup son cri domine le bruit du combat. Le 23 décembre 1843, il adresse aux évéques et aux péres de famille un Mémoire ou il montre que l’Université moissonne la France catholique dans sa fleur, comme Hérode moissonna les Innocents de Bethléem; ot il] montre que « le sanglier universitaire » ravage le champ qu’arrosa de son sang le divin Fils de Marie; ot il montre enfin, selon le mot qwil tenait, disait-il, de Louis-Philippe luiméme, que l'Université pourrait bien conduire, de conséquence en consequence, a |’ « anthropophagie. » Traduit devant les assises de la Seine, il paie les métaphores de son style, malgré la courageuse défense de M. de Riancey, par quinze jours de prison et 4.000 francs d’amende. Louis- Philippe lui offre sa grace : « Non, non, répond-il, je ne lui donne pas le droit d’étre clement envers moi !. » Pour Pamende et les frais du procés, le journal Univers. ouvre une souscription qui, dans un instant, fournit non seulement de quoi tout acquitter, mais encore de quoi offrir au condamné un calice monumental de 36.000 francs, magnifique témoignage de l’admiration catholique. Pour la prison, ’abbé Combalot la fait a Sainte- Pélagie ; et lorsque, devenu confesseur de la foi, il remonte dans les chaires ou, plus populaire que jamais, il est demandé de toutes parts, il parle de Sainte-Pélagie avec une jouissance si fiére, si attendrissante, si pénétrante, qu'il donne a tous les chrétiens l’envie de fondre sur le monopole universitaire, afin d’aller gotiter les douceurs de Sainte-Pélagie.
Les journalistes tiennent le méme langage.
« Monsieur le ministre, écrit, au mois d’aotit 1843, Louis Veuillot dans sa Letlre a M. Villemain, vons permettrez aux catholiques d’ouvrir des écoles, ou vous leur ouvrirez la prison. » Ce ne sont point des phrases. Louis Veuillot ira bientot en prison 2, lui aussi; et, souvent, trop souvent,
4 Ricard, l’Abbé Combalot, 268-837.
? Le 4 mai 1844.
on l’accusera, de tous les cétés 4 la fois, «de ce qu il fait, de ce qu’il ne fait pas, de ce que font les autres ; » il perdra dans ces combats, comme il le dit lui-méme, « ses yeux, sa santé, son repos, la plupart de ses amis; » mais, en revanche, il recueillera la reconnaissance de I’ Kglise, et la-haut cette gloire quelque peu supérieure aux glorioles littéraires qu’il a sacrifiées ici-bas. A l’Univers, dont Louis Veuillot est devenu rédacteur en chef en 1843, ajoutons dix ou douze journaux de province, soutenus par les plus rudes sacrifices, qui crient sans cesse au gouvernement, a travers les poursuites judiciaires, les mécomptes et les calomnies : « Vous ne nous réduirez au silence que par la justice ou par la force. » Ajoutons enfin le Correspondant, ressuscité cette méme année 1843 pour ne plus mourir, et nous aurons 4 peu prés tout ce bataillon de la presse catholique, qui n’est pas gros, mais qui est brave, qui parle fiérement, sans peur, comme parleront toujours la religion et la liberté.
Les étudiants catholiques pourraient-ils manquer a la bataille, la bataille étant la féte de l’ar-
dente jeunesse ? Au Collége de France, sans parler
de Quinet, qui poursuit le christianisme 4 travers tous les ages, Michelet, professeur d’histoire, trouve naturel de faire son cours contre les évéques, contre les Fréres des écoles chrétiennes, contre les Jésuites surtout, et, dans son langage mystique et burlesque, image du trouble de son ame, il répéte l’une de ses plus belles phrases : « On nous attaque, Messieurs; défendons bien les sept enceintes de notre Ame 1. » Les étudiants catholiques courent au Collége de France et, malgré les amis de Michelet, ils y produisent un désordre si beau, ils y font un charivari si sublime, que non seulement l’administration craint qwil ne subsiste plus le soir une seule pierre du Collége de France, mais encore que Michelet, opprimé, dit-il, par les quarante mille chaires des catholiques et leurs cent mille confessionnaux, se hate de terminer son année, afin de sauver « les sept enceintes de son ame. »
Au milieu de cette lutte générale et passionnée, que devient donc Louis-Philippe ? Ah! Louis-Philippe gémit sur la perversité des hommes etl’aveuglement des peuples. Qu’on n’accroisse pas les difficultés du commandement, voila tout ce qu’il demande. Aussi est-il difficile Vaborder avec lui cette question de la liberté d’enseignement. Un jour, Varchevéque de Paris, Mer Affre, fait une tentative. Dés les premiers mots de l’archevéque, Louis- Philippe essaie de détourner la conversation. Mais Parchevéque, qui connait sa tactique, ne s’y laisse pas prendre, et comme il insiste:« Ah! pour le coup, Monsieur Varchevéque, vous allez prononcer entre ma femme et moi. Combien faut-il de cierges aun mariage? Je soutiens, moi, que six cierges suffisent; ma femme, elle, prétend qu’on doit en mettre douze. » — «II importe peu, sire...» — « Je
‘L’Ami de la Religion, oxvu, 449, 3 juin 1843.
me rappelle fort bien qu’A mon mariage, c’était dans la chambre de mon beau-pére, il n’y avait que six clerges. » — « I] importe peu, sire, qu’on allume six cierges ou douze cierges & un mariage, mais veuillez m’entendre sur une question beaucoup plus grave. » — « Comment, Monsieur larchevéque, mais ceci est trés grave : il y a division dans mon ménage. » — « Enfin, sire... » — « Ma femme prétend avoir raison... » — « Si, par malheur... » — « Moi, je soutiens qu’elle a tort. » — «$i, par malheur... » — « Mais mes clerges, Monsieur larchevéque? » — « Le roi n’accordait pas... » — « Mes cierges? » — « La liberté d’enseignement... » —« Tenez, Monsieur l’archevéque, je ne veux pas de votre liberté d’enseignement ; je n’aime pas les colléges ecclésiastiques : on y enseigne trop aux enfants le verset du Magnijicat, Deposuit potenies de sede, Il dépose les puissants de leur tréne. » Du coup, Varchevéque fut déconcerté, il se leva, salua et se retira sans mot dire, Chaque fois que l’archevéque revient ainsi a la charge *, chaque fois Louis-Philippe riposte par quelque étrange digression, quil prend a tort pour de Vhabileté, car Varchevéque, fatigué de ces grossiers détours, bons pour la politique peutétre, mais sans prise sur la conscience, finit par se dire : « Puisquw’il ne veut pas que je lui parle en particulier, je vais lui parler en public. » Oui, il va lui adresser la parole en public, et c’est cette parole méme qui transporte la lutte sur le second champ de bataille.
Au mois de janvier 1844, l’année héroique, ’archevéque de Paris fait parvenir 4 Louis-Philippe un Mémoire adressé au Roi par les évéques de la province de Paris 2. Le ministre de la justice et des cultes répond a larchevéque de Paris par une mercuriale. L’archevéque répond a la mercuriale du ministre en justifiant le droit, le motif, objet et la forme de la publication. Plus de soixante évéques adhérent publiquement aux raisons de Varchevéque. Isambert, député qui voit toujours dinstinct les abimes ow le clergé fait courir la France, interpelle le ministre et lui demande ce quwil va faire pour conjurer ’imminente catastrophe. Le ministre répond qu’il a un moyen, un terrible moyen, le ‘moyen en cours : la déclaration comme d’abus. Mais comme ce moyen fait rire les députés, parce qu’ils savent qu’il fait rire les évéques, qui s’unissent tout de suite 4 celui @entre eux qui est frappé, Dupin, procureur général ala Cour de cassation, le vieux légiste du vieux libéralisme, excite le gouvernement a prendre des mesures; il termine son discours, qui est un manifeste, par ces mots, qui sont une declaration de guerre : « Soyez implacables! » Le 16 avril 1844, Montalembert parait 4 la tribune de la Chambre
‘V. Cruice, Vie de Mgr Ajfre. ; We 2Ce Mémoire est publié par ’Ami de la Religion, oxx, 480.
des pairs. I] suit Dupin pas A pas, il le réfute tantot par des arguments, tantdt par de Vhistoire, toujours avec le feu d’une ame débordant d’enthousiasme et de foi, et son discours, qui est aussi un manifeste, il le termine par ces mots : « On vous a dit : Soyez implacables! Eh bien, soyez-le, faites tout ce que vous voudrez et tout ce que vous pourrez... Nous sommes les fils des croisés, et nous ne reculerons pas devant les fils de Voltaire. » Fils des croisés, fils de Voltaire, c’est le cri de la situation, car le Journal des Débats, le Siecle, le Constitutionnel et la Revue des Deux Mondes, préchant une croisade, ont donné le mot d’ordre contre le clergé : « Il est temps de mettre la main de Voltaire sur ces gens-la! 1» Fils des croisés, fils de Voltaire, c’est le cri qui remue, parce qu’il exclut les pires des gens, les plus dangereux, ceux qu’Athénes frappait d’incapacité civile : les neutres. Et alors, pendant que le clergé éclate en bravos, pendant que les catholiques de Lyon offrent a Montalembert une médaille d’honneur avec cette inscription : « Nous sommes les fils des croisés, nous ne reculerons pas devant les fils de Voltaire, » adieu nuances, coteries, rivalités, miséres, parmi les catholiques! « Il n’y a pas quinze années, écrit alors Lacordaire 2, il y avait des ultramontains et des gailicans, des cartésiens et des menaisiens, des jésuites et des gens qui ne létaient pas, des royalistes et des libéraux : aujourd’hui tout le monde s’embrasse; les évéques parlent de liberté et de droit commun ; on accepte la presse, la charte, le temps présent ; les Jésuites dinent chez les Dominicains...»
