LA CONSOLATION
Je l'apporte en pleurant mon âme de ce soir :
On Ta blessée ! On Ta blessée !
Toi qui m'aimes, berce-moi contre toi,
Berce-moi, peureuse et tassée, Et sur ta large épaule où je me sens si bien,
Garde-moi sans me dire rien.
Il fait bon contre toi quand je souffre... Ah ! qu'importe Que je souffre ! Ou plutôt tant mieux ! Ta douce et forte Et si chaude poitrine en est meilleure encore, Car voici qu'alanguie et toute morte De tendresse mon âme amère s'y endort Comme un petit enfant sur le bras qui le porte.
[Horizons.) Lucie Delarue-Mardrus.
Fasquelle, édit.
La poésie de Mme Mardrus est dune constante sensualité, sensualité de tous les sens, que le moindre spectacle, le moindre événement affecte et qui trouve matière à inspiration dans les plus quelconques objets. Les plus petits phénomènes naturels l'impressionnent assez pour susciter en elle quelques strophes sans ampleur peut-être, mais vibrantes néanmoins. Mme Lucie Delarue-Mardrus n'a pas proprement chanté l'amour mais plutôt et passagèrement les mille et fugitifs frissons qu'il suscite. Cette petite pièce la Consolation fixe, mieux qu'aucune autre, la passivité de cette nature féminime qui se conduit dans la vie et dans la poésie avec des gestes d'animal précieux et parfaitement inconscient.
Ogg LKS CONTEMPORAINS