DIRECTEUR DE L'IMPRIMERIE NATIONALE
Monsieur le Directeur^
J'ai l'honneur de vom dédier ces quelques pages j écrites en souvenir de mes levures, sorte de cantique en prose dans lequel f ai enchâjié votre nom re^e^é.
J'ambitionne aujourd'hui pour ces pages j moi qui n'ai jamais senti l'éperon blej^ant de l'ambition, — ni même le désir de la plus simple mise au point de mes œuvres, ni de mes a^eSj — j'ambitionne vos superbes cara^eres des fontes Garamond e^ votre incomparable papier du Japon.
Quand les modèles prennent du galon, il leur en faut plus d'une aune. Le cœur hu-
— 5-?«( lO )*<:-$ —
main eff ainsi bâtij quil ne peut pas rester dans la mesure j parfois en deçàj souvent au delà, ^t je ne veux pa^ être une exception à la règle.
V^ing^-cinq exemplaires me suffiront; e^ puij^e le Temps j le Seigneur (ô^ le Maître ^ le suprême clapficateur du mérite j re^e^er votre nom, e^ me faire bénéficier, par surcroît, de toutes ses indulgences e^ de toutes ses tendrefïes!
Veuille'^ me croire, Monsieur Arthur Chriffian, avec une ajfeâueme (ô^ sincm reconnaif^ancCj
Votre très humble (ô^ fiducie serviteur,
Léon-Félix de Labessade.
Un livre, quoique absent, est quand même présent à notre mémoire; c'est un ami qui ne nous quitte pas.
Chateaubriand.
Comment parler du Livre sans remonter sommairement à Gutenberg? Et comment, d'autre part, aborder ce sujet sans consulter les Origines de l'Imprimerie en France ^ les Conférences faites au Palais du Trocadéro & au Petit Palais des Champs-Elysées 5 le 25 juillet & le 17 août 1900 5 par M. Arthur Christian, Dire£leur de l'Imprimerie nationale? Son livre, bien que d'une modeste étendue, n'a cependant rien laissé dans l'ombre 3 toutes les questions y sont abordées & résolues avec la compétence que l'on devine. La langue, sobre, châtiée, concise & d'une grande clarté, est celle qui convenait à des pages de cette nature.
Je dois, un de ces jours, rendre compte de l'œuvre de M. Arthur Christian, & ce sera pour moi un véritable bonheur de pouvoir ainsi lui payer, au moins en partie, ma lourde dette d'amitié & de reconnaissance. Le cadre qui m'est assigné dans ce petit livre ne me permet pas de m'étendre sur la Lettre de M. Léon Bourgeois, écrite avec tout le sentiment du beau, avec l'autorité qui s'attache à la parole d'un ancien Grand Maître de l'Université de France, ni sur l'Introduftion de M. Louis Herbette, dans laquelle on trouve des pages qui resteront à l'immortel honneur de l'Imprimerie & du Livre. Je le regrette très sincèrement 3 mais il faut savoir se borner :
Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire.
Au début de sa deuxième partie, M. Arthur Christian s'exprime ainsi :
Honneur à Gutenberg ! C'est celui que la tradition populaire & les faits désignent comme le véritable inventeur de l'art pratique de l'imprimerie. De toutes les inventions que le génie de l'homme a créées, aucune n'a plus contribué à son émancipation intelleftuelle que l'imprimerie, manifesta-
tion matérielle de la pensée humaine dans le monde entier, à travers les siècles.
Dès les temps les plus reculés, l'homme s'est efforcé de fixer la pensée & la parole par des moyens artificiels.
Les hiéroglyphes & les lettres de l'alphabet ont été les premiers signes employés. L'écriture, qui en a été le développement naturel, s'est perpétuée à travers les âges. La parole vole, les écrits reBent.
Mais ce mode de transmission des éléments qui constituent l'histoire de l'humanité était subordonné à la plume de l'écrivain ou du copiste. La diffusion des lumières de la science ne pouvait s'opérer que très lentement. Quelques privilégiés étaient seuls à en profiter. Des moines, retirés à l'ombre des cloîtres, passaient leur vie à copier des manuscrits qui représentaient souvent des fortunes entières & n'étaient pas à la portée du plus grand nombre.
L'imprimerie, en multipliant rapidement & à l'infini les livres, a changé la face des choses & ouvert des horizons nouveaux; elle a dissipé les ténèbres de l'ignorance , répandu à flots la lumière sur le monde & régularisé la science pour le plus grand profit de tous, sans distin£lion de races, de religions & d'opinions.
Après quelques essais infruftueux à Strasbourg, Gutenberg vint se fixer à Mayence. Là, continuant en secret ses expériences , il finit par surmonter les difficultés matérielles qui l'avaient arrêté jusqu'alors.
La presse remplaçait le frotton des cartiers ; une encre moins fluide & plus consistante , ne faisant plus baver les contours de la lettre & les traits de la gravure, était trouvée. Les caractères en métal résistant, fondus dans des moules, venaient s'aligner régulièrement au lieu & place des lettres en^ bois ou sculptées une à une dans le bois ou le plomb. Plusieurs pages composées & maintenues dans des ais ou châssis s'imprimaient à la fois du même coup de presse. Un repérage parfait permettait d'imprimer les autres pages correspondantes au verso. Le problème, si longtemps cherché, de la multiplication illimitée du Livre, était enfin résolu. L'imprimerie était inventée.
Ce fut une véritable révolution ^ le moyen âge , sur le point de disparaître, laissait entrevoir l'aurore de la Renaissance & des temps modernes. La presse allait devenir le levier le plus puissant & conquérir le monde.
On a cherché à ternir la gloire de Gutenberg en prétendant qu'il n'avait rien inventé & que l'imprimerie était connue longtemps avant lui. Mais un témoignage formel, découvert il y a quelques années seulement, le proclame l'inventeur de la véritable typographie & coupe court à toute discussion.
Les premiers imprimeurs venus des bords du Rhin à Paris, en 1470, Ulrich Gering, Michel Friburger et Martin Crantz, déclarent en pleine Sorbonne que c'est un nommé Jean, dit Gutenberg,
qui autrefois, le premier de tous, aux environs de Mayence, a inventé l'art de l'imprimerie, avec lequel ils font présentement des livres, non avec la plume, mais avec des lettres de métal.
Ses titres à la plus pure gloire sont établis d'une manière irréfutable par M. Arthur Christian. Oui, ce fut bien Gutenberg qui jeta les fondements de l'imprimerie 5 ce fut sa persévérance qui lui assura le succès 5 ce fut sa foi qui lui donna & conserva le courage nécessaire à une si haute élaboration.
Uerba volant^ scripta manent, rappelle fort bien l'auteur autorisé que nous citons 5 mais on peut ajouter à ce mot celui d'Hippocrate : Jlrs longa, vita brevls.
La parole vole, les écrits restent 5 l'Art est long, la vie est courte 3 & que de pensées suggèrent ces quatre membres de phrase! Nous ne pouvons que remercier chaudement, avec le sentiment du bienfait reçu, M. Arthur Christian de la démonstration qu'il nous a fournie. Personne, à coup sûr, ne pouvait mieux que lui parler du Livre, car le Livre est sa passion maîtresse & son occupation favorite.
La glorification du Livre est la suite natu-
relie de l'éloge de rimprimerie & de son inventeur. Car l'imprimerie est, dans une certaine mesure 5 la créatrice du Livre.
