DÉDICACE
0 Femme, que tu sois plébéienne ou princesse. En dévoilant Vamour, je te cherche où tu es^. Ton cœur est le roman que je relis sans cesse, Je ne te connais pas, mais je t^aime ou te hais,
Tai secoué pour toi V arbre de la science
Lis ce livre, ou plutôt cherche ion cccur dedans.
Sur Vespalier d*Éros, si ta luxuriance
Est mûre, ouvre la bouche et mords à belles dents,
Cest la n^oralité. Mais pourtant, si V angoisse Des belles passions t*a pâlie un matin. Abandonne Vénus et change de paroisse ; Aime r amour pour Dieu, c*est encor plus certain.
Si V image de Dieu sur la terre est visible, Cest sur le front rêveur des filles de vingt ans. Qui ne savent encor lire que dans la Bible, Et rCont que de Pazur dans leurs yeux éclatants.
J'ai reposé mon front sur ton épaule nue Faite du marbre pris à Vénus Astarté; Et, comme on voit le ciel au travers de la nue, J'ai vu ton âme bleue éclairer ta beauté»
IT nEDICÀCS
Bien mieux que Vàube rose annonçant la lumièref Tu m*as ouvert le ciel en répandant sur moi Le blond rayonnement de la beauté première; Je ne voyais pas Dieu; mais je te voyais, toi!
La fraise qui rougit et tombe sur la mousse, La pêche mûrisscdnt sur Vespalier qui rit, iront pas de tor& plus vifs ni de sesiteur plus douce Que la double colline oit notre amour fleurit.
La neige que Vhiver sème dans la vallée
Est moins blanche et moins rose aux derniers feux du jour
Que ton flanc charte et doux quand, tout échevelée,
Vn rayon amoureux te baise avec amour.
La grenade qui iouvxe çiux soleils d'Italie Kest pas si gaie encore à mes yeux enchantés Que ta lèvre çf^^lr" ouverte, ô ma belle folie! Oit je bois à longs trait$ le vin des voluptés.
La biche qui s'enf^t à trçivers la ramée Quand elle entend qu bok la chaçse et se$ grands pruits fie court pas aussi vite., Ô pâle bien-ajirnée l t
Quel mes désirs courant à tu brançJiç df fm^-
Mais pourtant, quand tes yeuf, mot Pai^q 4'ivnesse, Se tournent vers le ciel d*Qii mpnc(s^r est bqrinj,^ Je dépasse Vamout, 0 belle charnieresse! Et mm ^nt§ en chàntqrii monte y^rs Vin^ni.
L'ARBRE DE LA SCIENCE
n était une fois une bonne vieille qui portait d'une main une cruche pleine d'eau et de l'autre un réchaud tout allumé.
— Où allez-vous, ma bonne vieille?
— Je vais brûler le paradis et éteindre Tenfer, afin que je ne puisse aimer Dieu que pour lui-même.
^ Je ne connais pas une femme capable d'apporter une cruche pleine d'eau et un réchaud tout allumé pour éteindre l'enfer et brûler le paradis de l'amour.
Ce n'est pas l'homme, c'est l'amour qui est aimé pour lui-même.
Les anciens ont représenté Vénus toute nue, non pas seulement parce qu'elle était belle ainsi, mais parce que Famour n'a rien de caché pour l'amour.
vous chérissiez plus que Totre époux même! Deux mois se passèrent dans ce combat de Tamour et de la vertu ; vous poussâtes trop loin vos chastes scrupules ; vous ne vous rendîtes pas même après avoir été vain* eue; vous défendîtes jusqu'à la dernière extrémité une virginité mourante ; vous me regardâtes comme un ennemi qui vous avait fait un outrage, non pas comme un époux qui vous avait aimée ; vous fôtes plus de trois mois, que vous n'osiez me regarder sans rougir ; votre air confus semblait me reprochei' l'avantage que j'avais pris; je n'avais pas même une possession tranquille; vous me dérobiez tout ce que vous pouviez de ces charmes et de ces grâces; et j'étais enivré des plus grandes faveurs, sans en avoir obtenu les moindres.
