‹ L'Ammoniaque UrinaireChapitre 4 sur 23 · RECHERCHE ET DOSAGE · texte numérisé non relu

RECHERCHE ET DOSAGE

Après avoir précipité une urine fraîche, acide ou neutre, par une solution de sous-acétate de plomb, si on mélange à froidle filtratum avec un lait de chaux, dans un ballon fermé par un bouchon auquel est fixé un morceau de papier de curcuma humide, qui ne touche pas le liquide, on voit ce papier brunir après quelque temps. Or l’ammoniaqueest déplacée à froid par la chaux, les matières colorantes et extractives sont éliminées par le sous acétate de plomb et l’urée n’est pas décomposée à froid par la chaux. L’urine contient donc des sels ammoniacaux.

Leur présence a été signalée depuis longtemps par les auteurs (Berzélius, Proust, Henry etc.), mais ceux-ci ne les avaient pas dosés avec précision, souvent même ils s'étaient bornés à les indiquer. — Cependant, la connaissance de l'élimination normale et pathologique de l’ammoniaque par les urines ne semble pas être sans importance pour le physiologiste et le clinicien.

Déjà en 1844 Liebig l'avait reconnu. Voici ce qu'il

écrivait à ce sujet: « L’ammoniaque est un produit de

la putréfaction des matières azotées et-ne devrait être à ce titre qu’un principe accidentel du corps animal ou de ses sécrétions. Par suité des phénomènes qui s’accomplissent indépendamment de l'acte vital dans l'organisme, tous les liquides du corps peuvent devenir riches en ammoniaqueouensels ammoniacaux. L’urine saine ne contient que des traces très faibles d’ammoniaque préformée, quivraisemblablement se trouve déjà dans les aliments... La quantité d’ammoniaque qui se forme dans l’état ordinaire au sein de l'organisme e$t également très petite; car.elle ne suffit même pas à neutraliser l’acide, qui produit la réaction acide de l’urine et de la salive. On ne peut admettre aucun sel ammoniacal dans l’urine des herbivores qui

‘ contient des carbonates d’alcalisfixes.. Des recherches

pour établir la proportion de l’ammoniaque dans l'urine d'individus sains, peuvent acquérir de l’importance pour juger des états pathologiques, car dans les

fièvreset d’autres maladies, la proportion de l’ammonia-

que dans l'urine augmente beaucoup, et ilest permis de penser que nous pouvons obtenir par les analyses de l'urine une mesure pour les variations qui s'opèrent dans la proportion de l’ammoniaque ».

Toutefois c’est à Boussingault que revient l’honneur

d'avoir fixé le premier laquantité d’ammoniaque contenue dans l’urine ; en même temps il nous donna une méthode de dosage simple, rapide et exacte. Il pensait, lui aussi, que : laconstatationde l’'ammoniaque dans l'urine fraîche,

PR te

“« avant que l’on puisse soupçonner la moindre altération « n’est pas dénuée d'intérêt ; car « dit-il » en supposant « la présence constante de cet alcali, on sera conduit à « rechercher sielle est due à une sécrétion analogue à celle « de l’urée, des acides urique ou hippurique, ou bien « si elle résulte simplement de ce que l’ammoniaque serait « éliminée par les voies urinaires, après avoir été ingérée « dans l’organisme avec les aliments qui ne sont peut- « être jamais exempts de toute trace de sels ammonia- Caux. »

Depuis cette époque, de nombreuses recherches ont été faites, pour établir : l’origine, la valeur, les variations et la signification de l’'ammoniaque urinaire. Je parlerai plus tard de ces recherches, qui, maigré leur abondance n’ont pas épuisé le sujet.

Je n'ai pas la prétention de résoudre ces questions, je veux simplement présenter quelques remarques, qui pour ront peut-être contribuer à une meilleure connaissance du sujet.

. Recherche de l’ammoniaque dans les urines. — Pour

Jamiseenévidenceetl’estimation de l’ammoniaqueurinaire

il est évident, que seules les urines fraiches, ou qui n’ont subi aucune fermentation et ne présentent par suite aucune odeur ammoniacale, devront être examinées. Il n’est pas toujours possible de recueillir l’urine par le -cathétérisme, surtout lorsqu'il s’agit d'obtenir l’ensemble des urines, rendues pendant une période de 24 h., ce qui -estnécessaire pour les dosages, car larichesse en ammonia- : que d’une urine, peut varier d’une miction à une autre; il faut du moins prendre des grandes précautions de

ne

propreté. L’urine, aussitôt après son émission, est versée dans un grand flacon stérilisé ou au moins lavé à l'acide, à la potasse, à l’alcool et à l’eau bouillie, et dont les parois sont humectées avec une solution alcoolique de: thymolou avec du chloroforme. Le flacon bien bouché, est placé dans, l’eau froide ; en été, il est bon de le conserver dans un courant d’eau froide ou dans de l’eau glacée. L’urine conservée ainsi, présente très rarement des phénomènes de fermentation. |