Si (d'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais un roseau pensant», selon la définition, miraculeusement exafte', du grand génie Biaise Pascal, on peut juger de sa supériorité & mesurer sa grandeur au degré d*amour qu'il porte au Livre. S'il n'a pour lui aucune estime, l'homme est toisé : c'est un inculte, un illettré, une force perdue ^ s'il a, dans les entrailles & dans les mystérieuses profondeurs de son intelligence, une flamme ardente qui brûle en l'honneur du Livre, c'est une unité de l'armée du Droit, c'est un serviteur de la Justice, c'est un soldat des bonnes causes, c'est un répondant de l'Humanité. On ne s'y trompe pas une fois sur cent 5 c'est un critérium & un jugement expérimental. L'observateur peut mettre à l'essai ce mode d'investigation psychique 3 il constatera quelle en est la justesse.
Le Livre, dans sa genèse & dans toute l'ampleur de son mouvement international, est infini comme l'azur où se meuvent les
étoiles : il est profond comme les gouffres insondables de l'Océan.
Un livre nous rappelle une vie humaine consacrée au beau, à la science, au développement harmonieux de l'âme humaine. En veut-on quelques exemples?
Vi6lor Hugo à la place des Vosges ou sur les rochers, célèbres désormais, de l'archipel normand. Jersey & Guerneseyj Hugo adressant à la France, sa mère, des vers comme ceux-ci :
Livre, qu'un vent t'emporte En France où je suis né; L'arbre déracine Donne sa feuille morte.
Et cette feuille morte, la Légende des Siècles, est un des plus beaux fleurons de notre lourde couronne de gloire littéraire 5 il envoyait ce royal cadeau du Génie en attendant ces grandioses funérailles à l'antique : tout un peuple qui suivait le corbillard des pauvres allant par des voies triomphales de l'Arc de Triomphe au Panthéon.
C'est, après ce géant des Lettres françaises, Lamartine à Saint-Point, au château de Mon-
ceau y hélas ! vendu plus tard , quand les revers remplacèrent la fortune opulente dissipée dans les voyages & dans la politique j ou sur le pont de ce navire frété par lui , qui le transportait en Orient, pour admirer les magnificences du désert infini & les ruines, monumentales encore, des splendeurs du passé :
Je n'ai pas navigué sur TOcéan de sable, Au branle assoupissant du vaisseau du désert;
A Gethsémani, où il perdit sa bien-aimée, son adorable Julia, avant de se lancer dans le gouffre béant d'une Révolution, qui devait lui faire boire le calice de toutes les amertumes jusques aux dernières & plus infe£les lies.
C'est Montesquieu, au château de la Brède, s'essayant à buriner une pensée profonde & léguant à l'avenir respeélueux un monument sur les façades duquel courent les arabesques les plus fines, les plus artistement fouillées & laissant sur l'amitié des pages où s'épanouit le cœur, & dans lesquelles on entend résonner le pendule harmonieux d'une conscience impeccable & sereine.
C'est Alfred de Vigny, écrivant son immortel Moïse sous les ombrages enchanteurs de sa retraite ancestrale, tout en gravissant l'échafaud de Cinq-Mars & tout en élevant à la gloire de l'armée française une pyramide qui vivra plus longtemps que les pyramides d'Egypte 5 de Vigny sertissant dans un bloc d'ophir éblouissant le diamant Régent de France, qu'aurait aimé à ciseler un Benvenuto Cellini :
Dieu! que le son du cor est triste au fond des bois!
N'est-ce donc pas encore Béranger, sorti du peuple & l'aimant d'un violent amour, le chansonnier dans son intérieur modeste, composant le couplet alerte, où rit & s'épanche le génie, propagandiste & railleur, frondeur & philosophe, de notre race gauloise.
Et cet autre géant des Lettres françaises, ce Balzac, le puissant écrivain des Jardies, ce lieu pittoresque, doublement illustre parles ananas fabuleux de l'observateur de la Comédie humaine, & par la mort, si douloureusement prématurée, d'un grand patriote, orateur & homme d'aélion, qui sauva, en 1870-1871, tout ce qui
pouvait être sauvé : l'honneur de la France, — Gambetta !
Et toi, ô pauvre Gilbert, quand une belle édition nous rappelle ton charmant & triste souvenir, c'est à l'hôpital que nous te voyons.
C'est qu'en effet tu vins mourir là, sachant trop bien qu'il n'y avait pas de place pour toi
Au banquet de la vie, infortuné convive!
Aussi, quand tu vis la sombre faucheuse s'avancer vers toi, tu chantas, d'une voix harmonieuse encore, pure surtout, ton cantique de reconnaissance :
Ciel, pavillon de Thomme, admirable Nature, Salut pour la dernière fois!
N'étais-tu pas alors en un particulier état de grâce ? N'avais-tu pas écrit :
J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence.
Il a vu mes pleurs pénitents; Il guérit mes remords, il m'arme de constance;
Les malheureux sont ses enfants.
Et Dieu ne t'avait-il pas répondu ces paroles
miséricordieuses que les dédaignés de la Gloire ont tous admirées :
J'éveillerai pour toi la pitié, la justice De Tincorruptible avenir.
Cette parole rédemptrice d'incorruptibilité te fit entrevoir les plus lointains horizons tout flamboyants des réparations de l'avenir 5 & cette gloire d'outre-tombe, la tienne à tous les titres, ô pauvre Gilbert, elle vivra tant que ton vers, impressionniste & impressionnant, ne sera pas lui-même devenu une terrible & lugubre réalité :
Sur les mondes détruits le Temps dort immobile.
Fils de la Grèce, Hellène par ton génie, André Chénier, nous te voyons toujours sur les marches funèbres où tu prononças, en portant la main à ton front souverain, ces mots d'une si déchirante vérité : «Et pourtant j'avais quelque chose là!»
Oui, tu avais là beaucoup de choses que tu voulais nous donner avec des œuvres magistrales où les détails eux-mêmes ont la fermeté du bronze de Corinthe, ce bronze sans re-
touche la moindre, sans bavure aucune : mais tu partageais le sort & la prison de la ieune Captive^ cette Coigny enchanteresse que tu chantas sur le mode Olympique & ApoUonesque, & Notre-DamxC de Thermidor se mettait en marche seulement sur une route semée de frayeurs & d'embûches, les pieds dans le sang, la tête pâlie par d'atroces speélacles : elle n'arriva pas assez tôt! La Mort, cruelle toujours, injuste souvent, capricieuse à l'excès, rcspe£lant la démence des uns & fauchant le Génie des autres, la Mort avait fait son œuvre 3 &, sur ce front de frappe grecque, de struélure quasi divine, la pâleur s'était répandue subitement 3 la bouche, où les abeilles antiques avaient déposé leurs plus riches trésors, s'était crispée, elle aussi 5 & cette noble tête de poète, la plus douce, la plus vive, la plus significative, où la rêverie de la passion avait laissé son empreinte, avait roulé sur des tréteaux maculés de sang : quelle vision!
Que notre cher José -Maria de Hérédia, dans l'édition ne variefur qu'il nous prépare, en consultant les papiers originaux d'André Chénier, n'oublie pas, surtout, de frapper les
bourreaux au front, de les marquer au fer rouge du bagne éternel 5 & qu'il mette à sa vraie place ce vers de hautaine allure, cette suprême protestation de la conscience irritée :
Toi, Vertu, pleure si je meurs!
En un mot, le Livre nous redonne tout le passé, nous fait pressentir tout l'avenir 5 & une bibliothèque comme celle qui nous occupe ouvre à deux battants le Temple de la Paix & le Temple de la Gloire.
Une Récamier à T Abbaye-aux-Bois : Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups : tout ce glorieux passé de génie, d'art ol de beauté, chante aussi dans notre mémoire. Le Livre est, par excellence, un évocateur du passé. Un simple papyrus raconte toute l'histoire d'un règne 3 une inscription lapidaire lègue aux âges futurs une vie de souverain ou de grand homme. L'écriture, c'est la civilisation ellemême. Un poète est parfois tout un peuple j un écrivain résume souvent toute une race.
