SCÈNE IV
GABKIELLK, EMMA EMMA
La leçon ? Pas si bète ! Mais on va te démasquer. Je sais pourquoi, cette semaine, tu m'évitais coiiime la peste, et ne daignais pas répondre h mes lettres. Tu méditais une sottise... C'était si amusant de me la dire, que tu n'aurais pas résisté à cinq minutes de tête à tête, mais je me serais récriée surl'énormité de l'imprudence, et tu n'en voulais voir que le bon côté!... Aujourd'hui, la sottise est faite, et tu peux la raconter sans courir le risque d'un sermon, hein ?
Va toujours !
EMMA
Je sais qui tu attends tout à l'heure.
GABRIELLE
Oh ! par exemple 1
EMMA
Ton excellent oncle vient de te trahir bien innocemment... Tu attends un jeune homme 1res malheureux, qui a essayé de se suicider dernièrement.
GABRIELLE
Comment l'oncle a-t-il pu?
EMMA
Rassure-toi; il n'a pas le moindre soupçon... Sa
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femme et lui sont de saintes âmes par trop faciles à mettre dedans. Le ciel bleu n'est pas assez haut pour leurs envolées^ et pendant qu'ils planent, tu as beau jeu ici-bas. Moi qui habite des régions moins éthérées, j'y regarde de plus près. Quand une toquée de ton espèce imagine de savantes combinaisons pour secourir, sans riiumilier, un misérable assez séduisant, mon opinion est faite.
GABRIËLLE
Je me rappelle t'avoir confié, étant jeune fîlie, que Charles Méran no ni'était pas antipathique. Voilà qu» rend ta clairvoyance moins miraculeuse.
Ainsi, tu avoues...
GABRIËLLE
Promets que tu t'en iras dès qu'il viendra et je me confesse.
EMMA
Compte sur mon tact.
GABRIËLLE
T'es-tu jamais doutée des raisons qui m'ont fait épouser M. de Guimont?
EMMA
Jentrevoîs bien pourquoi je l'auraû» épousé, moi. Toi, cela m'af^uni moins limpide.
(iÂBRIELLE
Je l'ai pris par dépit, parce que je croyais aimer un homme qui ne se souciait pas de moi.
EMMA
Charles Méran?... Je croyais T aimer est îoli.
gâbrielle
C'est exact !... Evidemment, je le distinguais des autres... Sa personne m'était assez indifférente, mais son regard!... Jamais nos yeux ne se sont rencontrés sans que je ne me sois sentie conquise !... Je voyais au fond des sieus comme une détresse, un besoin d'affection, une prière d'accourir à son aide... Pourtant, il passait pour vivre joyeusement ; rien de ce qu*on en disait n'inspirait la pitié... N'importe, mon cœur le prenait sous sa protection.
Je croyais l'aimer devient exquis.
GABRIELLE
Pas si vite! Pendant un bal, je lui ai fait comprendre^ avec une fougue toute juvénile, que s'il me voulait pour femme, il ne tenait qu'à lui... Nous dansions... j'étais serrée contre sa poitrine, et tout en murmurant mon aveu, je guettais ce regard qui m'émouvait tant... Hélas !... à mesure que je parlais, les yeux si remplis de détresse, les yeux qui mendiaient le dévouement d'une âme, les yeux qui m'ensorcelaient, n'exprimaient plus que la surprise et l'ennui.