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L'amour au dix-huitième siècle

sacrée qui a les raffinements de formules de ces idiomes qu'inventent ou S'approprient les dévotions rigides . ferventes et pleines de pratiques.

Elle cache la matérialité de l'amour avec l'immatérialité du sentiment, le corps du dieu avec son âme.

Jusqu'au xviii* siècle, l'amour parle, il s'empresse, il se déclare, comme /il tenait à peine aux sens et comme s'il était dans l'homme et dans la femme une vertu de grandeur et de générosité . de courage et de délicatesse. Il exige toutes les épreuves et toutes les décences de la galanterie . l'application à plaire, les soins, la longue volonté.

le patient effort, les respects, les serments, la reconnaissance, la discrétion. Il veut des prières qui implorent et des agenouillements qui remercient, et il entoure ses faiblesses de tant de convenances apparentes^ ses plus grands scandales d'un tel air de majesté, que ses fautes . ses hontes même, gardent une politesse et une excuse, presque une pudeur. Un idéal ^ dans ces siècles . élève à lui l'amour, idéal transmis par la chevalerie au bel-esprit de la France, idéal d'héroïsme devenu un idéal de noblesse.

Mais au xviii'^ siècle, que devient cet idéal ? L'idéal de l'amour au temps de Louis XV n'est plus

ue le Désir, et V Amour est la

J^olupté! cest tout le xviii^ siècle.

Il respire la volupté . il la dégage. La volupté est l'air dont il se nourrit et qui l'anime. Elle est son atmosphère et son souffle. Elle est son élément et son inspiration, sa vie et son génie. Elle circule dans son cœur, dans ses veines, dans sa tête. Elle répand l'enchantement dans ses goûts, dans ses habitudes, dans ses mœurs et dans ses œuvres. Elle sort de la bouche du temps, elle sort de sa mail

sede. elle est sa Fée. sa Aluse, le caractère de toutes ses modes . le style de tous ses arts; et rien ne demeure de ce temps, rien ne survit de ce siècle de la femme, que la volupté n'ait créé, n'ait touché, n'ait conservé, comme une relique de grâce immortelle . dans le parfum du Plaisir.

La femme alors n'est que volupté.

La volupté l'habille. Elle nii met aux pieds ces mules qui balancent la marche. Elle lui jette dans les cheveux cette poudre qui fait sortir, comme d'un nuage . la physionomie d'un visage, l'éclair des yeux, la lumière du rire. Elle lui relève le

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teint, elle lui allume les Joues avec du rouge. Elle lui baigne les bras avec des dentelles. Elle montre au haut de la robe comme une promesse de tout le corps de la femme; elle dévoile sa gorge, et Von voit, nonseulement le soir dans un salon, mais encore tout le Jour dans la rue. à toute heure, passer la j emme décolletée, provocante, et promenant cette séduction de la chair nue et de la peau blanche qui dans une ville caressent les yeux comme un rayon et comme une Jleur.

L'habit et le détail de l'habit de la jemme. la volupté l'invente et le commande . elle en donne le dessin et

le patron, elle V accommode à l'amour, en faisant de ses voiles mêmes une tentation. Parures et coquetteries .

elle les baptise de noms qui semblent attaquer le caprice de l'homme et

^ . aller au-devant de ses sens.

'\'m\ Ainsi parée par la volupté j. la

femme trouve la volupté partout autour d'elle. La volupté lui renvoie de tous les cotés son image, elle multiplie sous ses yeux ses formes galantes comme dans un cabinet de glaces. La volupté chante, elle sourit, elle invite par les choses muettes et habituelles de l'intérieur de la femme, par les ornements de l'appartement^ par le demi-Jour de l'alcove. par la

douceur du boudoir, par le moelleux des soieries, par les réveilleuses de satin noir dont le ciel est un grand miroir. Elle étale sur les panneaux des aventures toujours heureuses, qui semblent bannir d'une chambre de femme les rigueurs même enpeinture.

Et. tenant la femme dans une odeur d'ambre . elle la fait vivre . rêver, s'éveiller au milieu d'une clarté tendre et voilée, sur des meubles de langueur conviant aux paresses molles, sur les sofas, sur les lits de repos ^ sur les duchesses où. le corps s'abandonne si joliment aux attitudes lasses et comme négligées, où la jupe, se relevant un tant soit peU; laisse voir

un bout de pied, un bas de jambe.

U imagination de la volupté est l'imagination de tous les métiers gin travaillent pour la femme, de tous les luxes qui veulent lui plaire. Et la femme sort-elle de ce logis où tout est tendre, coquet, adouci, caressant, mystérieux? La Volupté la suit dans une de ces voitures si bien inventées contre la timidité . dans un de ces vis-à-vis où les visages se regardent^ où les respirations se mêlent, où les jambes s'entrelacent^.

La femme se répand-elle dans les sociétés? Causerie, propos aimables^ équivoques ^ compliments, anecdotes .

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