‹ L'amour brode: pièce en trois actesChapitre 44 sur 67 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

6ABRIELLE, triomphante.

Votre serment, qu'en faites-vous?...

CHARLES

Je tiens ma parole, comme vous respectez la vôtre... Elle n'a jamais cessé de m'aimer !... La voilà sa parole I... Partez !... je ne vous verrai plus !...

GABRiELLE, très énergique.

Je reste !

CHARLES, avec une lueur d espoir devant cette résolution.

Que ce soit alors pour dire que rien n'est arrivé !... Oh! dites-le, je vous en conjure !... N'est-ce pas, yous voulez vérifier jusqu'où ira mon dévouement?... On lit cela dans votre regard !... Oui, oui, au lieu d'exprimer de la honte comme si vous étiez une créature perdue, le voici qui s'éclaire, et... non, je ne me trompe pas!... il devient presque joyeux!...

GABRIELLE

Charles, je suis contente... parce que vous témoignez enfin un peu d'incrédulité devant ma faute... Voilà tout!

CHARLES

Alors c'est la vérité! Ah que j'ai été crédule ! Je regrette, non pas d*avoir cru trop vite à vos abominations,, mais d'avoir précieusement recueilli les belles paroles d'autrefois !... II n'y a pas à dire, vous aviez l'art de me convaincre !... Comme vous m'aimiez !...

70 L'AMOCa BRODK ,

Comme j'étais seul capable ici-bas de touclier ce cœur... qui déjà, sans doute, était à un autre 1... Je me rappelle tout... absolument tout!... et c'est affreux ! (// tombe sur le lit et sanglote^ la figure dans l'oreiller,)

GABRiELLE, à elle-même^ le regardant.

Pourquoi n'a-t-il pas persisté une seconde à me croire innocente, je tombais dans ses bras I ... Pauvre petit Charles I... Ah ! tant pis, je garderai des doutes, mais je ne puis pas le voir souffrir ainsi!... [Elle s'agenouille devant lui.) Charles !... (// reste immobile.) Vous ne voulez pas m'entendre? {Pas de réponse.) Ce n'est pas bien cruel, ce qui me reste à dire!...

CHARLES se lève^ très maître de lui.

Vous n'avez plus besoin de rien dire ! J'ai réfléchi qu'il existe un moyen de vous servir sans ignominie. Ma résolution est prise : vous ordonnez et j'obéis comme un pauvre animal fidèle !... 11 ne me viendra plus un mot de reproche Je ne saurai jamais comment vous ayez pu faillir Vous restez âmes yeux

la femme digne de tous les respects, celle dont l'affection me semblait sainte au point que j'éprouvais une espèce de remords lorsque je baisais la main si pure qu'elle me tendait... Voyez, vous m'accusiez d'être orgueilleux, et pour vous sauver j'oublie toute vanité. Je n'essaye pas de réfléchir à ce que vous penserez. Je consens à tomber bien bas, ménie dans

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votre estime, pourvu que j'atteigne le plus haut sommet du dévouement !

GABRIELLE

Ne parlez pas de tomber bien bas : je vous vois si grand!... Il ne doit subsister entre nous aucune idée d'avilissement. Je reste à vos yeux digne de tous les respects : vous l'assurez sans savoir à quel point cela me touche ! Et pour vous payer de retour, apprenez que jamais que jamais je n'ai été plus fière

de mon choix I Deux êtres également éprouvés, destinés à périr isolément, s'unissent. Leurs âmes se devinent, le monde ignore... CharbîS, prenez ma main... et pour toujours î

CHARLES passe sans prendre la main.

Vous vous trompez absolument!... Je vous sauve, c'est entendu, mais sans espoir de récompense ! Me croyez-vous donc incapable d'un sacrifice désintéressé?... Non, Gabrielle, je ne veux pas d'un bonheur dont je pourrais rougir... Prenez mon nom, et dispensez-vous de me garantir une délicieuse existence.

GABRIELLE, SOUriaUt.

Charles, méfiez vous des exagérations qui vous jouent parfois de mauvais tours...

CHARLES

Ah pensez de moi ce qu'il vous plaira, cela* m'est égal en ce moment, tant je suis certain qu'un jour

li i/amour brode

vous me rendrez justice. Accusez-moi d'exagération, <îela ne m'empêche pas de répéter le front haut qu'en vous épousanljan'accepte aucun déshonneur!... Oui, je ne verrais pas la fin de cette journée, si vous n'aviez pas besoin que je dure encore... J'attendrai, puisque cela vous facilite l'existence. Mais dès que votre réputation sera sauvegardée par le mariage, je «uis résolu à disparaître. Ce matin je n'avais pas autre chose à faire, il n'y a rien de changé ce soir, sinon que vous utiliserez mon supplice.

GABRIELLE

Charles, je vous en supplie, laissez ce ton fatal ! C'est terrible, depuis que vous m'avez trompée, les grands mots me paralysent.

CHARLES

Croyez-ifnoi... ne me croyez pas... L'avenir est làl...

GABRIELLE

Je n'ai qu'à m'incliner... à regret... Mais vous tenez à être sublime, ayez une bonne fois cette satisfaction. D'autant qu'à force d'annoncer de formidables résolutions, vous me donnez la curiosité d'en voir exécuter une. Et pour que rien ne nous dérange, je propose d'aller faire une retraite à la campagne. Là-bas nous pourrons nous étudier à Taise, en rivalisant, vous de générosité, moi d'égoïsme. Me suivrezvous?

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