Pendant ce temps-la °, le gouvernement a déposé un troisiéme projet de loi sur lenseignement secondaire. Hélas! le vice radical de ce projet, c’est qu’il confirme le monopole, et que, de plus, il interdit l’enseignement « a toute association ou congrégation religieuse non légalement établie en France *. » Aussitét soixante-quatre évéques protestent. Le clergé est transporté de cette éclatante manifestation. « C’est un courage digne des plus beaux siécles du christianisme, » s’écrie-t-il dans ses adresses aux évéques 3. Et a — la Chambre des pairs, pendant le débat, qui dure un mois *, Montalembert prend quinze fois la parole; et, a la Chambre des pairs, le 24 mai 4844, une minorité considérable ’ se prononce contre le projet; et la Chambre des pairs ne pouvant s’entendre avec la Chambre des députés, le projet du ministére tombe encore une fois. Sans doute, on ne conclut pas, mais les idées germent, et la victoire n’est plus qu’une question de temps. Discussion d’avril-mai 1844! Epoque
1L’Ami de la Religion, cxvu, 289, 18 mai 1843.
2 Lettre 4 Mme Swetchine, 18 juin 1844.
3 Le 2 février.
4 Article 3. ? bes
5 V. particuliérement, dans Ami de la Religion, les adresses au cardinal-archevéque de Lyon, le 29 mars 1844, et a Pdvéque de Viviers, le 6 juillet 1844.
6 Du 22 avril au 24 mai 1844.
7 BL voix contre 85.
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décisive dans Vhistoire du parti catholique ! Quelques hommes de coeur et-de talent ont pu se défendre contre le gouvernement, contre ses amis, contre l’Université, contre la force et la ruse, contre les préjugés les plus violents et les plus enracinés. Ils ont pu non seulement se défendre, mais attaquer avec succés, mais croitre dans le combat, mais sortir de l’aréne si forts, qwils disent aujourd’hui : « La victoire du droit, c’est demain que nous l’aurons, car qu’est-ce que deux ou trois années, lorsqu’il s’agit de tout Vavenir ? C’est demain que triompheront avec nous l’enfant, le pére de famille, l’Hglise et la société! C’est demain que nous remporterons la premiére liberté du monde, la liberté des ames ! » Oui, en 1844, la victoire est assurée. En 1845, elle l’est encore bien davantage, et, chose bizarre, sous l’apparence dune défaite. Voici comment. Aux réclamations de l’Eglise les défenseurs du monopole opposent une diversion. « Quand on n’a plus rien, disait un jour Benjamin Constant, eh bien! il reste les Jésuites. » Ils attaquent done les Jésuites, au point quils leur refusent non seulement le droit d’enseigner, mais encore le droit d’exister. Or, M. Thiers, qui n’est plus ministre, voit dans cette circonstance une belle occasion de le redevenir. Cet homme habile a démolir va mettre le ministére en demeure d’exécuter les vieilles lois de proscription, qui sont toujours un
moyen de salut. Si le ministere refuse, il est
immédiatement perdu : ses partisans ’abandonneront. S’il accepte, il est perdu a bref délai : les catholiques le discréditeront dans J’opinion publique. Dans un cas comme dans l’autre, le portefeuille de M. Guizot tombera par terre, et M. Thiers le ramassera.
Les Jésuites se préparent a la résistance légale. M. Thiers pousse son affaire dans les journaux. Le grand jour arrive : c’est le 2 mai 1845. Done, a la Chambre des députés, M. Thiers vient, dit-il, défendre le ministére contre un danger qui menace a la fois le pays et llglise : tout sera sauvé, si seulement le ministére disperse « la corporation des Jésuites, » au nom des lois existantes, les arréts de 1762. Berryer lui répond. C’est la premiére fois qu’il intervient dans la campagne dela liberté religieuse. Berryer, ’homme de l’inflexible noblesse, qui, un jour, pour je ne sais plus quelle affaire, refusa de s’associer avec Rothschild (un juif, ai-je entendu dire), parce que, pour « ramasser cet or, il lui aurait fallu se baisser; » Berryer, Yhomme de lVinaltérable fidélité, qui sut carder dans le plus profond de son ccour, comme dans le saint des saints, l’image de la vieille patrie frangaise gouvernée par son antique race de rois, et, au milieu de toutes les révolutions qui lui souriaient, ne fut le courtisan que de l’exil et du malheur; Berryer, enfin, le grand orateur gui est sur toutes les bréches et derriére tous les droits, ne pouvait pas manquer de défendre la cause des religieux : « C’est devant un mur de marbre, disait-il avec désespoir au P. de Ravignan, que je
vais parler! » Le mur de marbre a disparu depuis longtemps dans la poussiére, et le discours de Berryer demeure comme un monument de son éloquence, de l’éloquence.
Le ministére subit Vordre du jour imposé par M. Thiers : la Chambre vote Vexpulsion des Jésuites. Louis-Philippe entre en fureur : « Que les Jésuites ne croient pas, dit-il, que je vais risquer ma couronne pour les sauver! » Ce n’est pas, Mesdames et Messieurs, que Louis-Philippe ait peur des Jésuites, mais il a peur de ceux qui disent gwils en ont peur. Il fait au nonce, Mor Fornari, une scéne ot il frappe de si grands coups de poing sur la table, ot il crie si haut, avec tant de colére, que le nonce se retire en disant : « Sire, Votre Majesté a oublié qu’elle parlait 4 un ambassadeur™. » Mais, pour déjouer les manceuvres de M. Thiers et abattre en méme temps la résistance des catholiques, Guizot transporte Vaffaire 4 Rome; et, a la suite d’une négociation mystérieuse, péniblement conduite par Vitalien Rossi, il obtient que le Saint-Siége engage le général des Jésuites a disperser luiméme ses communautés de France. A cette nouvelle, qui parait dans le Monitewr le 6 juillet 1845, les catholiques sont consternés, stupéfaits, inerédules. « Ma raison est confondue, s’écrie Mer Parisis, ét mon cceur en est broyé! » Pourtant c’était un avantage. D’abord, la question des Jésuites disparaissait, comme on l’a dit, sans que les Jésuites disparussent eux-mémes : car cing maisons seulement furent atteintes, et pas un Jésuite ne quitta la France. Ensuite, la cause de la liberté d’enseignement était dégagée de l’épouvantail par lequel les voltairiens et les universitaires voulaient Vobscurcir, Virriter et la perdre. Enfin, comme le constatait Montalembert, a la Chambre des pairs, le 16 juillet 1845, les catholiques et les Jésuites, battus en apparence, étaient victorieux en réalité ; et, selon le mot de Lacordaire, on avait le succés sans le triomphe. Alors, la cause étant plus nette que jamais, on s’avance sur le troisiéme champ de bataille : celui des élections.
Oui, au bout de trois ans d’efforts, la question de la liberté d’enseignement s’est frayée un chemin a travers tous les préjugés, toutes les distractions, tous les intéréts : voila qu’elle se pose devant Popinion publique aux élections générales, le der aotit 1846. Montalembert se multiplie; il enflamme le comité électoral par ses cris de combat; il parle aux électeurs par des brochures, il souffle le feu par des circulaires, il demande Yunion, union: « Pas de conflits de personnes ! Qu’il n’y ait parmi nous que des amis ou des ennemis de la liberté d’enseignement, quelle que soit leur couleur politique! Si les catholiques
‘ La scéne est rapportée par Ricard, M :
nod, 826. BROSee Pe , Mgr de Maze
légitimistes de la Qwotidienne crient, si les catholiques libéraux de lAlliance crient, si les catho-
liques ministériels de la Revwe-Nouvelle crient,
ils crieront. Pour nous, avant toute chose, la
liberté @enseignement! » Mais va-t-il réussir a
réveiller les amis du repos, qui mettent le som-
SY
meil au-dessus de tous les devoirs publics ?