Un mot de l'antiquité latine a joui pendant un temps trop long d'une autorité usurpée
contre laquelle nous nous inscrivons en faux^ nous voulons parler du vers de Terentianus Maurus dans son Carmen Heroïco/i :
Pro captu ledloris habent sua fata libelli.
Or, d'après Terentianus Maurus, l'esprit du lefteur fait le sort des livres, telle est l'exaftc tradu£lion de son vers.
Cela est faux, radicalement & ridiculement faux. Un beau livre porte en soi tous les éléments génésiaques de sa pénétration intellectuelle ^ il ne devient pas l'humble esclave du leéleur, plus ou moins lettré, plus ou moins disposé à s'arrêter aux données générales, aux vérités sommairement exprimées. C'est une grave erreur, car l'esprit du Livre, & non l'esprit du leéleur, décide souverainement de son %ort. Ainsi, les Commentaires de Jules César, VEf[>r/tdes Lois de Montesquieu, pour ne citer que deux ouvrages hors ligne, portaient en eux tous les signes certains du génie & de l'im.mortalité. Et nous concluons, en disant, à l'honneur éternel du Livre, qu'un nombre très grand d'ouvrages, l'illustration des siècles qui
les virent éclore & la glorification des vastes intelligences qui les écrivirent, protestent contre le brillant paradoxe de Terentianus Maurus : ils ont en eux l'esprit, & l'esprit du lefteur ne peut rien leur donner, si ce n'est un hommage, & rien de plus, soit dit en protestant & en passant.
Les Peuples disparaissent sans laisser même , parfois, la moindre trace, pas plus que l'oiseau n'imprime son sillage dans l'infini de l'azur^ — les Empires s'écroulent & la couche insolente des sables du désert les recouvre pour l'éternité 3 — les Trônes s'émiettent sous les coups foudroyants, parmi le fracas des Révolutions & tous les imprévus qui se dressent redoutables, répétant le mot comminatoire de l'antiquité : Devine ou je te dévore! — le Livre, seul, traverse les siècles avec une jeunesse immaculée qui commande l'amour, avec une majesté accueillante jusqu'à la galanterie du savoir-vivre le plus exquis, & qui courbe les fronts les plus orgueilleux.
Je salue le Livre 5 & devant cette Royauté qui n'a eu que des fervents, sans connaître
jamais les audaces régicides d'un Cromwell, ou la fureur inouïe de ce Barbare qui caressa un jour l'espoir d'éteindre sa pure lumière azurée dans l'épouvantable catastrophe d'Alexandrie, & ce ne fut là qu'une exception criminelle, confirmant la règle générale du profond respeélj — devant cette Royauté du Livre en faveur de laquelle la plume somptueuse d'un Bossuet pourrait étayer avec complaisance les théories anciennes, parfois nouvelles, du Droit divin 5 — devant cette Royauté , enfin , dont les magnificences durables, sans cesse renouvelées, éclipsent à jamais les splendeurs passagères & mesquines d'un Louis XIV, en lui créant une reconnaissance & un dévouement absolument universels 5 — devant cette Royauté du Livre, la seule que je reconnaisse, & devant la suprême Royauté du Génie, je m'incline profondément!
Toujours à propos du Livre, M. Arthur Christian, s'il m'a fait le grand honneur de conserver ma correspondance, a dû remarquer l'estime profonde que je professe à l'égard de M. A. Claudin, & l'intérêt sincère que je porte
:i son érudite Hilîoirj de l'Imprimerie en France au XV' (7^ au xvj' siècle.
Je déplorais qu'on n'accordât pas à M. A. Claudin la Légion d'honneur, haute distinction que lui ont méritée des travaux qui sont justement admirés en France & à l'étranger, lorsque, tout à coup, sans crier gare, comme un coup de foudre dans un beau ciel ruisselant d'azur & de rayons attiédis, une information , partie du banquet du Palais d'Orsay, s'abattit sur le Paris lettré j & ainsi, nous apprîmes la bonne nouvelle.
Cette nouvelle heureuse l'était doublement encore par l'annonce, désormais officielle, du rétablissement de M. Arthur Christian, que des attentions & un dévouement de chaque heure venaient enfin d'arracher aux mains fatales de la Parque homicide.
Tous les bonheurs à la fois, ce n'était pas trop, après une si cruelle attente, après les angoisses d'une guérison lente & pénible. Dieu soit loué! Tout reste pour le mieux dans le meilleur des mondes. L'optimisme est une religion pleine de consolations.
IJHi^oire de l'Imprimerie en France rappelle
l'œuvre d'un bénédiftin d'autrefois qui aurait ajouté à son érudition les talents d'un enlumineur & d'un miniaturiste hors de pair.
Déjà remarquable à tant d'égards, le travail de M. Claudin est, de plus, édité par les soins de l'Imprimerie nationale. Ce sera donc en quelque sorte, & sous tous les rapports, un monument 5 ce sera, on peut hautement Tafïirmer, une œuvre unique en son genre, qui se fera sa place partout, &, partout, la première place, qui rayonnera, en un mot.
De semblables travaux, où les plus nobles qualités se trouvent réunies & qui paraissent à une de ces heures troublées encore, où la Nation semble désirer l'union dans tous les cœurs, dans toutes les intelHgences, doivent être les bienvenus, car ils opèrent, dans l'ordre spéculatif & supérieur, les bons rapprochements des esprits & des âmes.
La conscience, plus lumineuse, plus calme, plus sereine, projette sur l'aftion humaine une plus vaste lueur & parle avec une autorité plus communicative.
Ce livre n'est pas seulement une bonne aftion au point de vue moral. Matériellement
aussi, rien n'a été négligé pour en faire un joyau littéraire, un bijou typographique, avec les fines ciselures à la Benvenuto, avec les touches fortes à la Michel-Ange, avec les vaporeux de Murillo & de Raphaël, avec les incises à la Rembrandt dans les peintures à l'eau-forte qui nous redonnent le passé.
D'un tel livre on peut tout attendre : la science consommée, l'art dans ses finesses & dans ses nuances 5 & c'est véritablement de lui qu'on peut écrire, sans crainte de se tromper, en évoquant l'auteur, M. A. Claudin, & l'éditeur, M. Arthur Christian, ce mot qui est une consécration & une gloire :
Exegi monumentum!
M. A. Claudin a publié, en mai 1882 & en juin 1884, deux volumes bibliographiques sur la vente de M. A. Rochebilière^ ces deux volumes sont devenus d'une grande rareté 3 ils sont toujours sur mon humble table de travail, & j'en connais beaucoup de plus qualifiés qui leur font le même honneur. C'est qu'il y a là une mine inépuisable de renseignements précis & précieux, sobres & ne varietur, abondants par-
fois & toujours dans la note impeccable de la science du Livre.
On devrait bien nous donner une belle réimpression de ces deux volumes, sur de beaux papiers : parchemin de choix, japon impérial, chine fort, vélin d'Arches, wattmann turkeymill. Rives à la cuve & autres merveilles, aujourd'hui consacrées à la diffusion des beaux & bons livres. M. A. Claudin nous doit ces deux volumes, réunis en un, dans un format de bibliothèque, de livre de fonds. Si la fortune veut qu'un jour, quand il aura terminé ses travaux aéluellement en cours, il juge à propos de mettre cette idée à exécution, idée que j'ai l'honneur de lui suggérer avec un très grand respeél & une admiration sincère, je me permets, à l'avance, de lui offrir quelques pages rapides de préface, qui attesteront, une fois de plus, en même temps que mon ardent amour du Livre, la réelle valeur d'une œuvre qui peut être considérée comme un modèle de bibliographie.
