ACTE PREMIER
Mon neveu! Mais ici, prends garde à toi, morbleu! Pas la moindre maraude, ou sinon pour ta peine, Quinze jours de prison ! c'est dit ?
FLAGEOLET
Oui, capitaine!
A part, montrant son estomac.
Un peu tard seulement !
JACQUEMINE, au capitaine.
A table, voulez-vous?
Monsieur ?
LE CAPITAINE, la regardant.
Oui, belle 'enfant!
VAN DER TROP, l'observant, à part.
n lui fait les yeux doux !
J'y veillerai, brigand !
LE CAPITAINE, en lui- môme, regardant Jacquemiiie.
Oh ! les femmes, les femmes !
Qu'un seul de leurs regards peut allumer de flammes Chez un pauvre hussard veuf et passionné, Qui depuis près d'un an bientôt n'a... déjeuné I
Le capitaine, Van der Trop et Jacquemine se mettent à table. Flageolet et Anuelte restent debout et aident au service.
LE CAPITAINE, tendant son verre à Annette qui est revenue de la cave, un panier de bouteilles à la main.
Que vas-tu me verser? de la bière?
VAN DER TROP, à part.
Et très rance Pour t'étrangler, brigand 1
LE CAPITAINE, regardant son verre et goûtant.
Non ! du bon vin de France !
A Van der Trop.
Aimable attention, compère, et grand merci !
VAN DER TROP, furieux, à part.
Quoi ! mon vin I mon vieux vin ! ah ! la gueuse !
LE CAPITAINE, levant son verre.
Voici Qu'après trente combats, cinq batailles, dix sièges, Au milieu des frimas, des glaces et des neiges, Souriant à travers son breuvage vermeil La France nous envoie un rayon de soleil !
FLAGEOLET, à part, buvant un verre qu'Annette lui a versé à la dérobée.
Un rayon de soleil que je vas mettre à l'ombre !
LE CAPITAINE, à Van der Trop.
Mais qu'as-tu donc, mon bon, et pourquoi cet air sombre?
VAN DER TROP, furieux.
Moil je suis très gai! très gai!
LE CAPITAINE
Tiens ! pour te mettre en train Je m'en vais, si tu veux, te dire le refrain Que l'on chante au bivac quand nous avons la chance, Bien rare, hélas I de boire et de faire bombance !
VAN DER TROP, effrayé, à part.
Un refrain de bivac I... ma fille I
Oui I sans façon 1 Ton hospitalité vaut bien une chanson.