ACTE PREMIER
emma, souriant.
Rien qu'un peu ?
RAPHAËL
Eh! eh!... Si on ne l'avait pas chargé d'une mission en Italie, je crois que nous aurions en ce moment un cousin célèhre. Mais, quand il est revenu de voyage, le régiment avait changé de garnison.
EMMA
A quoi tiennent les parentés !
AGNÈS
Tous nos amis ne tournent pas si bien. Quelle consternation en apprenant l'histoire du pauvre jeune Méran !
emma, vivement.
Que lui est-il arrivé?... Il y a des siècles qu'on ne le voit plus !
Savez-vous pourquoi?... Il faisait la fête, oh! mais là, ce qui s'appelle la fête. En deux ans, il a mangé une fortune respectable et s'est trouvé réduit à la misère noire, logé dans un galetas, sans vêtements et sans pain. Il y a quelques jours, des voisins, passant devant chez lui, ont entendu des gémissements. La porte était fermée à clef, on l'a enfoncée. Il râlait. ..
AGNES
Tu oublies d'ajouter qu'une odeur suti'oeante prenait à la gorge.
RAPHAËL
Bref, il s'était suicidé avec un réchaud à charbon, allumé au milieu de la chambre.
EMMA
Il est mort?
RAPHAËL
.Non, par bonheur, on est entré à temps.
EMMA
Qui vous a donné ces détails ?
AGNÈS
Le Figaro d'il y a trois jours... Vous ne lisez doncpas les faits divers ?
EMMA
Je les dévore... Quand il y a un noyé ou un pendu, je savoure son histoire, mais je ne prends pas garde à son nom. C'est une faute, il faut savoir où passent les personnes de connaissance.
RAPHAËL
Eh bien, vous supportez paiement l'infortune de vos amis !
EMMA
Il y a mieux à faire qu'à se lamenter. Avez-vous son adresse? Si on l'abandonne, il va recommencer.