Un esprit de large envergure & de distinction extrême , en même temps qu'un des plus nobles cœurs que je connaisse, M. Alfred
Mézièrcs, membre du Parlement & de l'Académie française, disait un jour :
Le Livre est l'instrument civilisateur par excellence; il nous a rendu les mondes anciens, latin & grec j il a fait reculer toutes les barbaries & il contient en lui , chaudes & vivaces , toutes les améliorations que nous doit , que nous donnera l'avenir. Travailler pour le Livre, c'est donc faire œuvre d'homme d'Etat, de philosophe, de prêtre laïc, de propagateur, de coopérateur & de semeur des idées généreuses , qui nous rendront plus douce la vie & plus facile l'espérance.
Oui, cher Monsieur Alfred Mézières, vous n'avez que trop raison. Puissent vous entendre c<. vous comprendre tous ceux qu'anime l'altruisme, tous ceux qui veulent le Progrès régulier, qui rêvent pour l'âme humaine des horizons nouveaux, plus profonds & plus moelleux que les anciens, moins d'amertumes, moins de mécomptes , & beaucoup plus d'union & d'amour partagés!
Un seul mot, cher Monsieur Arthur Christian. Je dois rendre compte du rôle que vous avez rempli pendant l'Exposition de 1900.
Vous savez qu'il n'y a pas eu de ma faute si je n'ai pas tenu parole en temps & heure. Mais je compte bien prendre une revanche copieuse, grâce à la bienveillance, grâce à la supériorité, connues & de tous admirées, de l'honorable direéleur de la Kevue des Deux Mondes, M. Brûnetière, écrivain & philosophe. Je vais le prier de reproduire cette brochurette, qui sera, de la sorte , une annonce naturelle d'un long travail sur votre œuvre, sur vos services, sur tout un passé de travail & d'honneur. Rien ne me sera plus doux 5 je n'aime que la Justice & je ne fléchis les deux genoux que devant Elle & devant le Livre!
Quand viendra l'heure, la plus éloignée possible, car la vie est meilleure à mesure qu'on la fréquente davantage & qu'on la goûte mieux, d'entreprendre le long voyage sur les rives de l'inconnu formidable, puisse ma tête se trouver penchée sur un Livre !
C'est mon souhait sincère : la tête penchée sur Job, Homère, Eschyle, Hippocrate, Platon, Aristote, Jules César, — l'écrivain, entendons-nous , — Lucrèce , Juvénal , Virgile , Horace, Tacite, qui nous prend aux entrailles
& nous violente parfois, Dante, Shakespeare, Milton, Rabelais, La Fontaine, Molière, Descartes, Lamartine, Hugo, Musset, André Chénier, qui est la plus pure gloire du siècle où on l'assassina & l'illumination de celui qui vient de finir^ & je ne puis citer que les Dieux, que les augustes condu£leurs d'intelligences, que les illuminateurs de consciences. Voulez- vous, d'aventure & en passant, Monsieur Arthur Christian, que je résume mon admiration littéraire, qui aura, pour vous, un sens altruiste & psychique, & que je nomme ceux que j'admire le plus? Deux lignes vont me suffire : Horace, Rabelais, La Fontaine, Molière & Tacite, l'effrayant historien & le plus grand peintre de tous les temps.
Le Livre occupe dans nos mœurs intellectuelles une place importante, une place qui grandit de jour en jour 3 on peut le considérer comme le moteur le plus puissant de la civilisation. Le Livre est partout chez lui, chez le rentier, chez le désœuvré, chez le philosophe ^ les hommes d'Etat, les ministres, les amateurs, les bibliophiles se le disputent, & quelle véri-
table course au clocher quand il s'agit d'une édition originale ! Il n'est pas rare de voir un livre atteindre une somme fabuleuse '^'^ réservée autrefois aux œuvres d'art, le marbre, la toile ou le bronze 5 il marche aujourd'hui de pair avec les plus remarquables produftions du génie humain dans les arts plastiques. Le Livre a conquis une large place au soleil 3 ce n'est que justice, après les immenses services rendus aux intelligences & aux institutions. Le Livre est une autorité avec laquelle il faut compter 5 c'est, en somme, une tyrannie fort respeélable. Cette viéloire, chose rare, n'a pas fait couler de larmes.
Au xviif siècle, le Livre eut de la vogue, un agréable laissez-passer dans les salons , dans les couloirs du Parlement , dans les cabinets d'esprit, dans les ruelles en crédit, soit à Versailles, soit à Paris, où M"""' Geoffrin, de Lespinasse, de Tencin, Du Deffant, l'élégante M'"^ de Prie,
^^^ La Biblia sacra latinaj de Gutenberg & Fust, exemplaire peau de vélin en deux volumes, fut adjugée a un libraire de Londres au prix de 85,000 francs, lors de la vente Perkins, en 1873. Beau livre & belle somme.
M"*' Chausseraye, M""" de Gesvres & de Châtillon, la princesse Palatine, mère du régent de France, la duchesse de Berry & ses frivoles amies de plaisir tenaient le haut du pavé & diélaient à la conversation des mots d'ordre qui ne furent jamais récusés.
Il faut cependant l'avouer : à ce moment le prestige du Livre fut contre-balancé par une haute nouveauté, une forte attraélion, un trompe-l'œil puissant, — nous voulons dire les' brochurettes & les feuilles volantes de ruelle. Là fut l'ennemi du Livre, un ennemi d'autant plus redoutable qu'il se montrait pour ainsi dire tout à fait insaisissable. Car il était mobile comme l'esprit d'alors, délié comme une jolie femme de la Régence, ami de l'autorité par ses sourires & ses compromissions : un ensemble de séduftions contre lequel venait s'émousser le bon sens gaulois.
Les dames de grand ton & les petites dames de la galanterie avaient coutume de faire ou de défaire la fortune d'un livre : malheur au pauvre diable d'auteur, s'il n'avait pas sacrifié au dada du jour, à la favorite en titre, au caprice courant! Une nuée de satiriques en jupons s'abat-
tait sur l'ouvrage, & la dévastation ne laissait rien à désirer. La femme, arbitre souverain de l'élégance du costume & de l'élégance de la phrase, que celle-ci appartînt au rythme ou à la prose, qu'elle révélât les secrets de Cour ou qu'elle tonnât contre les abus, qu'elle fut grave ou légère, qu'elle vînt de la rue ou de l'Académie, — la femme, disons-nous, mettait un auteur au sommet de la faveur ou broyait son nom, selon la sensation laissée dans son esprit, — une sensation aiguë, ce quelque chose de presque indéfinissable, même pour un physiologiste, — & l'auteur endurait le supplice de la couronne d'épines.
Les Sottisiers, toujours aux ordres de la femme pendant tout le xviif siècle, lui décochaient les flèches les plus enfiellées 3 — la couronne de roses ceignait les fronts des poètes amoureux de la femme, soutenant son empire, relevant son prestige & faisant fumer pour elle l'encens de Paphos & de l'Olympe.
Un moment vint néanmoins où les Sottisiers rompirent ou parurent rompre avec la femme : ce fut celui où leurs attaques allèrent
jusqu'au trône, sur les marches du trône, les dernières marches seulement, & flagellèrent sans pitié les reines de la main gauche, les sœurs de Maillé, la fille Poisson, depuis marquise de Pompadour, & Jeanne Bécu, dite Œmnthiy, depuis comtesse Du Barry^ des femmes pourtant, & pas de celles du commun, il est facile de le comprendre, avaient été les instigatrices des attaques contenues dans le libelle. Toute la curiosité du xviif siècle se porta sur ces revirements de la faveur, sur ces tournois de la méchanceté féminine, sur ces diatribes condensées dans un couplet de ruelle, dans une phrase de boudoir, armes de précision avec lesquelles cette société sur le déclin se faisait une guerre terrible, guerre souvent racontée avec un bonheur d'expression remarquable dans les documents manuscrits qui nous viennent de cette époque haineuse & légère.