Va-t-il éclairer les fils de Pilate, qui immolent la verité au bien de la paix? Va-t-il toucher « ce restant de vieille noblese qui met sa gloire a riva-
liser de luxe avec nos parvenus de la Banque, sans y reussir, et cette jeunesse étiolée qui n’a de
viril que la barbe, et tous ces tristes catholiques, tous ces indignes Francais, qui voient trahir sans
honte la religion et la patrie? » Il faut en douter,
car, a la fin de 1845, aprés les grandes luttes, on a senti passer comme un souffle d’apaisement; il
svest fait comme une espéce de tréve, et l’élan est,
pour ainsi dire, interrompu. Aussi, l’abbé Combalot, qui bouillonne toujours, lui écrit-il « qu’il
faudrait une bonne persécution pour réveiller le
sang des catholiques, ce sang hélas! dit-il, changé, depuis longtemps, en sirop de citrouille 1. » Eh
bien, malgré toutes les causes de faiblesse, mal-
gré l’inexpérience surtout, le parti catholique obtient des succés inespérés. D’abord, il constate la défaite de ses adversaires les plus prononcés, de Quinet, de trois rédacteurs du Journal des Débats et des universitaires les plus exclusifs. Ensuite, lui qui, en 1843, n’avait qu’un seul vrai partisan a la Chambre des députés, M. de Carné,
il en compte cent quarante-six, parmi lesquels
M. de Quatrebarbes et M. de Falloux.
Devant cette démonstration, Louis - Philippe
ya-t-il enfin se rendre aux veeux des catholiques ?
‘aN
Loin de la: le gouvernement du roi parait plus opposé que jamais a l’indépendance de I’Kglise. Vers la fin de l’année 1846, Mgr Affre, archevéque de Paris, en présence de ces projets d’asservissement gu’il redoutait plus pour l’avenir de la religion que le glaive méme des persécuteurs,
-résolut d’en appeler au Souverain Pontife. Afin
de s’entourer de plus de lumiére, il pria plusieurs évéques de venir délibérer avec lui. Ce synode fut tenu a Saint-Germain. On y rédigea un Mémoire sur les rapports de ’Mglise et de I’Etat depuis 4830. Les faits qui y furent exposés prouvaient que le gouvernement n’acceptait le regne des
idées religieuses qu’autant qu’il était favorable au régne du roi, et que de tous les corps du royaume
le clergé était le moins libre, le moins favorisé par les lois, le plus en butte a la defiance et aux
exactions du pouvoir. Le Mémoire achevé, les évéques présents 4 ce synode le signérent, et Parcheyéque de Paris ’envoya immédiatement par des exprés a tous les archevéques du royaume,
afin de le soumettre 4 leur examen et a leur approbation. Le Mémoire revint avec leurs signa-
tures. M. l’abbé de la Bouillerie, vicaire général
+ le
! Ricard, ? Abbé Combalot, 347.
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LET a)
de Mgr Affre, partit aussitét pour Rome et placa sous les yeux du pape cette protestation de tout Pépiscopat frangais. Or, soit que la premiére nouvelle vint de Rome, soit que le secret fit trop répandu pour ne pas arriver 4 la cour, Louis- Philippe en eut connaissance, et il manda l’archevéque de Paris. Ses paroles furent d’abord graves et sévéres, puis il s’anima, s’irrita, s’emporta, pendant que l’archevéque demeurait calme, impassible. « Avec vos mémoires et vos journaux, s’écria-t-il, vous portez le trouble partout. Je sais aussi qu’il y a peu de temps vous avez tenu un concile a Saint-Germain. » — « Sire, nous n’avons point tenu de concile; mes suffragants sont venus me voir et nous avons traité de différents points de discipline ecclésiastique. » — « Vous avez tenu un concile, je le savais bien; vous n’en aviez pas le droit, monsieur l’archevéque. » A ces mots, Varchevéque éleva les yeux et les fixant sur le roi, dit avec fermeté : « Sire, nous en avions le droit; toujours l’Kglise a eu le droit assembler ses évéques pour régler ce qui pouvait étre utile a leurs dioceses. » — « Ce sont la vos prétentions ; mais je m’y opposerai. L’on m’a dit aussi que vous avlez envoyé un ambassadeur au pape. » — « Sire, nous avons envoyé, en effet, un ecclésias-
tique présenter quelques demandes au Saint-.
Pére. » — « Et que lui avez-vous demandé? Je veux le savoir. » — « Si c’était mon secret, je pourrais le confier au roi; mais c’est aussi celui de mes suffragants, et le roi trouvera bon que je le garde. » A ces mots, Louis-Philippe entra dans une violente colére, il prit Varchevéque par le bras, en criant tres haut : « Monsieur larchevéque, prenez garde, on brisera votre mitre sur votre téte. » L’archevéque salua et sortit 1.
La situation étant aussi tendue, les catholiques recourent aux pétitions. La encore, quel immense progrés! En 1846, Montalembert avait eu beaucoup de peine a réunir 80.000 signatures; or, au commencement de l'année 1847, dans l’espace de deux semaines, il en recueille 140.000. Il faut se rendre... M. de Salvandy, ministre de Vinstruction publique, dépose donc un quatriéme projet de loi. Mais, hélas! si ce projet reconnait le principe de la liberté, il n’en accorde pas la pratique, « pas méme le semblant. » Montalembert, dans un écrit d’une ironie terrible 2, montre que ce projet trahit les droits de la liberté, les besoins de la société, les garanties de la Charte, les promesses de Guizot, les espérances des catholiques ; Vabbé Dupanloup montre, sous forme courtoise, que ce projet anéantit toutes les libertés dont on jouissait de fait sous le régime du monopole, qu’il
conserve les restrictions et les entraves les plus.
exorbitantes du monopole, qu'il prépare la soumission de toutes les institutions existantes au monopole, enfin qu’il blesse au cour le principe
4 Cruice, Vie de Mgr A ffre, 348, 344, 360-862, 2 Du rapport de M. Liadiéres sur le projet de lot contre la liberté d’ enseignement. Huvres, tv, 445.
méme de la liberté d’enseignement ‘; Mgr Parisis écrit au ministre de l’instruction publique ; l’archevéque de Reims écrit au ministre des cultes; Varchevéque de Toulouse écrit aux Chambres ; les journalistes lancent leurs journaux; les comités se mettent en mouvement, ét de nouveau et plus que jamais les cris de combat remplissent les airs dans l’ivresse de la bataille : « Oui, la breche est faite a l’édifice du monopole. Montons a l’assaut, renversons, brisons, anéantissons cette gedle ot l’on voudrait emprisonner 4 jamais la conscience, la liberté, le génie de la France! »
Mais quoi! Les catholiques parlent encore, qu’ils parlent seuls! O inconstance de la révolution ! Ou est ce roi Louis-Philippe, qui, au mépris de sa Charte solennellement jurée, espérait faire jouer les Chambres au ballon, comme il disait >, avec la question de la liberté d’enseignement? Ou done ces ministres qui combattaient ou ajournaient les principes supérieurs pour servir leurs petits intéréts? Ou donc ces libéraux qui accordaient la liberté a Vincrédulité, mais qui la refusaient obstinément 4 la foi chrétienne ? Ot done cette bourgeoisie qui criait si haut : « A nous la patrie, la société, le monde: a lEglise, la sacristie!.» Enfin qu’est devenue la monarchie constitutionnelle et libérale de 41830? Un coup de vent Va jetée par terre, a Vétonnement puéril de son roi, qui s’imaginait que lon gouverne un grand peuple avec des expédients!
Sur le champ de bataille, naguére si animé, il ne reste plus que les catholiques avec la victoire ; car Vidée est gagnée, et, quel que soit le nouveau pouvoir, il faudra bien que sur l’idée il mette la loi. Il ne reste plus que les catholiques avec la gloire : car quoi de plus grand que ces évéques au front d’airain, 4 la voix de fer, illustrant, au milieu du dix-neuviéme siécle, les antiques siéges de la Gaule? Quoi de plus grand que ce clergé courant par l’exces de son ardeur au-devant des tribunaux et de la prison? Quoi de plus grand que tous ces laiques, membres de comités, journalistes, publicistes, jurisconsultes, orateurs, offrant & PEglise leurs fortes intelligences, leurs nobles cours, leurs généreux caractéres, non pas pour la gouverner, mais pour la servir? Kt quoi de plus erand que le comte de Montalembert dirigeant, avec tant d’éloquence et d’intrépidité, l’un de ces combats dott dépendent les doctrines et les siécles ? Enfin quoi de plus grand que cette Kglise de France, unie sans aucune uerelle encore de libéralisme, se levant tout entiére, s’armant tout enticre, avec la méme devise, sous le méme étendard : Diew ef mon droit 2
O croisade ‘si prés de nous et si loin de nous!
* Du nouveau projet de lot sur la liberté d’ensetgnement, présenté a la Chambre des députés par M. le ministre de Vinstruction publique, le 12 avril 1847. Seconde partie.
2 « Je tiens d’une source certaine que le roi a dit que les deux Chambres joueraient longtemps au ballon avec ce projet de loi. » Paguelle de Follenay, Vie du cardinal Guibert, 1, 119.
