ACTE TROISIÈME
JACQUEMINE
Ah! Krélis!
KRÉLIS, tendrement.
Aujourd'hui vous souvient-il encore, Ma chère Jacquemine, ô mon unique amour!... Voilà deux ans bientôt, de notre beau retour. Un matin de printemps, de la grande kermesse. Et vous rappelez- vous toujours votre promesse?
JACQUEMINE, lui donnant la main.
* Puisse, si je l'oublie un seul moment, soudain Ma main se dessécher en touchant votre main !
KRÉLIS.
Oh! le cher souvenir! Pendant la nuit entière Les anciens avaient bu le vin blanc et la bière. Et fumé gravement, suivant d'un œil distrait, Les couples animés que la valse enivrait. Quand apparut le jour, quand sonna l'heure amère Du départ, au matin, votre père et ma mère, Amis alors, hélas! ennemis aujourd'hui.
Se prêtant l'un à l'autre un mutuel appui, Bras dessus, bras dessous, et la tête un peu pleine, Regagnèrent le bourg en traversant la plaine ; Par derrière tous deux, rêveurs, nous les suivions. Le soleil de printemps se levait : ses rayons Réveillaient doucement les oiseaux sur les buanches Et dans l'herbage épais les belles vaches blanches...
JACQUEMINE
Un souffle d'air, ridant la surface des eaux, Passait comme un soupir au milieu des roseaux, Et faisait tournoyer sous ses caresses lentes, Des grands moulins à vent les ailes nonchalantes *.
Lo passage compris entre les astérisques est supprimé à la représentation.
Nous prîmes le sentier qui borde le canal
Par moment jusqu'à nous venait le bruit du bal...
KRÉLIS.
Et mon bras vous tenait doucement enlacée Comme pour achever la valse commencée...
Il la prend par la taille.
JACQUEMINE, continuant.
Puis, arrivés au bourg, au tournant du chemin Je sentis que ma main tombait dans votre main, Et que j'étais à vous du profond de l'âme...
Souriant.
Je n'ai rien oublié... vous le voyez !...
KRÉLIS.
Ma femme !
Il lui couvre les mains de baisers.
JACQUEMINE, apercevant le capitaine, qui entre.
KRÉLIS.
Enfin!