SCÈNE V JACQUEMINE, KRÉLIS
JACQUEMINE
Enfin, vous voilà donc, cher Krélis ! quelle joie ! Vous revenez à temps!... C'est Dieu qui vous envoie! Quel eût été mon sort en un pareil danger, Sans vous, sans un ami qui pût me protéger? Vous venez de Harlem?
KRÉMS.
Oui, chère bien- aimée!
JACQUEMINE
Cette nuit ?
KRÉLIS.
Cette nuit!
JACQUEMINE
Mais la route est fermée Par les Français?
KRÉLIS.
Qu'importe ! il fallait vous revoir !
JACQUEMINE
Cher Krélis!
KRÉLIS.
Grâce à Dieu, le ciel était si noir Et la neige tombait en si profonde masse, Que j'ai, sans être vu, pu voler sur la glace Et gagner le pays par des chemins certains : L'amour et le bonheur conduisaient mes patins !
dO L'AMIRAL
JACQUEMINE
Le bonheur, dites-vous? Lorsque bientôt peut-être...
KRÉLIS.
Ah ! ce bonheur tardif, quand vous l'allez connaître Comme moi, j'en suis sûr, pour ne penser qu'à lui Vous oublierez bientôt le danger d'aujourd'hui!
JACQUEMINE
Mais qu'est-ce donc enfin?
KRÉLIS.
Eh bien, j'ai lieu de croire Que nous touchons au jour heureux de la victoire! Oui, le terme est venu de nos espoirs constants : Nous serons mariés avant qu'il soit longtemps !
JACQUEMINE
Mariés ! nous ! Hélas ! pour parler de la sorte Ne comprenez-vous pas combien la haine est forte Qui de nos parents fait deux rivaux acharnés? Avez- vous oubUé leurs conflits obstinés? Sous le moindre prétexte, indirect ou futile, Leurs éternels débats dont on rit par la ville? Cite-t-on point partout, poiir leurs prises de bec, Et maître Van der Trop et dame Van der Beek? Enfin, pour accorder leurs volontés rétives. N'épuisâmes-nous pas toutes les tentatives? Mariés, nous? Il faut pour ce bonheur rèvô Un moyen introuvable, hélas!
KRÉLIS, qui pendant les derniers vers a été chercher un petit panier qu'il avait placé sur le po61e A son entrée.
Je l'ai trouvé!
JACQUEMINE
Vous?