A cette heure de prostration, on voudrait rester avec elle pour relever son 4me, pour apprendre a sentir, &4 combattre, a défendre ses conquétes menacées aujourd’hui de périr, hélas! dans nos tristes mains!... Puisqu’il fautla quitter, quittonsla, du moins, avec regret : c’est le meilleur hommage, semble-t-il, que l’on puisse rendre a sa mémoire, 4 son immortelle mémoire!
Q@UKSTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES
Q. — L’homme, dans l’état de nature pure, aurait-il pu, sans le secours de la grace, observer toute la loi naturelle et vaincre les tentations graves ?
R.— Il faut @’abord bien définir ce qu’on entend
par létat de nature pure.
Si on l’entend de l’état de nature integre dans
lequel Adam a été placé, Vobservation de la loi |
naturelle étant ordonnée 4 la fin surnaturelle,
Vhomme n’aurait pu accomplir tous les devoirs |
de la loi naturelle qu’a laide de la grace surnaturelle. La raison en est que la loi naturelle ne pouvant, dans cet état, étre parfaitement observée sans gue la fin surnaturelle fit obtenue, les moyens devant étre proportionnés a la fin, un se-
cours surnaturel était nécessaire pour l’accomplis- |
sement total de la loi naturelle.
Si on Ventend de l'état de pure nature dans lequel ’homme aurait été ordonné a la seule fin naturelle, on doit dire que nul moyen surnaturel, nalle grace surnaturelle n’etit été nécessaire pour Vaccomplissement de la loi naturelle. Autrement Vordre naturel ett été tronqué, puisqu’il lui aurait fallu un secours surnaturel qui ne devait pas lui étre accordé; la fin naturelle que Vhomme devait obtenir lui était impossible, puisqu’il lui aurait fallu une grace surnaturelle qu’il ne devait pas avoir. — Mais, dans cet état de pure nature,
VYhomme aurait eu besoin de secours naturels en |
rapport avec sa fin; car la créature, méme pourvue des facultés qui la mettent en possibilité prochaine d’opérer, ne saurait passer 4 l’acte sans un secours actuel de la cause premiére. Il y aurait eu ainsi
tout un ensemble de secours naturels ordinaires }
mettant homme dans la possibilité d’accomplir chacun des devoirs de la loi naturelle.
Pour que homme, en fait, accomplit toute la
loi sans pécher jamais contre aucun des préceptes
naturels, les secours ordinaires n’auraient pas été
suffisants, car ces secours n’auraient pas enlevé & Vhomme la défectibilité qui est essentielle 4 sa nature d’étre imparfait. Avec ces secours, il aurait toujours pu bien agir; mais dans la vie d’épreuve, il lui serait certainement arrivé de défaillir quelquefois. La raison en est que la défaillance, dans
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une certaine mesure, est une conséquence pratiquement certaine de la défectibilité : il ne pout se faire que ce qui est défectible ne défaille quelquefois. Par conséquent pour qu'un homme, dans l'état de
pure nature, put observer toujours la loinaturelle,
il lui aurait fallu un secours spécial qui lui fit toujours éviter les défaillances. Ce secours ett été une faveur, puisque, en dehors des secours ordinaires qui lui permettent de bien agir, homme
“n’a aucun droit d'exiger de Dieu un secours extra-
ordinaire qui le garde toujours de mal agir. Et parce que c’eit été une faveur, on aurait pu l’appeler grdce, mais ce ne serait pas une grace au sens propre du mot, la grace étant proprement surnaturelle; ce ne serait qu’un secours spécial purement naturel.
Q. — Chargé par vacance d’une paroisse voisine, avais-je le droit de juridiction sur l’annexe desservie par cette paroisse, alors qu’un prétre retraité dans cette annexe avait recu le pouvoir par intérim de la gouverner ? Mais est-ce en tout, je ne sais, car ma commission était pour la paroisse principale.
Dans la paroisse dont j’avais l’administration provisoire, un curé nommé par l'évéque sans étre installé pouvait-il me donner juridiction sur sa paroisse ou sur son annexe ?
Ayant fait dans ce cas un mariage dans V’annexe, du
consentement du prétre retraité et du nouveau cure sim-
plement nommé, le mariage est-il valide ?
Ai-je ensuite encouru Vexcommunication épiscopale ipso facto pour défaut de juridiction ?
Le prétre retraité avait-il le droit de me subdéléguer et de me dire de procéder a la célébration du mariage? Car si j’ai agi ainsi, ce n’était pas du tout pour usurper des droits.
R. — Dans le cas fort original qui nous est posé, le mariage est certainement valide.
En effet, les trois prétres qui pouvaient revendiquer le droit d’y assister y ont concouru soit par leur présence, soit par leur délégation. Il s’ensuit gue le mariage est validement et licitement contracté.
Quel est le rdle de chacun d’eux dans la circonstance? Il nous manque deux éléments pour le déterminer. De fait, nous ignorons quelle est la situation juridique de l’annexe en question, et en
‘outre le moment précis ou, dans le diocése de notre
correspondant, commence la juridiction des curés sur leur nouvelle paroisse.
Pour l’annexe, elle peut n’étre qu’une partie de la paroisse principale, sans aucune existence indépendante, ou former une paroisse au sens strict du mot, mais unie momentanément a une autre paroisse.
Dans la premiére hypothése, c’est-a-dire dans le cas d’une véritable annexe, le pouvoir ordinaire résidait dans l’un ou Il’autre des deux curés, le curé par intérim conservant ses droits jusqu’a ce que le nouveau curé ait acquis les siens. Il n’était nul besoin que l’on fit mention de l’annexe dans la commission, puisqu’on suppose qu'elle fait partie intégrante de la paroisse. La délégation du
-prétre retraité n’était non plus d’aucune utilité,
oe ae | AMI DU CLERGR pre
l'un ou lautre curé ayant le pouvoir ordinaire d’assister au mariage.
Dans Vhypothése de paroisses indépendantes, réunies accidentellement, les choses changent complétement d’aspect. Le curé par intérim ne peut rien, sa commission ne parlant pas de la paroisse secondaire. Pour le nouveau curé, la question de pouvoirs reste suspendue, 4 cause de l’ignorance ol nous sommes du moment précis ot commengait sa juridiction sur la nouvelle paroisse, Mais cela ne fait rien 4 la solution, puisque | le pouvoir d’assister appartenait soit 4 lui, soit au prétre habitué.
Enfin pour le prétre habitué, il avait une délégation ad universalitatem causarum, qui lui permettait de subdéléguer un autre prétre a sa place. Comme il a fait cette sous-délégation au
curé par intérim, celui-ci, 4 défaut de pouvoir ordinaire, pouvait en user.
Q. — Un journal de la région, absolument mauvais, est distribué quotidiennement par un enfant catholique qui va le prendre 4 la gare, distante de la paroisse de quatre A cing kilométres, et avant de revenir il distribue dans une autre paroisse. A mes observations la mére a répondu qu'il gagnait a ce commerce plus de 20 franes par mois et que c’était important pour une famille qui compte huit enfants. Le pére est berger et doit avoir 85 & 40 franes de gages, outre sa nourriture. Deux grandes filles sont tantét louées, tantot occupées a divers travaux. Un garcon de 13 ans fait aussi quelques gains, méme les deux cadets a lépoque de certaines récoltes. La mére a bien a faire avec toute cette famille. Cependant elle s’industrie aussi quelque peu; elle a tenu un enfant comme nourrice. Mais au méfait de la vente du journal notre gargon qui a 9 ans ajoute celui de manquer et le catéchisme et la messe du dimanche. Si cela se prolonge, peut-on lui donner l’absolution a Paques ? Peut-on ’admettre ala premiére communion ?
R. — Nous donnerons une solution différente a chacune des deux questions posées, et nous répondrons 4 la premiére Affirmative, et a la seconde Negative.
Ad J.-En effet, un enfant de neuf ans n’a pas assez de discernement pour comprendre exactement ce que c’est qu’un bon ou un mauvais journal; il distribue ce qu’on lui remet, en vue d'un salaire déterminé, destiné 4 aider sa famille pauvre, il le fait évidemment sans intention perverse et sans qu’on puisse taxer d’impénitence la continuité de son acte. Manquer le catéchisme, si d’ailleurs il est suffisamment instruit, n’est pas un péché; manquer la messe le dimanche sans raison suffisante en est un ; mais sia Paques Venfant se confesse avec les dispositions requises, - Cest-A-dire en reconnaissant sa faute et en V’avouant, et en témoignant le plus ferme propos d’observer, sauf impossibilité majeure, les régles de l’Kglise, nulla est ratio cur denegetur absolutio.
