‹ L'amiral Baudin; with mapsChapitre 27 sur 32 · LES DISPOSITIONS DE COMBAT · texte numérisé non relu

LES DISPOSITIONS DE COMBAT

Ce sera réternel honneur de l'amiral Baudin de n'avoir ouvert les hostilités qu'à la dernière exlrémité. Le commandant Le Ray rapportait de Mexico une réponse évasive : l'amiral consentit à se rendre à Jalapa pour s'y aboucher personnellement avec les plénipotentiaires mexicains. « La France, disaitil, est loin de nourrir aucune arrière-pensée qui soit contraire à l'indépendance et à l'intégrité territoriale du Mexique. En bloquant vos ports, elle a usé du moyen le plus doux qui fût en son pouvoir pour obtenir, après tant d'années et tant de démarches, le redressement des griefs de ses nationaux. )) Le ministre des affaires étrangères de la république mexicaine, M. Cuevas, n'essayait pas de pallier les torts de son gouvernement; il continuait seulement de se retrancher derrière l'irresponsabilité morale d'un pays bouleversé par ses agitations

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intérieures, a Les désordres dont vous vous plaignez, répondait-il imperlurbabicment à l'amiral Baudin, sont la conséquence inévitable et falale de l'enfance politique du Mexique. » Arrivé à Jalapa le 17 novembre, l'amiral en repartit le 21, laissant entre les mains de M. Cuevas un dernier et sérieux ultimatum. « Je lui ai déclaré, écrit-il au ministre de la marine, que j'allais attendre a mon bord jusqu'au 27 la décision finale du gouvernement mexicain. Si le 27, à midi, satisfaction complète n'est pas donnée à la France, je commencerai immédiatement les hostilités. »

Différer — dilatar — est, dit-on, la maxime favorite de la diplomatie mexicaine. La ressource, cette fois, est usée : l'habileté du congrès va se heurter à une résolution inébranlable. La division navale que commande l'amiral Baudin s'est portée du mouillage de Sacrificios au mouillage de l'ile Verte. Dès le 26 au soir, les premières dispositions de combat sont prises : les dromes ont été mises à terre, les bouls-dehors de bonnettes descendus sur le pont; les suspentes en chaîne, les fausses balancines, les bosses de galhaubans et d'itagues sont en place. Tout est prêt pour le lendemain ; voici les derniers ordres : les baromètres et les chrono-

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mètres des frégates seront envoyés, avec ceux des bombardes, à bord des petits bricks qui ne sont pas destinés à prendre part à l'engagement; on mettra les chaloupes à la mer avant Pappareillage. Chacune de ces embarcations, armées par les équipages des bricks laissés au mouillage, devra être munie d'une ancre à jet et de deux aussières. Toutes iront se placer au nord des frégates, hors de la portée des canons du fort, mais en position de venir élonger des touées, s'il en était besoin.

Au signal de l'amiral, les bombardes se porteront à la hauteur de la coupure du récif de la Gallega et s'y embosseront. Les trois grandes frégates, — la Néréide, la Gloire, VIphigénie, — mouilleront au sud de cette même coupure, de manière à former une ligne serrée. Elles se trouveront ainsi à sept ou huit encablures du fort. La portée du canon de 30 court, tiré avec un seul boulet rond et une charge égale au quart du poids du boulet, est de quinze cent cinquante mètres environ, sous un angle de projection de cinq degrés. C'est donc l'angle de tir qu'il conviendra d'adopter pour le combat. Les canons-obusiers de 30, chargés à obus et tirés avec deux kilogrammes de poudre, ont, à peu de chose près, la portée des canons. Quant aux caronades,

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il semble inutile de les employer dans un cnjjajjement où la distance dépassera quatorze cents mètres. Si Ton tient cependant à tenter de s'en servir, il faudra les pointer sous Tangle de sept ou huit degrés.

L'intention de l'amiral est d'ailleurs de commencer par régler le tir de la division d'attaque à l'aide de quelques coups d'épreuve. La Maïade ei]a Sarcelle, placées dans la direction du nord-ouest, feront à cet effet les signaux nécessaires : le pavillon 1 , hissé au mât d'artimon, indiquera que le coup a porté en deçà du but; le pavillon 2, en tête du grand mât, qu'il a porté juste; le pavillon 3, arboré au mât de misaine, annoncera que le projectile est tombé au delà du fort.

Tout n'est-il pas prévu? L'ordre du jour est bref : je ne vois pourtant aucune disposition essentielle qui soit omise. L'amiral, lui, ne le trouve pas encore complet : a Si le feu de l'ennemi, dit-il en finissant, est vif et bien dirigé, on fera descendre dans le faux-pont les hommes de la manœuvre, pour les mettre à l'abri, ne gardant que les chefs et les servants des pièces. Les gabiers ne seront envoyés dans la mâture que s'il y avait des avaries de gréement urgentes à réparer. )> N'est-ce pas ici le capi-

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taine de la Dryade que nous entendons? Brave et excellent cœur qui voudrait, s'il était possible, garder tous les dangers pour lui!

Le 27 au matin, le temps était calme. Ordre est donné aux deux navires à vapeur le Météore et le Pliaéton de prendre chacun une des deux bombardes à la remorque et de les conduire au poste d'embossage qui leur a été assigné. Le Phaéton et le Météore^ bateaux à aubes de cent soixante chevaux, n'ont ni la puissance ni la sûreté d'allures de nos magnifiques pyroscaphes d'aujourd'hui; plus d'une fois ils ont mis à l'épreuve la patience du chef de l'expédition. « J'ai une bien malheureuse veine, écrit l'amiral, en fait de navires à vapeur : le Phaéton n'a jamais pu marcher trois jours de suite; le Météore, autre patraque sans cesse détraquée, redoutant constamment l'ébranlement de son arbre de couche, a eu ses côtes rôties dans la traversée de France au Mexique. )> Ingrale marine à voiles, c'est ainsi que tu parlais en 1838 de ces précieux auxiliaires, qui allaient bientôt te supplanter! Tout écloppés qu'ils fussent, le Météore et le Phaéton, dans la journée du 27 novembre, jouèrent un rôle important : sans eux, la hardiesse de s'accoster au récif eût pu, à bon droit, être taxée de

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