« Si vous aviez été élevée dans ce pays-ci, vous n'auriez pas été si troublée , les femmes y ont perdu toute retenue, elles se présentent devant les hommes à visage découvert, comme si elles voulaient demander leur défaite ; elles les cherchent de leurs regards ; elles les voient dans les mosquées, les promenades, chez elles-mêmes; l'usage de se faire servir par des eunuques leur est inconnu ; au lieu de cette noble simplicité et de cette aimable pudeur qui règne parmi vous, on voit une impudence brutale, à laquelle il est impossible de s^accoutumer.
ce Oui, Roxane, si vous étiez ici, vous vous sentiriez outragée dans l'aiTreuse ignominie où votre sexe est descendu, vous fuiriez ces abominables lieux, et vous soupireriez pour cette douce retraite, où vous trouvez l'innocence, où vous êtes sûre de vous-même, où nul
péril ne vous fait trembler, où enfin vous pouvez m'aimer sans craindre de perdre jamais Tamour que vous me devez.
«r Quand vous relevez Féclat de votre teint par les plus belles couleurs, quand vous vous parfumez tout le corps des essences les plus précieuses, quand vous vous parez de vos plus beaux habits, quand vous cherchez à vous distinguer de vos compagnes par les grâces de la danse et par la douceur de votre chant; que vous combattez gracieusement avec elles de charmes, de douceurs et d'enjouement, je ne puis pas m'imaginer que vous ayez d'autre objet que celui de me plaire; et, quand je vous vois rougir modestement, que vos regards cherchent les miens, que vous vous insinuez dans mon cœur par des paroles douces et flatteuses, je ne saurais, Roxane, douter de votre amour.
a Mais que puis-je penser des femmes d'Europe? L'art de composer leur teint, les ornements dont elles se parent, les soins qu'elles prennent de leur personne, le désir continuel de plaire qui les occupe, sont autant de taches faites à leur vertu, et d'outrages à leur époux.
« Ce n'est pas, Roxane, que je pense qu'elles poussent l'attentat aussi loin qu'une pareille conduite devrait le faire croire, et qu'elles portent la débauche à cet excès horrible, qui fait frémir, de violer absolument la foi conjugale ; il y a bien peu de femmes assez abandonnées pour porter le crime si loin ; elles portent toutes dans leur cœur un certain caractère de vertu, qui est gravé, que la naissance donne, et que l'éducation af- &iblit, mais ne détruit pas ; elles peuvent bien se re'
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cher des devoirs «xtérieurs que la pudeur eiige ! mais^ quand il s'agit de faire lei dernière pas, la nature se révolte. Aussi, quand nous vous enfermons si étroitement, que nous vous faisons garder par tant d'esclaves, que nous gênons si fort vas désirs lorsqu'il^ ▼oient trop loin, ce n'est pas que nous craignions la dernière infidélité, niais c'est que nous savons que 1% pureté ne saurait être trop grande, et que la moindre tache peut la corrompre. »
Comme nous avons mi^ des robes à nos phrase depuis M. le président Secondai; de Montesquieu t
Si l'amour dénoue la ceinture de 1^ vertu, c'est qu'il sait que Tenvers de sa robe n'est pas de h même étoffe que rendroil:. L'amour s'habille tpigours a^ec la doublure.
Quand on joue à l'amour avec une femme, il faut bien cacher ses cartes.
C'est avec la courtisane qu'on apprend à oonnattre la femme vertueuse; c'est avec la femme vertueuse qu'on apprend à connaître la courtisane. Toutes les deux ont leur roman écrit par l'amour : l'amour divin et l'amour profane. Mais où s'arrête Tamour divin? OA commence l'amour profSine? Tout est dans tout.
Pascal ne dérendaii-il pas à sa sœur de caresser ses enfants? Madeleine, toute souillée encore des orages de la volupté, ne donnait-elle pas un baiser virginal au pied de la croix?
Une femme d'esprit disait : «c Est-ce bien vrai ce mensonge-là?» En effet, les femmes ont si bien brouillé le mensonge avec la vérité, qu'il y a toujours dans leurs mensonges un peu de vérité, et dans leurs vérités un peu de mensonge.
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