Ad II. Pour Vadmission 4 la premiére communion, la solutjon change. Si manquer le catéchisme n’est pas en soi un péché, l’assiduité au catéchisme est une condition sine qua non 4 laauelle les
Tat te n Nas tC hata a ne
esc ante Ig ARR eset. Meee We a tae OR Re ian Gt > a
curés doivent tenir expressément, pro necessitate
temporum et locorum, pour admettre un enfant
a la sainte table. Le curé peut fixer un nombre minimum de présences nécessaires, ou du moins exiger une instruction substantielle suffisante, pour qu’un enfant puisse faire sa premiére communion. Il peut et doit méme exiger la présence effective 4 la messe du dimanche pour tous les enfants qui s’y préparent, et, en fait, exclure tous ceux qui ne satisfont pas a ces conditions. Nous Vengageons méme a étre sévére sur ces points, a cause du bon exemple et de I’édification de la paroisse. Il importe d’ailleurs de faire prendre de bonne heure aux enfants les bonnes habitudes qu’ils devront conserver aprés leur premiére communion pour pratiquer la vie chrétienne. Que le curé avertisse donc les parents du petit distributeur que c’est une régle fondamentale dont luiméme ne peut s’écarter. ©
Q. — Un professeur de lettres dont le programme est celui des examens officiels n’a pas sollicité la permission de l’Index. Par le fait méme qu’on l’a mis dans cette situation a-t-il le droit de lire et étudier les ouvrages condamnés figurant dans son programme? Peut-il et doit-il se contenter des extraits qui circulent ordinairement ?
R. — Si l’Eglise elle-méme, c’est-a-dire le législateur supréme, commandait d’étudier les livres condamnés figurant au programme officiel, on pourrait dire qu’il donne en méme temps la permission de les lire. Quant aux évéques, ils ne peuvent donner de permission que pro singularibus libris atque in casibus tantum urgentibus : ce qui n’est pas le cas ici.
D’ailleurs la loi est facile 4 observer : il suffit de déposer une requéte 4 la chancellerie épiscopale pour obtenir la permission désirée.
Q.— Ma paroisse fait partie d’une commune qui compte 280 protestants, tandis que les catholiques sont au nombre de 190 seulement. On vit en bonne intelligence. Trop, car sil survient un décés tout le monde assiste aux obséques sans distinction de culte, et nos catholiques sans exception entrent au temple et assistent au discours du pasteur, qui ne se borne pas 4 parler du défunt, mais traite quelque sujet pieux. Oh! il a bien soin de s’écarter des récifs, 4 ce que je comprends, du moins apparents. Et cela n’est peut-étre que plus dangereux parce qu’on entend apres des appréciations comme celle-ci : « Oh! il a bien parlé comme aurait fait un prétre. »
In sé, n’est-ce pas, cette assistance est délictueuse. La bonne foi et la coutume la justifieraient-elles? Fautil réagir ex cathedra, mes prédécesseurs ne l’ayant pas fait? ou seulement en particulier au confessionnal? Ht la encore faut-il risquer d’introduire le péché formel pour ceux qui n’auront pas le courage de se montrer vrais catholiques ?
R. — Le Saint-Siége a été amené 4 examiner pratiquement la question pour la ville de Rome, ou l’on a bati, depuis loccupation italienne, un grand nombre de temples, d’écoles et d’hospices protestants.
Le 42 juillet 1878, le cardinal vicaire, aprés avoir pris l’avis d’une commission de cardinaux et du Souverain Pontife, publia une série de régles de conduite dont nous extrayons les passages sulvants, qui ont trait 4 la consultation :
StrictisSime autem vetatur ingredi, mera curiositate et scienter, aulas et templa protestantium tempore Collationum, et graviter peccant omnes qui, mera curiosi-
tate, collationes protestantium auscultant, et adsistunt, quamyis materialiter, ceremoniis acatholicis.
Le motif de cette défense, disent les Acta S. Sedis,. c’est le péril auquel s’exposent ces hommes par rapport a la foi, et le danger de scandaliser les autres fidéles : « Graviter enim peccant et ob periculum cui se amittendz fidei exponunt, et ob scandalum quod ingerunt 1. »
Le cardinal vicaire termine par cette exhortation : « Satagant Rmi Parochi ut has prescriptiones servent in mente fidelium, et ut legant instructionem hanc tempore missz parochialis, vel alterius functionis frequentioris in diebus festis. » é
Le Saint-Siége ne tolére done pas le silence a Rome. Faut-il agir de méme ailleurs? Le rédacteur des Acta S. Sedis le pense : « Neque Hpiscopos, dit-il, ea qua par est reverentia, rogare prxtermittimus (non enim Rome tantummodo a protestantibus vel templa eriguntur, vel aperiuntur schole), ut, edictis latis, parochis mandent in re ejusmodi sedulam navare operam. A pastoribus enim et KEcclesiz catholic ministris strenue agentibus hereses et vitia semper contrita fuere 2. »
La Propagande d’ailleurs, dans son Instruction de 1729, rappelle aux confesseurs qu’ils doivent sur ce point adopter les opinions les plus sévéres :
In id semper intenti (confessarii) ne quid laxam hac © in re conscientiam efficiant, sed opportunis documentis et monitis timidiorem potius et cautiorem, ne communicando in divinis cum schismaticis et hereticis animam in salutis discrimen adducant. :
Il nous semble donc que les prescriptions du Saint-Siége sont applicables chez vous, parce que les fidéles ne sont pas forcés par leur position d’assister aux prédications des protestants, et qu'il y a dailleurs pour eux péril de faute contre la foi.
Toutefois, avant d’agir dans le sens de la rigueur, nous conseillons de prendre l’avis de lOrdinaire, parce qu’il s’agit d’une chose importante.
Q. — Dans la lettre par laquelle notre évéque nous subdélegue le pouvoir de donner la bénédiction apostoliqueavecindulgence pléniérein articulo mortis,ilest dit: « Presbyterum nostre dicecesis N. virtute Brevis Apostolici nobis die 12* julii 1892 concessi, delegamus et deputamus ad impertiendam, dwrante swo Confessarii munere, fidelibus in articulo mortis constitutis Bene-
* Acta §. Sedis, xi, p. 174.
? [bid., p. 177.
taf eee seLey ee eT
dictionem Apost. cum Ind. plen., juxta formam a SS. Papa Bened. XIV prescriptam. »
1° Puis-je donner cette bénédiction dans tout le diocése, vu que cette délégation parait ne renfermer aucune restriction et qu’elle n’est point renouvelée quand on change de paroisse? ; Puis-je au moins la donner dans les paroisses voisines, dans un rayon de trois lieues limite de la ‘ juridiction des vicaires? Le cas se présente souvent pour - nous.
___ 2° En vertu d’une entente entre notre évéque et les évéques voisins, nous avons juridiction sur une certaine étendue des diocéses limitrophes du notre. Puis-je donner la bénédiction apost. dans ce rayon du diocése étranger ?
3° Un prétre est en voyage loin de son diocése ; or, une personne tombe gravement malade dans le méme yagon, la mort est imminente, le prétre donne l’absolu- ~ tion. Peut-il présumer la délégation de l’évéque sur le diocése duquel il se trouve pour donner également la
Benéd. apost. in articulo mortis ?
’ RB. — Les termes de la délégation prouvent qu'elle est attachée au pouvoir de confesseur con- féré par l’évéque qui délégue : durante suo Confessarii munere.
D’autre part, ie mot fidelibus n’étant accompa- -gné d’aucun déterminatif qui vienne en res- treindre le sens, il s’ensuit que le prétre qui a recu la délégation dont vous parlez, peut donner Vindulgence in articulo mortis 4 tous les fidéles
~ qgu’il pourrait absoudre en vertu de ses pouvoirs ordinaires, c’est-a-dire en vertu de la délégation episcopale.
Conséquences :
. Dans le premier et le second cas, le vicaire peut appliquer Vindulgence in articulo mortis, parce que ses pouvoirs comme vicaire lui permettent - d’absoudre en dehors du danger de mort.
Pour le troisiéme cas, le vicaire tient son pouvoir, non pas de |’évéque sur le territoire duquel une personne est en péril de mort, mais du droit commun. Aussi n’est-il plus regardé comme confesseur délégué par son Ordinaire. I] s’ensuit qu’il ne peut donner l’indulgence dans ce cas-la.
- Q. — Qu’il me soit permis de reprendre une question traitée dans le numéro du 5 juillet dernier et qui doit intéresser bon nombre de nos confréres : la question de la quéte aux messes de mariage.
Depuis que nous suivons la liturgie romaine, les mariages doivent se célébrer a la messe. Or, pour cela, dans certaines paroisses, le curé est obligé de dire la messe 4 une heure tardive, surtout si la paroisse est étendue. De plus, il arrive fréquemment, pour ne pas dire toujours, que l’heure convenue doit encore étre retardée, parce que les invités, se mettant a table avant de partir pour l’église, oublient vite que M. le curé esta jeun, lui, et les attend. Une autre personne attend aussi plus ou moins patiemment : c’est le sacristain sonneur. Cet homme, qui est exact dans ses fonctions, arrive a Vheure fixée : il a interrompu son travail; il sera encore obligé, aprés la cérémonie, de rester 4 l’église pour ranger les chaises qui ont été bouleversees par les personnes de la noce. Tout cela n’est pas prévu et ne peut pas étre prévu dans un tarif. ;
M. le curé 4 qui on a imposé un surcroit de fatigue, et le serviteur de l’église 4 qui on impose une perte de temps, n’ont-ils pas droit 4 une compensation? Pourquoi ne pas chercher cette compensation dans une
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quéte faite pendant la messe de mariage? Remarquonsle, l’offrande est tout a fait libre, ordinairement fort modeste et déposée par les auteurs du dommage. Voila pour les cas ordinaires.
