‹ L'amour dans la poésie françaiseChapitre 36 sur 74 · CHANSON M · texte numérisé non relu

CHANSON M

J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse C'est perdre en désirs le temps du bonheur?

Il m'a répondu : Ce n'est point assez, Ce n'est point assez d'aimer sa maîtresse; Et ne vois-tu pas que changer sans cesse Nous rend doux et chers les plaisirs passés?

J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez de tant de tristesse? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse C'est à chaque pas trouver la douleur?

Il m'a répondu : Ce n'est point assez, Ce n'est point assez de tant de tristesse ; Et ne vois-tu pas que changer sans cesse Nous rend doux et chers les chagrins passés?

[Premières Poésies.) Alfred de Musset.

(1) L'impalpable musique, qui devait vers la fin du siècle faire l'originalité de toute une pléiade de poètes, est déjà en germe dans cette mélancolique cantilène au rythme monotone, aux reprises lancinantes.

Nous l'avons fait précéder, pour les raisons que l'on devine, de la Xuit d'Octobre (1837), bien qu'elle soit bien antérieure et date de 1831.

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