SCÈNE IX
FLAGEOLET, «eui.
Seul! pardienne! je crois qu'on peut se mettre à l'aise! Ouf! retirons d'abord ce sabre qui me pèse, Sabretache, shako, tout l'attirail enfin!
Il met son shako sur son sabre et le dépose dans un coin.
Ah! la guerre! c'est beau! mais point quand on a faim!
Depuis hier midi, pas ça de nourriture!
De trois ou quatre crans j'ai serré ma ceinture
Et m'illusionnais ainsi pour un moment...
Mais maintenant, hélas! desserré brusquement,
Je sens comme à Fleurus et dans d'autres batailles,
La faim, l'horrible faim crier dans mes entrailles.
Parcourant la pièce du regard.
Si quelque part ici, je pouvais découvrir... Mais non... rien!
Avisant le buffet à gauche.
Ce buffet ! oui ! mais il faut l'ouvrir ! Allons, ma foi, tant pis !... car la guerre est la guerrel
Il va au buffet.
Fermé!... mais ce tiroir?... Un pain blanc! rude affaire!
Il tire le pain du tiroir et va en couper un morceau avec son couteau.
Vite! un petit morceau...
Réfléchissant.
Petit? pourquoi petit?
Pain coupé n'a de maître et j'ai bon appétit !
Se coupant un gros morceau de pain.
Un vrai morceau que diable!... Usons de la victoire,
Et marauder un brin ne nuit pas à la gloire !
Il remet le pain dans le tiroir. — Mangeant.
Ma fine! que c'est bon! bien bon, mais que c'est sec! Que n'ai-je quelque chose à tortiller avec !
Tombant en arrêt sur les oignons de tulipe.
Eh! parbleu! ces oignons! rien n'est excellent comme Le pain frotté d'oignon pour vous remettre un homme!
Il monte sur Tescabeau de la serre.
A l'assaut, Flageolet! comme au fort Saint- André!
Sur l'escabeau.
Oh! oh! les beaux produits! Je n'en ai rencontré Jamais d'aussi cossus, même au marché d'Avranches! Et trente-six couleurs! vertes, rouges et blanches! Tiens, un panier!
Prenant le panier et l'ouvrant.
Dedans, deux superbes oignons !
Séparés avec soin, loin de leurs compagnons, Ils sont meilleurs sans doute, et semblent bons apôtres. Suffit! mon choix est fait! Je ne prends pas les autres!
Il prend les deux oignons.
Bon! ce panier en place... et l'on n'y peut rien voir!
Redescendant.
Puis au train dont on va, nous serons loin ce soir!
Il s'assied et sa met à manger les oignons avec son pain.
Tiens! le drôle de goût! Bon, mais un peu sauvage... On dirait... un oignon qui revient de voyage!
Fredonnant un refrain normand.
Si tu te trouves sans chapon Lauderinelte! Et dig! et don!
Sois content, garçon,
De pain et d'oignon I De bon pain et d'oignon 1