Quand il s’agit de la classe bourgeoise, les choses se passent un peu autrement. On entend bien sans doute payer le jetine de M. le curé, mais on exige une allocution, des compliments, Véloge des membres de la famille qui ont plus ou moins marqué dans le monde : qui n’est pas décoré d’un ruban, aujourd’hui? Voild donc M. le curé obligé de travailler plus ou moins longtemps pour se tirer d’affaire ala satisfaction de tous. Ce travail ne mérite-t-il pas un salaire? A qui le demander sinon aux intéressés? Généralement on comprend dans cette classe que M. le curé puisse profiter de l'occasion pour augmenter son casuel ordinairement si pauvre. Ht il n’est pas rare qu’en lui rendant visite aprés le mariage, quelqu’un de la famille ne lui demande s'il a été satisfait de sa quéte, destinée, on le suppose bien, 4 augmenter un peu son modeste budget et a faire face a ses charges. “
Done nous croyons que Vintention des fidéles est de laisser A M. le curé la liberté de faire de la quéte des mariages le meilleur usage qu’il voudra.
Maintenant, si l’on suppose qu’un certain nombre de personnes ont Vintention formelle de donner a la fabrique, M. le curé fera alors deux parts, comme il le fait habituellement quand l’offrande en vaut la peine.
Traiter la question en chaire, serait-ce bien opportun dans les temps ou nous vivons?
Que pense notre excellent Ami de ces modestes observations?
R. — Nous pensons : 1° Que les tarifs ont généralement prévu des honoraires différents pour les diverses heures de la matinée, afin précisément de récompenser un jetine prolongé;
209 Que si vous croyez en conscience que, dans votre paroisse, les mariés et leurs invités ont véritablement l’intention de donner au curé de la paroisse pendant la quéte de mariage, vous pouvez accepter cette offrande.
Nous n’avons jamais dit le contraire.
Q. — le Strict observateur des régles je désirerais savoir laquelle des deux tables ci-dessous indiquées doit étre suivie de préférence (en conscience peut-étre)
pour le commencement des Matines.
I II Mat. Mat.
20 janvier 2h. 15 27 janvier 2h. 15 13 février 2h. 380 14 février 2h. 30 1°" mars 2h. 45 2 mars 2h. 45 18 mars 3 h. 00 19 mars 3h. 00 4 avril 3h. LO 4 avril 3h. 15 20 avril asl dpa) 20 avril 3 h. 30 10 mai 3 he 9 mai 3h. 45 8 juin 4h. 00 ler juin 4h. 00 20 juillet 3 h. 45 12 juillet 38h. 45 13 aotit 3 h. 380 4 aotit Sabie) let septembre 3h. 15 23 aott 3h. 15 18 septembre 3 h. 00 9 septembre 3h. 00 4. octobre 2h. 45 25 septembre 2h. 45 20 octobre 2h. 30 11 octobre 2h. 30 10 novembre 2h. 15 28 octobre 2-h, 15 8 décembre 2h. 00 15 novembre 2h. 00
2° Nous avons dans notre diocése deux églises ayant le titre de basilique. Pour l’une on dit : basilique par privilége ; pour l’autre : basilique par bref. Quelle est la différence entre l’une et l’autre? ;
R. — Ad I. Les heures du lever et du coucher du soleil changent avec les latitudes. Les différences
LAMI DU CLERGH
croissent 4 mesure qu’augmentent les degrés de latitude 4 partir de l’équateur. De 14 des différences aussi dans l’heure a laquelle on peut commencer la veille la récitation des matines du lendemain et ‘le matin la célébration de la messe. Il n’y a done pas de tableau qui puisse servir 4 toutes les latitudes. |
De plus, les tableaux peuvent indiquer ’heure a laquelle on peut réciter l’office pendant tout l’intervalle' compris entre deux indications, par exemple, entre le 20 janvier et le 13 février, entre le 20 juillet et le 48 aoait; ou bien le jour ot l’on commence 4 pouvoir réciter matines 4 l’heure indiquée, heure qui chaque jour s’éloigne davantage de midi quand les jours grandissent et s’en rapproche quand les jours raccourcissent.
De plus, on peut avoir tenu compte du temps vrai, ou n’avoir indiqué que le temps moyen.
Enfin, depuis que Vheure de Paris a été adoptée ‘pour la-vie civile et que les réponses du Saint- Siége ont autorisé a suivre pour la récitation du bréviaire Vheure légale dans chaque pays, on peut, dans la confection des nouveaux tableaux, indiquer cette heure légale, ou bien Vheure vraie ou Vheure moyenne.
Pour toutes ces causes, les tableaux peuvent différer entre eux et se trouver respectivement exacts.
Dans Vimpossibilité ot chaque prétre se trouve de dresser le tableau qui conviendrait 4 sa latitude et a faire les corrections nécessaires pour rapporter les heures soit au temps vrai, soit au temps moyen, soit 4 Vhoraire légal, on peut s’en tenir 4 Vheure indiquée dans chaque Ordo diocésain et suivre, soit le temps vrai, soit le temps moyen, soit Vhoraire légal, 4 condition qu'on suive toujours la maniére qu’on aura une fois adoptée.
Dans la premiére partie des deux tableaux qui nous sont transcrits, les jours et Vheure fixée répondent au temps moyen pour la latitude de Paris : les différences légéres entre les deux sont sans importance pour cette partie de ’année. Pour les latitudes supérieures, l’heure devrait étre avancée; dans les latitudes inférieures, elle devrait étre retardée.
Dans la seconde partie, ot les jours vont en décroissant, le premier tableau a continué A donner l’heure du temps vrai ot lon peut, au. jour indiqué, commencer la récitation de matines a la latitude de Paris; mais cette heure va en diminuant jusqu’a ce qu’elle atteigne le quart d’heure suivant. Le second tableau an contraire indique la date moyenne 4 laquelle on peut commencer, 4 la méme latitude, la récitation de matines entre les deux jours portés au tableau. Z
Des exemples aideront & comprendre ces différences..
Le premier tableau porte qu’on peut commencer matines 4 38 heures le 18 septembre, 4 2 heures 45 le 4 octobre; mais dés le 19 septembre V’heure diminue d’une minute environ, et ainsi des autres jours jusqu’au 4 octobre, ow la récitation ne peut commencer qu’a 2 heures 45.
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D'aprés le deuxiéme tableau, le 18 septembre s trouve compris entre le 9 septembre ov l’heur indiquée est 3 heures, et le 25 septembre ot Vheure indiquée est 2 heures 45 : ce sont des} moyennes. Entre le 9 et le 48 septembre, on pour-| rait commencer plus tét; entre le 18 septembre et] le 4 octobre, on ne devrait commencer que plus tard; mais l’écart, ainsi divisé, est moindre que: celui qu’il y aurait A commencer matines 43 heures} depuis le 18 septembre jusqu’au 4 octobre.
Ainsi s’explique et se justifie la différence entre les deux tableaux pour la deuxiéme période de’ l'année. |
Nous n’avons pas tenu compte de quelques} divergences de calcul peu importantes. |
En pratique l’esprit de l’Eglise n’est pas de faire) dépendre la validité de la récitation du bréviaire } d’un calcul de minutes plus ou moins exact; il] nous permet de nous en tenir a ce qui est admis,, surtout quand l’Ordo diocésain a fixé les heures. |
Ad II. Ce pourrait bien étre la méme chose ou 4) peu prés.
Q. — A deux reprises depuis peu le savant Ami a) parlé de la loi de Vabstinence 4a propos des gens qui | dépiquent 4 la machine, et chaque fois ila dit qu’il ne. trouvait pas dans ce travail un motif suffisant de dis-| pense. — En toute sincérité, permettez-moi de yous. dire que je vous trouve sévére, du moins pour les per- | sonnes de ma paroisse. Elles commencent leur travail | au point du jour, c’est-a-dire vers les 4 heures ou 4 heures et demie, pour ne le finir d’ordinaire que dans. la nuit (vers 9 heures). C’est donc un labeur de seize | heures, repos compris ; mettez trois heures de repos, et c'est beaucoup, vous aurez encore treize heures d’un travail écrasant ; car la machine n’attend personne, et il faut que la plupart des travailleurs marchent au pas accéléré... Ajoutez que nous sommes a lépoque de la canicule, que le travail se fait au grand soleil, au milieu de la paille et de la poussiére, ce qui n’apporte guére de fraicheur.
