QUE LA ROBE DE BÉNÉDICTIN GACHE SOUVENT DBS BLESSUBES MORTELLES
A cet instant, la solennité des débats fut singulièrement troublée par l'apparition d'un spectateur inattendu. Tous les regards se tournèrent vers le nouveau venu, qui n'avait pas Tair de rechercher le bruit; il ne venait pas là pour se metlre en spectable. C'étaîtl un bénédictin jeune encore, mais pâle à faire pitié. Était-ce le jeâne ou la passion qui Tavaient ravagé ainsi? Il y avait dans ses traits, sous un masque d'humilité» une certaine fierté noble et digne qui accusait! de la naissance, de l'esprit ou de la douleur. Quoique la foule fût très-pressée, il la traversa sans exciter trop »de murmures; il s'arrêta à vingt pas de Marie de Jo jsd, la contempla d'un doux et triste regard, s'appuya sur la grille qui séparait les juges des curieuix, pencha le front en soupirant et parut se recueillir.
Marie, très-émue par la scène terrible ou elle vena^ de se voir si amèrement accusée par ses enfants» ne prit pas garde de prime abord à cette nouvelle figure qui venait varier encore la galerie des curieux ; mais, peu! à peu ayant tourné ses yeux voilés d'une larme, elle tressaillit à la vue du bénédictin. Henri Thomé, qui lai regardait alors à la dérobée, fut surpris de sa pâleur
[soudaine ; par son air inquiet, il sembla lui en demander |la cause. Quoiqu'elle eût toujours les yeuï fixés sur lui, elle ne prit pas garde à cette inquiétude : elle continua d'observer le bénédictin, qui semblait lui rappeler de terribles souvenirs.
— Si c'était lui ! dit-elle tout effrayée et toute [joyeuse. Si c'était luil
Elle passa ses mains sur ses yeux, comme pour s'assurer qu'elle ne dormait pas ; que tout ce qu'elle voyaiî, ses enfants qui la maudissaient au nom de leur père sans verser une seule larme, ces juges qui faisaient tant «le bruit autour d'elle et pour elle, ces curieux si bien parés qui se croyaient presque à la comédie, ce bénédictin dont la figure lui bouleversait le cœur, n'était pas on des songes étranges de la prison.
— Je ne rêve pas, dit-elle, mais ce n'est pas lui. Doù vient et pourquoi vient cet homme?
Cependant les débats se poursuivaient avec ardeur. Je reproduis les passages curieux du plaidoyer de M* Fourï^er, qui mérite d'être remis en lumière. Ceux de mes lecteurs qui n'aiment pas les avocats seront libres de passer outre.