Pour rechercher l’ammoniaque dans l’urine on peut opérer de la façon suivante : on mélange l’urine avec de l’alcool, il se forme un précipité que l’on filtre. On ajoute au filtratum quelques gouttes d’une solution de: chlorure de platine, on laisse reposer quelques heures, puis on sépare le liquide du sel double de platine formé; on lave ce dernier avec un peu d’alcool, on le sèche et on le chauffe dans une petite cornue de verre, bien sèche; s’il contient du chloroplatinate d'ammonium, celui-ci se volatilise et va se déposer sur les parties froides de la cornue sous forme d’une masse blanche, formée de fines aiguilles.

Voici un autre procédé, dû à Latschenberger; moins long et pourtant doué d’une grande sensibilité, il peut être utilisé facilement en clinique : on ajoute à l’urine son volume d’une solution saturée de sulfate de cuivre froide, puis on verse dans ce mélange de l’eau de baryte jusqu’à réaction neutre ; on filtre, il passe un liquide clair et incolore, qui, avec quelques gouttes du réactif de Nessler donne, suivant la quantité d’ammoniaque

io

contenue dans l’urine, un précipité rouge brun ou une coloration jaune brunâtre plus ou moins intense.

Dosage de l’ammoniaque dans les urines. — Le dosage de l’ammoniaque urinaire est difficile, car, étant donné qu'il faut introduire un alcali énergique pour déplacer l’ammoniaque de ses sels on pourrait décomposer l’urée. Les recherches récentes de Berthelot et d'André ont montré que l’uréese transforme en carbonate: d'ammoniaque sous les plus faibles influences.

L'eau pure, à l’ébullition, ne décompose pas l’urée, par contre les solutions acides ou alcalines, les laits de chaux et de magnésie la décomposent à 100° très sensiblement.

De plus l'urine normal acide, concentrée dans une: cornue à la pression ordinaire, laisse passer dans le distillatum beaucoup d’ammoniaque, et cela jusqu’à la fin de l'opération, alors que l’urine qui reste dans la cornue rougit plus fortement le tournesol. Neubauer explique ‘ainsi ce phénomène: le phosphate acide de soude quise trouve dans l’urine exerce sous l'influence de la chaleur une action décomposante sur l’urée ; il se forme du phosphate acide de soude et d’ammoniaque ; mais ce sel dégage de l’ammoniaque à 100° et repasse ainsi à l'état de phosphate acide de soude. — Chez les herbivores l'urine contient du bicarbonate de potasse celui-ci à l’ébullition se transforme en carbonate de potasse, pro-

- duit assez alcalin pour décomposer l’urée..

Cependant à 40° température d'émission de l’urine, ces sels n’exercent aucune action sur l’urée, il en est de même de la chaux, de la magnésie, du carbonate de soude. Si donc on détermine dans le vide, à cette tempé-

rature relativement basse, l’ébullition de l'urine en pré-

sence d’un lait de chaux, on peut opérer avec succès et

en peu de temps le déplacement de l’ammoniaque.

C’est après avoir résolu cette question que Boussingault

inventa son appareil, dont voici la description :

- (€ L'appareil dont j'ai fait usage dans mes expériences »

dit Boussingault, » se compose d’un ballon A de un

litre de capacité. et maintenu par un support B dans

l’eau d’une petite chaudière fixée sur un fourneau.

Le ballon a le col traversé parallèlement par deux

tubes. L’un droit d pénètre jusqu’à quelques milh-

mètres du fond: au boutdece tube estajustéun robinet R.

L'autre tube d'est plié à angles droits, afin d'aboutir

à l'acide titré contenu dans l'éprouvette E, d’où part

un tube muni d’un robinet R7, qui, selon qu'il est

ouvert ou fermé, établit ou intercepte la communica-

tion de l’appareil avec une cloche H posée sur le plateau

d’une machine pneumatique et servant de réservoir de vide. Les orifices du ballon et de l’éprouvette sont

liés aux tubes qui les traversent, par des manchons

en caoutchouc, renforcés soit par des lièges, soit par

des lames de plomb, pour empêcher les affaissements

qu'occasionnerait la pression antérieure lorsque l’appareil serait vide d'air. (Pour la fig. voir le mémoire de Boussingault). 5

« Voici comment on opère: L’éprouvette E contient 10cc. d’acide titré ; elle plonge dans un vase de verre F

servant de réfrigérant, et dans lequel on à soin d’entretenir de l’eau à une assez basse température (pour accélérer l'opération). La chaux hydatée étant