On le voit, le Livre rencontra un dangereux ennemi : la femme, servie par sa beauté, son éloquence naturelle, une autre éloquence beaucoup plus entraînante, celle des baisers & des larmes, tout le prestige qui s'attache à la fille d'Eve. Le Livre^ combattu avec acharnement
& avec des armes si inégales, vainquit ses nombreux adversaires dans les dernières années de Louis XV, quand les problèmes sociaux occupèrent à la fois les presses & les intelligences de la France & de l'étranger.
Dans cette guerre au Livre, qui eut ses armistices & ses traités de paix, la femme du xvnf siècle parut frivole, passionnée, rieuse, méchante, ondoyante & diverse 5 elle fut la femme prise sur le vif, dans l'improvisation, le premier jet de sa nature 5 — & l'on peut à bon droit lui appliquer ces beaux vers d'Ovide, faussement attribués à Juvénal :
... Si possem, sanior essera, Sed trahit invitam nova vis; aliudque cupido. Mens ahud suadet^ video meHora proboque, Détériora sequor . . .
C'est dans la bouche de la Médée d'Euripide qu'Ovide met ces paroles :
Si je pouvais, je serais moins insensée, mais une force inconnue m'entraîne malgré moi j la raison me conseille une chose, la passion m'entraîne vers une autre.
—^H 39 )*^-^— N'est-ce pas là non seulement la femme vivace & curieuse du siècle dernier, mais la femme de tous les siècles ? Attaqué par la femme, le Livre se fit pamphlétaire, discoureur, puis il devint philosophe 5 la gravité entra dans son évolution finale, le siècle l'y suivit 5 la femme elle-même, rendant les armes à la royauté de l'esprit, reconnut son erreur, la confessa publiquement & servit les intérêts de son adversaire plus heureux.
Que de manuscrits, ignorés encore, attestent cette lutte entre la page imprimée & les bavardages de salon ! Que de manuscrits jetés dans la circulation pour soutenir une thèse ou pour accréditer une calomnie sont entre les mains de gens profanes qui n'en soupçonnent pas l'immense valeur pour l'étude des mœurs, pour la révélation des troubles du cœur, pour la formation d'une vaste synthèse philosophique ! Ces manuscrits, recherchés avec patience par les bibliophiles, pourraient éclairer la marche de la civilisation & rendre plus lumineuse l'histoire intime du xviif siècle.
Nos lefteurs ont compris, dès les premiers
mots dw ce travail, que nous visons tout particulièrement les manuscrits de ruelle, les originaux de ces méchancetés qui s'imprimaient en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, & qui revenaient à Versailles sous la forme de gazette, esprit ailé s'il en fut, esprit démoniaque soufflé parles femmes, parleurs colères, leurs caprices, leurs rancunes, ces mille & une choses qui ne pardonnent pas, qui s'aigrissent & se condensent dans une pointe mortelle.
Qui nous rendra ces manuscrits ? Qui nous mènera à la porte de ce trésor d'un autre siècle ? Quel enchanteur Sésame, ouvre- toi l nous permettra de pénétrer dans ce san£luaire féminin ? Certes, beaucoup de personnes peuvent rendre aux lettres, à l'analyse, à l'histoire ce service que nous réclamons 5 un peu de bonne volonté , le souci des nécessités littéraires & philosophiques, l'amour profond du passé, & l'on ne pourra plus dire avec notre immortel Molière que le chemin eB long du projet a la chose; ajoutons, en apportant à cette déclaration toute la courtoisie possible, que ce mauvais vouloir serait coupable.
Nous ne voulons pas y croire.
Dans la seconde moitié du xvnf siècle, en 1759, Caraccioli luttait déjà avec des armes très légères, bulles d'esprit qui s'envolaient dans les boudoirs des petits-maîtres & des élégantes, contre l'envahissement des Gazettes, véritables papiers publics que l'on ne peut mieux comparer qu'à nos feuilles quotidiennes 5 — les Gazettes s'imprimaient bien à l'étranger, nous en convenons 5 miais leur inspiration était ou versaillaise ou parisienne, toujours française, pour trancher le mot 5 ce caraftère étranger est dû aux tracasseries policières de l'époque, aux soucis du monarque & du ministre, car Louis XIV attachait de l'importance, trop d'importance même, à ces piqûres d'abeilles. Bien avant la fin du siècle, le comte de Maurepas, un illustre buUetiniste, quoique personnage de cour & de ministère, enverra, lui aussi, ses produftions légères, satiriques & burlesques, aux feuilles de Hollande 5 le duc de Richelieu suivra cet exemple 5 la police poursuivra les Gazettes, les saisira, molestera les auteurs dénoncés, mais son autorité ne pourra rien contre les chefs du mouvement, contre Choiseul, contre sa sœur, spirituelle & vindicative, qui n'aspirait à rien
moins qu'à recueillir la succession de M™'' de Pompadour, contre l'âme des rimeurs de Cour, de Maurepas, & l'âme des petits-soupers de Louis Xy ce Richelieu plein de rancunes & d'élégances.
Voici la boutade de Caraccioli :
Mais que de folie, dira-t-on! & l'on aura raison. Le livre à la mode ne répondroit point à son titre s'il ne prêchoit que la sagesse , car la mode est d'être fou. On me critiquera, sans doute, ainsi que l'imprimeur, & c'est ce que nous demandons. Je serois bien fâché que mon ouvrage eut l'approbation de nos Aristarques , qui ne savent que compiler, piller, mordre cSc ennuyer ^^^ Cependant, si leurs livrets périodiques, qui sont la ressource des ignorants, prenoient la teinture des couleurs que nous indiquons, peut-être seroient-ils lus des gens de bon goût 5 lorsqu'ils flatteroient un auteur, leur éloge
(^) En 1759 comme en 1878, il se rencontrait de frivoles ouvriers de la pensée qui ne craignaient pas de mêler un peu de satire aux gauloiseries les plus accentuées; le passage que nous relevons est assurément un de ceux qui durent éveiller bien des susceptibilités ; il est a remarquer qu'alors le feuilletoniste possédait un libre parler presque illimité ; rien ne venait corriger une allusion, aucune demi-teinte, pas de nuances, la crudité de forme se joignant a la crudité du fond. Rieur & méchant, voila un des côtés de l'esprit littéraire au xvni*^ siècle. La fin du siècle ne fut pas rieuse.
s'impnmcroit en couleur de rose, & lorsqu'ils satinseroient, leur censure s'imprimeroit en noir.
J'apprends dans ce moment (1759) V^^. \o" ''^ suivre mon plan & imiter, non le style , mais la couleur de cet ouvrage. (Imprime en vert ) De,a les Gazetiers se préparent à faire imprimer leurs Nouvelles d'une couleur qui les caraderise; ainsi la (gazette d'Aneleterre sera couleur de sang de taureau; celle de Hollande, couleur de feuille morte; celle de Berlin , couleur de feu ; celle de Saxe , couleur de soufre; celle de Vienne, couleur de souci; celle de Paris, couleur mélangée; celle de Cologne, couleur brune ; celle de Liège , couleur violette. ^ ^ Si chaque domestique porte la livrée du maître a qui il appartient & si chaque soldat porte 1 uniforme de son régiment, il est à propos qu'un livre annonce par quelque marque distindive son auteur. Ur, cette marque ne peut avoir lieu que moyennant les couleurs. Le noir seroit abandonne aux prêtres qui écrivent, le cramoisi aux Souverains, le bleu aux ministres, le jaune aux financiers, le verd a tout le
monde. , > o j ■ ^■,^
Si quelques ennemis de la nouveauté ôc des )olis usages se récrient contre la nouvelle impression que nous voulons introduire , nous leur repondrons qu il y a longtemps qu'on imprime en lettres d or, 6c que les livrts les plus sérieux & les plus sacres , tels que les bréviaires , ont presque à chaque page des caractères rouges. , Nous sommes dans un temps ou rien ne rebute.
n'étonne, & où l'on peut proposer les projets les plus extraordinaires ^'^ Je ne serois point étonné qu'à force de réflexions on imaginât au premier jour que , l'or se divisant en mâle & femelle , on peut accoupler l'un & l'autre, & qu'en conséquence il en naîtroit des petits. Il seroit, sans doute, fort singulier de voir des Louis neufs, par exemple, enfanter des demi-Louis après un certain temps. Ce n'est pas plus surprenant que la pierre philosophale ; & qui sait si on n'en fera pas l'essai ? Ce n'est que par les expériences que l'on se perfedlionne & qu'on a pu enfin deviner qu'un livre verd auroit du cours & qu'il réjouiroit ses lefteurs par la singularité.