Ajoutez que chez nous les gens ne sont pas payés. On s’aide entre voisins, et comme il faut étre au moins vingt-cing ou trente, selon Vimportance des fermes, cest huit, dix, quinze jours de suite d’un travail accablant. :
Croyez-vous, je vous le demande, que dans ces conditions, les travailleurs péchent en mangeant de la viande le vendredi? Ils avouent eux-mémes que c’est le labeur le plus rude pour eux que ce dépiquage. Croyez-vous que la maitresse de maison péche en servant de la viande ? Car dans ces seize heures que dure la journée, on fait quatre grands repas et deux petites collations. Une bonne chrétienne me disait quelle pouvait bien 4 deux repas et aux deux collations, servir des ceufs, des légumes, etc., mais il lui est difficile pour ne pas dire impossible de nourrir convenablement ces travailleurs si elle ne donne de la viande au moins deux fois.
Je lui ai conseillé de servir toujours du maigre pour ceux qui pourront et voudront s’en contenter, mais je n’ose taxer de délictueuse la conduite de ceux qui croiront prendre assez de peine pour avoir le droit de faire gras. A
R. — Nous avons posé un principe général, en dehors de toute circonstance extérieure qui vienne en modifier l’application. Aujourd’hui vous nous exposez un cas concret avec une foule de circonstances qui aggravent la situation des travailleurs, v. g. la permanence d’un travail de treize 4 qua-
L7AMI DU CLERGE ~ rt gog a
torze heures par jour, la continuation de ce méme travail pendant quinze jours au moins. En outre, ‘yous introduisez des éléments nouveaux : la bonne foi et des travailleurs et des cuisiniéres, et l'impos- “sibilité morale de trouver les moyens de préparer uatre repas en maigre le méme jour.
Aprés tout cela, vous tolérez le gras A ceux qui ¢roiront en avoir besoin. I] y a ici la solution d'un cas pratique qui ne reléve que de votre cons- ‘cience de confesseur et que nous n’avons pas a discuter. Pour nous, peut-étre ferions-nous la “méme chose dans un cas analogue. Mais toutes “ces circonstances extérieures ne font pas changer 7 le principe général en lui-méme.
rie, et enfin la raison elle-méme, les causes pies, étant d’un ordre surnaturel, ne peuvent pas étre: soumises au droit civil, mais seulement au droit canonique qui recourt au droit naturel comme dérivant directement de Dieu. Queiques rares théologiens admettent que, tout au plus, le droit civil pourrait restreindre les donations pieuses 4 la partie disponible. Pour nous, avec l’immense majorité des théologiens, nous reconnaissons que cette réduction ne pourrait étre faite que par l’Kglise, représentée par le Souverain Pontife, 4 qui il appartient de juger en ces causes la. — Pour que les donations entre vifs ou testamentaires en faveur des causes pies soient valables et obligatoires en conscience, il suffit donc qu’on puisse s’assurer de leur authenticité, c’est-a-dire par Q.— Une religieuse meurt dans une congrégationnon exemple qu’elles soient attestées par un écrit in- -autorisée. Dans un testament sur papier libre elle légue — gisgutable ou par deux témoins stirs, comme le
4 sa communauté une somme de 500 francs. Son beau-
-frére et sa sceur se montrent d’abord disposés 4 respec-
ter les derniéres volontés de la défunte; mais quand on
-réclame la susdite somme ils la refusent. La commu- “nauté, vu sa situation, ne veut nine peut poursuivre en justice ; mais le confesseur a refusé l’absolution 4 Yun et 4 Vautre. A-t-il bien fait?
R.—1.En général, quand il s’agit de testaments dépourvus des formalités légales, on ne les regarde pas comme radicalement nuls, mais comme annulables ou rescindibles judiciairement, et on regarde alors comme licite le recours a la justice,
et quand une sentence judiciaire est intervenue,
elle doit obliger méme la conscience. I] y aurait -évidemment exception, sile testateur n’avait pas -accompli les formalités légales parce qu’il se fiait
a la promesse faite 4 lui-méme par son héritier de se soumetire 4 ses derniéres volontés. — Mais ici, a proprement parler, il ne s’agit pas d’un testament dépourvu des formalités légales, ils’agit dun testament fait sur papier libre. Or un testament ainsi confectionné ne peut étre annulé pour cette seule cause, il est seulement passible d'une amende. -— Mais il s’agit d’un legs testamentaire fait en -faveur d’une communauté non reconnue. Or,
Il. On appelle donation ad causas pias toute donation entre vifs ou testamentaire qui a pour but principal ’honneur et la gloire de Dieu et le salut ou le soulagement des Ames et qui est faite en-faveur des pauvres, des églises, des monastéres ou instituts quelconques établis pour honorer Dieu ou subvenir au besoin des pauvres. Or tel est évidemment le legs dont il est ici question. Or qu’un tel legs soit dépourvu ou non des formalités légales, dés lors qu’il s’agit d’une commu-
“nauté non reconnue, les tribunaux civils, si la cause est portée devant eux, ne le lui adjugeront jamais, parce que la loi ne reconnait pas 4 ces communautés, comme telles, la faculté d’acgquérir légalement ; mais au jugement de tous les théologiens ces lois sont assurément injustes, et par la-méme ne peuvent pas obliger en conscience.
III. D’aprés le Concile de Trente, le droitcanon, les réponses données encore en notre siécle (par exemple le 23 juin 1844) par la Sacrée Pénitence-
veut le droit naturel. Or, ici il s’agit d’une volonté certaine, écrite, et reconnue par le beaufrére et la scour, et il s’agit en plus d’une somme qui, certes, ne semble pas exorbitante, 500 francs, et quils s’étaient tout d’abord déclaré disposés, a donner. — Leur conscience est done évidemment obligée.
En conséquence, le confesseur qui refuse Vabsolution a un et a autre, tant quils ne voudront pas payer cette dette sacrée, de soi est dans son plein droit; et s'il y a eu-scandale, et s'il y aurait encore scandale 4 les voir communier, ce serait une raison de plus de se montrer exigeant. — Mais si d’un coté il n’y a aucun scandale réel a craindre, et si d’un autre cété le beau-frére et la sceur se croient dans leurs droits en raison de la loi civile, sans qu'il soit possible de les dépersuader et de les amener 4 payer cette somme, bien des théologiens avec Génicot pensent qu'il faut procéder avec prudence, et ne pas troubler inutilement la bonne foi de ceux qui se croient dans jleur droit et qu’on n’aménerait qu’a une seule chose, 4 se rendre coupables d’un péché formel quand ils ne l’étaient que d’un péché matériel.
C’est du reste ici une régle générale donnée par tous les auteurs en matiére de bonne foi erronée.
Q. — Jai lu, non sans étonnement, la réponse que vous faites, dans le n° du 2 aotit, a cette question : « Doit-on, oui ou non, admettre Videntité entre Marie- Madeleine, Marie sceur de Marthe et de Lazare, et la pécheresse que saint Luc nous montre oignant les pieds du Sauveur chez Simon le pharisien? » A ce doute, que l’on vous prie d’éclaircir, vous répondez : « La question est insoluble... Ni ’Heriture ni la Tradition ne peuvent dissiper complétement les obscurités qui Venveloppent. »
Pour l’Ecriture, soit. Quant 4 la Tradition, c’est autre
chose. Car, Vinterpréte autorisé de la Tradition, c’est
assurément l’Kglise romaine.
Eh bien, l’Eglise s’est prononcée catégoriquement, puisque, comme vous le dites vyous-méme, « le missel et le bréviaire romains ont en quelque sorte consacré le sentiment de l’Hglise latine sur lidentité de Madeleine avec les deux autres saintes. Avec plusieurs d’entre les Péres grecs et avec le plus grand nombre des Péres
<. \ ‘ 3 ie ae latins, elle ne voit qu’une méme personne dans la .pécheresse et la scour de Lazare. » j
Voici, Al’appui de cette assertion, une preuve péremptoire. *
On sait que le pape Benoit XIV nomma une commission de liturgistes chargée de la correction du Bréviaire romain. Or, on agitait la question de savoir si lon
‘ substituerait une autre homélie a celle de saint Augustin (du vendredi aprés le 4° dimanche de Caréme), dans laquelle est affirmée Videntiteé de Marie de Béthanie et de Madeleine. Voici la conclusion textuelle de la dite commission : [7 hac celeberrima queestione visum est Congregationi non recedendum a veteri traditione romance Ecclesic. A Rome, en effet, on avait toujours cru, avec la tradition latine tout entiére, a lidentité de Marie-Madeleine, de Marie de Magdala et de la pénitente. Je trouve cet argument dans |’ Histoire du Bréviaire romain de M. l’abbé Battifol, p. 304.
Vous me direz sans doute que le Saint-Siége ne s’est pas prononcé la-dessus ex cathedra ; je le reconnais.
Néanmoins, il me semble que pour tout bon catholique.
il n’y a pas a hésiter. Rome a parlé; la cause est
entendue.