ÆR A

introduite dans le ballon, on monte l'appareil et on laisse ouvert le robinet R du tube droit d. Le robinet R’ est fermé; le vide est fait dans la cloche H. On place sur le robinet R un petit tube G, faisant office d’entonnoir, et dont l’extrémité inférieure, effilée en pointe, traverse le trou de la douille, afin de porter la dissolution de sel ammoniac (ou l'urine), dans le tube de verre d. À l'instant où l’on verse cette disso- { lution dans lentonnoir G, et mieux encore un peu avant cet instant, on ouvre en partie le robinet R’, en ( communication avec le vide H, de manière. à déterminer une forte aspiration dans le tube d. La dissolution pénètre dans le ballon avec une grande vitesse ; quand elle est introduite on lave le vase qui la contenait et l’on ajoute les eaux de lavages. On retire l’entonnoir G pour fermer KR et on ouvre entièrement l’autre robinet R’: on fait le vide. Si le bain marie. est à 35° ou 40° le liquide entre très promptement en ébullition : on ferme alors R’ et si l’éprouvette conte- - nant l’acide est plongée dans de l’eau froide, l’ébullition se soutient et le liquide vient se condenser en E. La distillation est rapide, et bientôt il ne reste plus € dans le ballon qu'un résidu sec. L'opération est terminée, il n’y a plus qu'à faire passer dans l'acide jusqu'aux dernières traces des vapeurs ammoniacales répandues dans l'appareil. On fait rentrer l'air très lentement par le robinet R; ensuite on établit graduellement la communication avec la cloche vide H ; enfin, pour compléter le balayage, on donne quelques coups de piston avec la machine pneumatique. Puis on procède à la détermination du titre de l'acide E ».

Voici quelques remarques que je crois utiles au sujet

de la construction et du maniement de cet appareil :

J'aifait traverser le bouchon du ballon À par un tube F ; l'extrémité inférieure de ce tube dépasse à peine le bouchon et son extrémité supérieure porte un tube de caoutchouc fermé par une pince. Ce tube permet de faire rentrer l’air dans l'appareil, sans ouvrir le robinet . R du tube d. L’extrémité inférieure de ce dernier plongeant dans le liquide résiduel, peut déterminer, quand on fait rentrer l’air, la formation d’une mousse qui remplit le ballon et peut passer dans l’éprouvette E.

Quand on distille l'urine il se forme souvent une mousse épaisse qui passerait dans le tube d’ si on n’y remédiait, il suffit d'ajouter un peu de paraffine ou de vaseline. Pouréviter cet inconvénient Würster a aussi modifié l'appareil de Boussingault. Il prend deux ballons, l’un contenant l'urine et l’alcali, est maintenu immédiatement au-dessus de l’eau chauffée à 50°, lesecond ballon relié au précédent par un tube de verre, plonge entièrement dans l’eau pour que l’écume produite puisse s’évaporer immédiatement.

Pour diminuer la durée de l'opération, on peut intercaler entre le ballon A et l’éprouvette E un réfrigérant, et placer l’éprouvette E dans un rapide courant d’eau froide ou dans de l’eau glacée. Cependant la distillation doit être ménagée de telle sorte, que les bulles de vapeurs traversent assez lentement l'acide, pour que l’Az H° qu’elles renferment puisse être retenue par celuici. L'opération pourra aïnsi demander environ une

heure. Mes expériences m'ont montré qu'il n'est pas nécessaire de distiller tout le liquide ; les 2/3 suffisent.

Il convient également de choisir l’éprouvette E assez grande, pour que le volume formé par l'acide libre et le liquide distillé ne puisse jamais atteindre le tube R. Il est même bon de faire suivre ce tube, à l'exemple de Nencki et Zaleski, d’un petit flacon vide, qui doit rester sec pendant toute la distillation, sinon on le laveraitavec . un peu d'eau distillée, que l'on ajouterait à l'acide titré.

La machine pneumatique n’est plus d’un usage courant dans les laboratoires, il est d’ailleurs facile de la remplacer par une trompe, et de manœuvrer avec celle ci comme plus haut. Il est commode de conserver le réservoir de vide, en remplaçant la cloche par un grand flacon bitubulé. Si, pourune cause quelconque, la trompe ne fonctionne pas régulièrement, il convient pour empécher l'acide E de passer dans le ballon À par suite de la différence de pression, d’intercaler entre la trompe et l’appareil le dispositif suivant ; on prend un flacon contenant du mercure, et fermé par un bouchon traversé par deux tubes verticaux, l’un dépassant à peine le boùchon, communique avec la trompe, l’autre, plongeant jusqu'âu fond du mercure, à une longueur d'environ un mètre, ilest en relation avec le réservoir de vide. Si l'effet de la trompe vient à s'arrêter, le mercure monte plus ou moins dans ce second tube et il n’arrive aucun incident.

Le lait de chaux que j'ai employé dansmes expériences pour chasser l’Az H”°, contenaitenviron 7-8 gr. de chaux

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