Cette citation, outre l'avantage de nous donner la clef du style précieuse de l'époque, nous prouve, de plus, la haine du Livre, la haine de la brochure, car le livre a la mode
^^^ Même en ne sortant pas du cara6lère bibliographique, qui est en propre celui de notre article , ne peut-on pas dire que le xix^ siècle ne le cède en rien a son devancier au point de vue des projets extraordinaires.'* Rien n'étonnait alors; rien n'étonne aujourd'hui :
Il nous faut du nouveau, n'en fut-il plus au monde.
Est-ce que ce vers ne contient plus une grande vérité ? Le temps a passé; mais l'Ame humaine aime toujours le rêve <Sc l'inconnu.
ne fut pas autre chose, contre les racontars de ruelle, que ces racontars vinssent de Versailles ou qu'ils présentassent une peinture alléchante des mœurs de la ville. Ce fut une période, courte peut-être, mais à coup sûr bien caraftérisée, celle qui s'écoula entre la brochure & le livre proprement dit, le livre d'analyses philosophiques, le livre d'études sociales ^ — &, ne l'oublions pas, le manuscrit léger, frondeur, piquant, guilleret, rabelaisien à ses moments perdus, français par la pointe de son esprit & la forme aisée de son style, le manuscrit circulait encore 5 il circula même, on peut le dire, jusqu'à la convocation des États généraux, jusqu'en 1789, jusqu'à ces sinistres éclairs qui présagèrent l'orage & la foudre.
Encore une fois, où sont-ils ces précieux manuscrits ? En 1875, dans un livre estimable, un homme de lettres faisait cette remarque en fort bons termes :
Le littérateur, disait-il, réduit à ses ressources de bibliothèque, se trouverait souvent dans la nécessité de suppléer aux Mémoires historiques par des appréciations personnelles plus ou moins
cntachées de fantaisie; &, quand on touche au xviii^ siècle surtout, qui a vu éclore tant de relations manuscrites , qui a colporté , de ruelle en ruelle, tant de cahiers fourmillant de vers & de prose, on risquerait fort de rester sur le chemin de la vérité , attendant cet éclair inspirateur qui vint illuminer le front de saint Paul sur le chemin . de Damas.
Beaucoup de copies manuscrites ne seront jamais publiées; elles font partie d'archives nobiliaires; les hommes de lettres sont prudemment tenus à l'écart parles familles intéressées au secret; sur ce point, l'histoire n'a rien à attendre, les descendants ne violeront pas la conspiration de l'étouffement ; ces écrits, d'ailleurs, sont des propriétés personnelles, & nulle initiative ne serait admise à faire valoir les droits primordiaux de la vérité dans ses applications aux morts illustres; les Mémoires ayant trait à la fin du règne de Louis XIV, la Régence & Louis XV, qui ne sont pas entrés dans le domaine public à l'heure où nous écrivons (1875), — & le nombre en est considérable , — doivent être regardés comme perdus; — à moins de révélations que rien ne fait pressentir, l'historien doit s'incliner devant la force des choses.
[LesVhilippiqueSj p. 471, 472.]
Faudra-t-il définitivement s'incliner devant cette force des choses? Est-ce qu'il ne se rencontrera pas un bibliophile, possesseur d'une
riche bibliothèque, contenant quelques-unes de ces merveilles, qui mettra à la disposition d'un littérateur amoureux du xviif siècle les feuilles volantes, les originaux si curieux des articles anglais & hollandais ? Ce serait rendre un signalé service à l'histoire, à la langue, à l'étude des mœurs 3 ce serait véritablement faire œuvre de justice & de tolérance 3 car, qu'on veuille bien le remarquer, ce n'est pas, à Dieu ne plaise ! pour le plaisir de renouveler en public des discussions politiques épuisées, des satires qui n'auraient plus ni le sel, ni le charme, ni l'attrait de l'à-propos, — ce n'est pas pour discuter sur les mérites ou les défauts de tel ou tel régime gouvernemental, que l'on supplie les heureux détenteurs de ces manuscrits de vouloir bien en laisser prendre une copie. — Non, mille fois non! La politique n'a rien à voir là-dedans 5 le but réel, le seul but, c'est d'éclairer l'histoire officielle par les récits les plus mouvementés, personnels & quelquefois vivants, de l'histoire racontée par les brochures & les articles manuscrits 5 aucune passion de parti ne vient jeter ici sa note aigre & discordante 5 il ne s'agit que d'histoire, d'analyse &
de littérature. Ces œuvres légères & persifleuses du siècle dernier ont tout l'attrait du fruit défendu j elles eurent tant d'esprit, & du meilleur, tant de sel, & du plus fin, ces ruelles & leurs échos !
Ce sel attique, qui trempe le bout de son' aile dans l'humour rabelaisien, — cet esprit français, qui étend de plus en plus son horizon , qui l'illumine par les adorables sourires de la femme & les passions ardentes de son cœur, — tout cela, ne veut-on pas nous le rendre ? Poser cette question , est-ce donc aussi la résoudre ? Nous nous refusons à le croire.
Nous tenons à dire toute notre pensée avec une franchise, une indépendance que l'on voudra bien nous pardonner. Ainsi, ce n'est pas faire œuvre de restauration du passé, ce n'est pas faire de la peinture locale que de nous servir, sous vernis de hautes nouveautés, des redites, des mots connus d'écrivains célèbres. — Ces redites, quelques charmes qu'elles puissent emprunter, d'ailleurs, à la réputation méritée de leurs auteurs, ne nous apprennent rien , mais absolument rien: — Cette habitude est
d'autant plus fâcheuse qu'elle tend à se généraliser en France 5 d'ailleurs les Anglais en usent de même à l'égard de leurs grands classiques, Shakespeare ou lord Byron, & de leurs romanciers illustres 5 les Kevues littéraires des deux pays donnent dans le même travers.
L'histoire anecdotique, car telle est la chose, dite simplement, sans guirlandes de fantaisies appropriées à la circonstance, — cette histoire raconte à sa façon, merveilleuse façon, en ce sens qu'elle se grave avec une surprenante facilité dans les intelligences ^ mais encore est-il nécessaire, pour ne pas dire indispensable, que l'on ne borne pas son travail littéraire à une sèche & brève nomenclature. Il serait désirable, au contraire, que l'on rattachât ces souvenirs, ces mots, ces couplets, ces révélations, aux époques qui les virent éclore, qui les portèrent comme l'arbre porte le fruit & comme le nuage porte la foudre ^ de cette façon, on n'est plus seulement un anecdotiste plus ou moins lettré, plus ou moins élégant, avec plus ou moins de flair, de pénétration, — on participe de l'historien 5 le passé s'anime ^ les figures qui défilent sous nos yeux n'ont plus ni poudre.
ni fard, ni mouches adroitement posées 3 elles vivent &5 de cette intensité de vie à Tindiscrétion de leurs secrets, il n'y a qu'un pas.