R. — Voila un argument 4 ajouter a ceux qui militent en faveur de Videntité, et argument a une sérieuse valeur en ce quil nous assure la tradition de l’Eglise Romaine et nous donne le sentiment des correcteurs du Bréviaire. Ceux-ci n’ont pas été convaincus par les raisons de ceux qui soutiennent qu’il faut distinguer les trois personnes; en conséquence, ils sont d’avis de maintenir les lecons oti Videntité est affirmée; mais ils ne vont pas au-dela et ne décident pas. e controverse.
Si le maintien de ces lecons au bréviaire terminait la question, des auteurs catholiques, comme le P. Patrizzi, ne la résoudraient pas dans l'autre sens.
Mais chacun est libre évidemment de se ranger du cété du Bréviaire romain et des auteurs qui identifient les trois personnes.
Et nous tenons a répéter que, fussions-nous pour lopinion contraire, il serait bien inutile et téméraire de porter cette controverse en chaire devant les fidéles.
Q. — Peut-on appliquer a ’/hypnotisme les décisions de VEglise relatives au magnétisme ? Il y a, je crois, de nouyelles décisions sur ’hypnotisme: quelles sont-elles?
R. — L’Ami (1899, p.881) a déja indiqué les différences qui existent entre le magnétisme et ’hypnotisme, mais comme dans le fait ces deux mots désignent la méme chose sous des nuances différentes, on peut bien dire que les décisions del’Kglise relatives au magnétisme peuvent s’appliquer aussi & Vhypnotisme, au moins en tenant compte des nuances.
La derniére décision que nous connaissions relative 4 Vhypnotisme a été donnée par le Saint- Office le 26 juillet 1899, et approuvée le 28 par le Souverain Pontife; elle ne fait guére que confirmer les précédentes, en y jetant cependant quelque clarté.
Il avait été demandé si un docteur en médecine pouvait prendre part a des études auxquelles pro-
céde actuellement la Société des sciences médicales. sur les suggestions hypnotiques pour la cure des enfants malades. Il s’agissait non seulement de discuter sur des faits déja accomplis, mais encore de faire des expériences nouvelles, sans se préoccuper si elles peuvent ou non s’expliquer par des causes naturelles. Le Saint-Office a répondu :
Quoad experimenta jam facta, permitti posse, modo absit~periculum superstitionis et scandali, et insuper orator paratus sit stare mandatis S. Sedis et partes ’ theologi non agat. — Quoad nova experimenta, si agitur de factis que certo nature vires pretergrediuntur, non licere ; sin vero de hoc dubitetur, premissa protestatione nullam partem habere velle in factis preternaturalibus, tolerandum, modo absit periculum scandali.
Il est clair, d’aprés cette réponse, que Rome n’a jamais voulu condamner l’hypnotisme ou le magnétisme en lui-méme, mais seulement dans ses abus, et que la doctrine émise et soutenue par l’Ami a
ce sujet est tout 2 fait conforme 4 ce qu’enseigne — le Saint-Siége.
Q. — 1° Que penser des tables tournantes et parlantes ?
2° Y a-t-il intervention diabolique certaine ?
3° Quelle est la gravité de ce péché?
40 Comment traiter ceux qui le commettent ?
5° Peut-on et doit-on refuser l’absolution dans certains cas, v. g. 2 un pénitent qui refuserait de s’abstenir de
cette pratique?
R. — Ad I. Consulter notre étude théologique sur le spiritisme dans le no du 30 aotit dernier.
Ad Il. Item, mais principalement le IV, Conclusions morales et pratiques, p. 762.
Ad III. Item.
Ad IV. Item. Ii est certain qu’on ne peut les y encourager que dans les cas exceptionnels ot |’on reconnaitrait qwils ne commettent aucun péché et . qu’ils peuvent rendre service ; et qu’il faut les en détourner autant que possible dans les cas ot l’on y verrait un péché véniel; et la leur interdire absolument dans les cas ot Yon y verrait un péché mortel certain. Enfin dans les cas ot le péché serait douteux, il faut encore les en détourner le plus possible, et s’ils croient invinciblement avoir des raisons suffisantes d’y prendre part, exiger au — moins de leur part une protestation contre toute ingérence diabolique.
Ad V. Il faut évidemment refuser impitoyablement l’absolution 4 ceux qui y verraient une intervention diabolique, ou qui verraient bien qu’ils s’y exposent sans raison, et enfin a ceux dont la conduite produirait un scandale grave et qui ne voudraient pas du tout s’en abstenir. Quant a ceux qu’on ne pourrait dépersuader et qui resteraient dans la bonne foi, pourvu qu’il n’y ait pas de scandale, il ne faudrait pas pour cela refuser l’ab- solution ; mais le confesseur devrait s’arranger de maniére que son absolution ne partit pas une vraie approbation de la chose.
— tt a ; -
IVAMI DU CLERGE ©
Q. — 1° Doit-on publier les bans de mariage des non baptisés mais qui doivent étre baptisés avant le mariage? Une partie, bien entendu, est catholique.
2° Un catholique peut-il étre ttmoin pour un mariage célébré 1° dans un temple protestant, 2° ala maison du ministre ou de la fiancée ?
3° La messe corpore preesente doit-elle étre toujours chantée? Aucune raison ne dispenserait-elle de cette régle?
R. — Ad I. Oui, cette publication ayant pour objet de découvrir les empéchements, qui peuvent exister dans ce cas.
Ad II. Non, dans l'un et l’autre cas, parce que c'est communiquer in divinis avec les protestants.
Ad III. On peut ne pas chanter la messe. Mais il n’y a que la messe chantée qui jouisse des priviléges accordés a la messe des funérailles, a moins qu’il ne s’agisse des funérailles d’indigents, pour lesquelles un récent décret accorde 4 la messe basse les priviléges des messes chantées.
Q. — Une personne de ma paroisse a Vhabitude d’ajouter aprés chaque Ave Maria du chapelet et de VAngelus Vinvyocation : Saint Joseph, priez pour nous. Que pensez-vous de cette pratique? Quid au sujet des indulgences ?
R. — Pour satisfaire 4 sa piété et en méme temps pour éviter la singularité, nous lui conseillerions de réciter les priéres ci-dessus comme tout le monde, et d’ajouter a la fin autant d’invocations a saint Joseph qu’elle désirera.
Quant a la pratique elle-méme, il ne nous appartient pas de décider si elle compromet ou non les indulgences.
Q. — Les sacrements doivent étre conférés gratuitement. Pour le sacrement de mariage on exige la publication des bans, laquelle publication est tarifée 2 fr.
Si deux futurs exigeaient la gratuité absolue, le curé aurait-il droit de revendiquer le tarif?
R. — Le curé peut suivre le tarif approuvé par lévéque pour les publications de bans, comme il le suit pour les honoraires de la messe : les deux sont une aumdne exigée de ceux qui le peuvent a loccasion d’une cérémonie religieuse pour l’entretien des ministres du culte, qui retombe tout d’abord a la charge de la paroisse.
Q. — 1° Est-il nécessaire aujourd’hui que la médaille dite miraculeuse, pour participer aux indulgences, ait recu une bénédiction spéciale ?
2° Qui peut la donner?
30 Est-il obligatoire de la recevoir de quelqu’un ayant
‘le pouvoir de Vimposer?
R. — Nous avons donné en 1896, p. 605, le décret de la S. Congrégation des Rites du 12 novembre 1895 réservant aux Lazaristes, avec faculté de déléguer, la bénédiction et la distribution de la médaille miraculeuse, et, 4 la page suivante, le décret de la S. Congrégation des Indulgences du 30 novembre 1895 accordant des indulgences aux
personnes qui porteraient une médaille miraculeuse recue d’un prétre muni de pouvoirs spéciaux.
Q. — Louis a fait voeu autrefois de se faire recevoir du Tiers Ordre de Saint-Francois. Il s’en est fait recevoir en effet. Mais, quelque temps aprés, il a trouvé génant et ennuyeux le port de la corde et du scapulaire ‘ et il a renoncé 4 porter l’uneetV’autre. >
Il demande : 1° Si son veeu Voblige au port du scapu-
laire et de la corde, ainsi qu’aux autres obligations des —
tertiaires ;
2° S’il est en stireté de conscience en continuant ainsi jusqu’a sa mort a ne pas observer les régles du Tiers Ordre, sans avoir l’intention pourtant de renoncer a en étre membre.
R. — Le veeu avait pour objet, non pas précisément la réception dans le Tiers Ordre de Saint- Frangois, mais la pratique de la régle. Ce serait ridicule, en effet, de promettre par veu d’entrer dans un Tiers Ordre si l’on n’avait pas Vintention d’y persévérer 4 moins de circonstances extraordinaires, non prévues dans le principe.
Le port du scapulaire et de la corde, surtout avec les dimensions restreintes qu’on peut donner au scapulaire, ne présente pas des difficultés telles qu’on puisse se regarder comme dégagé a cause d’elles d’un voeu fait en toute connaissance de cause.
Si vous désirez quelque dispense, adressez-vous & n’importe quel couvent de religieux de Saint- Frangois.
CONGREGATIONS ROMAINES
Saint-Office 4. avril 1900.
Juridiction des confesseurs sur mer