Moins nomenclaturer & mieux analyser, rapprocher des faits contemporains les plus légères révélations de l'histoire, les aperçus les ' plus froids, les plus sobres en apparence, telle est la route à suivre, telle est la route que suivront tous les écrivains soucieux de la tradition historique. Etre un simple chroniqueur ne peut suffire au besoin de clarté qui tourmente aujourd'hui les esprits 3 on commence à le comprendre 5 on le comprendra de mieux en mieux au fur & à mesure des travaux sur le passé.
Il y a des époques privilégiées pour la chronique. Est-il besoin de citer les intrigues amoureuses de Louis XIV? les événements si rapides & si mélangés de la Régence, cet éclair de malices & de plaisirs entre deux longs règnes? les scandales des favorites sous Louis X\^ scandales racontés par le vers, la prose, la gazette, le livre, la brochure, les manuscrits, etc.? Non, sans doute, rappeler ces sources innombrables d'informations serait puéril.
Le lien qui rattache ce que nous nomme-
rions volontiers les précieuses futilités de l'histoire aux événements du jour, aux guerres, aux succès, aux revers diplomatiques, aux chutes, aux élévations des personnages de la Cour & des Parlements, — ce lien ne sera jamais trop visible, jamais trop en relief^ c'est de ce côté surtout qu'on peut appuyer sans crainte de rompre.
Les Revues littéraires sont outillées d'une manière admirable pour les travaux d'histoire anecdotique. Leurs lefteurs sont des gens lettrés, instruits, passionnés pour l'art de bien dire, de bien penser 5 ils peuvent même communiquer des documents puisés dans leurs bibliothèques, dans leurs papiers de famille, dans leurs portefeuilles d'autographes, & nous en connaissons de très riches 5 dans ces conditions de leélure & de publicité, les E.^^/^<fj* peuvent rendre à la science historique la précision minutieuse d'Augustin Thierry^ nous y comptons d'autant plus que ce progrès ne sera pas le seul. Une nouvelle méthode sera mise en œuvre 5 l'investigation critique s'enrichira.
Une belle pensée amène toujours avec elle un tour de phrase digne de la présenter au
public lettré^ il y a alors un double charme : celui du style, celui de l'histoire mieux scrutée, mise en son vrai jour 5 la langue & la légitime curiosité des gens instruits trouvent là des avantages, une émulation, une récompense.
Allons, debout & tous à l'œuvre, critiques, journalistes, hommes de pensée & hommes d'art, lundistes, dramaturges & poètes, & vous aussi, moralistes, légistes, philosophes, — que la Légion sacrée se lève, qu'elle cherche, qu'elle veuille de cette volonté forte qui découvre de nouveaux cieux & de nouveaux continents, & les vieux manuscrits reprendront dans la librairie de luxe la place de choix qui leur revient de droit! Les rats, — chose horrible à penser, — les dévorent peut-être dans quelque château inhabité, au fond de quelque chambre remplie de livres 5 — allons droit au plus pressé &, pour nous réconforter, répétonsnous cet adage consolant :
. . . .Labor omnia vincit Improbus, & duris urgens in rébus egestas.
[Virgile-, Géorgiqufs.]
Et puisque, s'il faut en croire le plus grand poète de l'antiquité latine, tout cède a la puissance du travail infatigable ç^ a celle de la neceptd, nous sortirons donc vainqueurs de cette lutte entreprise au nom de l'art, de la justice & de l'histoire.
Après cette pacifique levée de boucliers , le lefteur voudra bien nous accorder le temps nécessaire à la recherche de certains documents 5 nous ne désespérons pas de faire la preuve de notre thèse j les manuscrits de ruelle existent, ils nous sont nécessaires ^ les amis de la langue française & les admirateurs de la tolérance historique nous les rendront 5 nous les engageons vivement à la générosité sur ce point j &, si d'aventure ils ne savaient à qui confier ces feuillets jaunis & rongés par le temps, nous les accepterions volontiers.
Les brochurettes , imprimées en différentes couleurs, eurent autrefois une réelle vogue 5 les femmes, les petits-maîtres, les incroyables du temps, — &n'en trouve-t-on pas toujours? — se les disputaient, les passaient de main en main, les oubliaient adroitement sur la toilette
d'une élégante, sur le sofa d'une aftrice à la mode, dans un bureau de nouvelles, dans un cabinet d'esprit, en un mot partout où l'on jasait de belle humeur, avec la verdeur, l'entrain, le sans-gêne d'une époque qui adora le libre langage.
C'est là tout le xviif siècle. N'est-ce pas indiquer d'un mot ses tendances au bavardage & ses préférences pour le caquetage mignon ? Jamais on ne rencontra dans une civilisation pareille étude sentimentale, pareille dévotion 'pour les légères produ6lions intelleftuelles^ ce fut même là un signe, & non le moins caractéristique, à coup sûr, de la profonde passion des âmes pour les frivolités, le papillotage, les colifichets, ainsi que le désigne une Italienne de beaucoup d'esprit, amie du style & bonne observatrice des mœurs.
Il y eut du colifichet à tous les étages de la société, à la Cour, à la Ville, dans les provinces, dans les châteaux ^ — la femme régna & gouverna.
La forte empreinte d'un siècle se trouve dans sa littérature, dans ses journaux, ses bro-
—M 55 )*«^--chures, ses correspondances & ses mémoires 5 — certes, l'analyste ne doit rien négliger s'il veut prendre une notion exa£le, s'il veut pénétrer au cœur de son sujet, s'il veut intéresser &, ce qui vaut mieux, instruire.
Les grands côtés du xviif siècle sont connus & complètement élucidés 5 les points de vue sociaux, moraux & encyclopédiques ont été l'objet de travaux variés, aussi nombreux qu'importants 5 mais la vie intime du siècle, avec son froufrou féminin & railleur, ses bulletins si piquants, écrits dans un boudoir, ses petites guerres de mots, son incessant travail de ruelle, ce travail & de sape & de mine devenu si redoutable à la fin, — tout cela reste encore enveloppé d'un voile épais 5 les philosophes n'ont pas eu à leur disposition un élément principal de jugement, une sensation critique éprouvée au contaft des faftums & des pamphlets 5 quelque chose leur a manqué pour formuler sur lexviif siècle une opinion exafte, profonde (Se définitive.
On l'entend bien de cette manière, puisqu'un homme considérable vient de publier /e Secret du roi, puisqu'un chercheur nous donne
les Mémoires du cardinal de Bernis, deux ouvrages qui jettent de vifs rayons sur la vie intime, sur les mobiles, sur les plans de conduite, les projets & les tentatives avortées d'une époque tracassière, qui dépensa pour la réalisation de ses espérances une sève, une force, une surabon-' dance de vie indispensables à sa défense j — mais qui se croyait attaqué ? Personne. Et le rire s'envolait joyeux & sonore.
Les brochurettes eurent les honneurs de l'engouement^ ces petits livres, si coquettement imprimés en bleu, en rouge, en vert, en jaune, se répandirent à profusion 5 le livre vert, de 1759, par Caraccioli, attira tout particulièrement l'attention.
C'était, en effet, un livre mignon, tenant peu de place dans la poche d'une élégante : 79 p^gcs d'impression seulement, dans un style qui passe du demi-grave au doux, du plaisant au demi-sévère avec une incroyable abondance d'expressions charmantes.
Il est un mot, de néologie récente, qui peint ce genre : les stylistes des livres en couleur furent des expreponnilîes.
Rien ne pèse, rien ne s'attarde dans leur argumentation aussi rapide qu'une improvisation de génie.
Le livre a la mode de 1759 est imprimé :
A verte-feuille
De l'Imprimerie du printemps,
Au Perroquet.
L'année nouvelle.
Comment ne pas réussir avec de semblables éléments de succès }
Comment ne pas faire battre le cœur des femmes, toujours si avides de nouveautés &. d'inconnu.^
Comment rester en chemin , quand on franchit la distance du premier coup ?
Aussi voyez le flair de ces écrivains fantaisistes, néologues acharnés, aussi hardis à lancer une nouvelle qu'ingénieux à inventer un mot, — & ce n'est pas là ce que nous reprochons, la néologie marquant, au contraire, le mouvement d'une langue écrite & parlée, — ils sont tout miel, tout prévenances pour le lecteur 5 un exemple va le prouver.
En 1759, le livre vert débute ainsi 5 on a fait mieux depuis dans ce genre :
A Mepïgneurs les Petits-Maîtres
Mesdames les Petites-Maîtreps ,
Messeigneurs & Mesdames,
Vos élégances voudront bien me permettre de leur dédier un Ouvrage qui , par son rapport avec les plus jolis rubans & les couleurs les plus agréables, doit, nécessairement, mériter vos suffrages. Tout ce qui est nouveau plaît 5 ainsi ce livre plaira. Si un pantin a pu vous amuser pendant l'espace de deux ans , ce volume a lieu d'espérer un pareil honneur. Il ne faut qu'un mot aussi neuf que lui pour le mettre en vogue & pour lui procurer un crédit étonnant. Les Cabriolets ont eu leur saison & l'ont encore 5 ce Livre aura la sienne, ou il seroit bien malheureux. Prononcez, Messeigneurs & Mesdames , nommez cet ouvrage : divin , enchanté , joli à croquer, enfin sémillant, & sa fortune est faite. Il pourra parier avec les Pensées de Pascal^ la Recherche de la Vérité, la physique de Descartes & celle de Newton. Que dis-je? il ira plus loin^ & j'auroi la gloire d'avoir su trouver un moyen de
vous prouver tout le cas que fait de vos élégances celui qui est,
Messieurs & Mesdames , Votre très humble & très obéissant serviteur,
Est-ce jolinrient troussé? La confiance en soi est la vertu des audacieux 5 réussir leur suffit^ la foule les acclame ^ & ils savourent leur gloire, ces affamés de grossière ambroisie : orgueil & modestie, quel mélange!
En 1760, c'est-à-dire un an après le livre vert, voici venir le livre en vermillon, avec le titre suivant :
Le Livre
La Mode
Nouvelle Édition ,
Marquetée, polie & vernissée.
Et, au bas de la page, une indication qui ne pèche guère par modestie :
En Europe Chez les libraires
Toujours de la forme 5 ces messieurs les amuseurs d'élégantes adoraient la forme, une forme à eux, s'entend, car le style académique n'eût pas fait leurs petites affaires. Ils aimaient à lâcher ailes déployées les inventions les plus capricieuses de la néologie 3 &, somme toute/ ne leur devons-nous rien à ces linguistes de premier jet, de haut vol, recherchant surtout dans la phrase, dans la contexture du mot, dans l'arrangement de la draperie littéraire, ce qui rendait leur pensée avec une énergie mélangée de couleur locale? Il y a gros à parier que nous leur devons quelque chose. Sans les néologues des xvi% xvn"" & xvnf siècles, notre belle langue française posséderait-elle ces trésors inestimables de clarté, de précision, de vigueur, d'harmonie, qui en font l'instrument par excellence de la philosophie, de la poésie, du roman & de l'histoire ?
Ne nous montrons pas injustes envers les petits, envers les humbles.
Au point de vue des perfeélionnements de notre langue, mettons Scarron à côté de Bossu et, Rabelais à côté de Massillon & Saint- Evremond à côté de Biaise Pascal 3 ces grands
ouvriers eurent le même amour, la même passion : Texaftitude du mot.
Le livre vermillon, si vermillon même que, cent dix-huit ans après, l'impression a conservé tout son éclat & tout son prestige typographique, se réclama du livre vert, son aîné dans Tart de plaire, dans Tart, — assurément difficile, — d'attirer & de retenir une clientèle. En voici la mise en scène, souvent copiée, jamais égalée :
Aux Mepeurs
Et Dames
A Vapeur,
Messieurs & Mesdames,
La couleur verte n'ayant duré que huit jours, ainsi que toutes les modes, je vous offre le plus beau des vermillons , tel enfin qu'il brille sur vos visages, magnifiquement & furieusement enluminés, & tel qu'il doit être, selon l'avis des plus habiles Tronchins, pour enjoliver & égayer vos vapeurs. Quel plaisir de retrouver sur un papier l'expression même de vos charmantes figures , & d'y voir ce joli coloris qui pare aujourd'hui les physionomies de nos Petits-Maîtres & de nos Petites- Maîtresses , vraiment habiles dans l'art de se peindre
avec élégance ! Cet ouvrage va devenir un tamis , où vos inquiétudes noires venant à s'évaporer, il ne vous restera plus que des langueurs agréables, propres aux gentillesses de la société. J'ai voulu aller par gradation, du noir au vert, & du vert au couleur de rose , pour vous prouver. Messieurs & Mesdames, que, dans toutes les nuances, je suis également
Votre admirateur & serviteur,
Bravo! bravo! n'est-il pas vrai? Les dames à vapeurs — elles en ont encore aujourd'hui, quoique cela s'appelle d'un autre nom — étaient direftement mises en cause. Mais elles l'étaient avec des mignardises & des câlineries d'expression telles, que les plus hargneuses & les plus susceptibles ne pouvaient tenir longtemps rigueur à l'écrivain.
Et de fait, ces dames formèrent bien vite la clientèle courante, — ce que depuis, dans notre langue d'aujourd'hui, un peu mathématicienne, nous avons nommé le fond de boutique; — elles furent les premières à rire de certains travers, de certains ridicules, de certaines façons d'être, d'un ensemble particulièrement
original 5 & ce rire ne fut pas empreint de ce scepticisme froid, presque glacial & pour ainsi dire métaphysique, qui marqua les œuvres de l'esprit & les aftions des coureuses de nouvelles au xviif siècle.
Leur rire fut de bon aloi &, sans dépasser la mesure, sut apprécier les stylistes & tirer profit de leurs découvertes.
Les Mémoires secrets, ce recueil des travers , des vices de l'époque, glace de Venise dans laquelle se reflète une civilisation sur le déclin, à la date du 9 juillet 1776, nous donnent une note précieuse :
Les vapeurs étant plus que jamais le tic des jolies femmes, on a fait une chanson sur ce ridicule 5 elle est assez bien faite, & fort à la mode; elle a pour titre L,a Vaporeuse , & est sur l'air : îl eft toujours, toujours j toujours le même.
J'ai des vapeurs quand un galant soupire ; De déplaisir
L'amour me fait mourir;
Ne pouvez-vous languir.
Messieurs, sans me le dire ?
Épargnez la fadeur.
Trêve de vive ardeur :
J'ai des vapeurs quand un galant soupire.
A ma toilette un abbé me fait rire; Mon perroquet Retient tout son caquet; Mon singe est plus coquet Depuis qu'il vient m'instruire; Mais s'il m'offre son cœur.
Percé d'un trait vainqueur :
J'ai des vapeurs quand un galant soupire.
Certain robin s'en vint un jour me dire. Dieux! que d'appas!
On n'y résiste pas;
Et puis, d'un ton plus bas.
Aimez, belle Thémire,
Un peu de volupté
Sied bien a la beauté :
J'ai des vapeurs quand un galant soupire.
Un beau marquis, que tout Paris admire. Me divertit.
Il chante, il danse, il rit.
Il pétille d'esprit,
Il folâtre, il soupire;
Quelquefois, tout a coup.
Il tombe a mes genoux :
J'ai des vapeurs quand un galant soupire.
Un financier (n'allez pas en médire) Me traite au mieux.
Ses soupers font des dieux !
Son Champagne mousseux.
En pétillant m'inspire;
Mais, dès qu'il s'attendrit.
Tout son jfeu me transit :
J'ai des vapeurs quand un galant soupire.
11 est charmant, partout on le désire.
Mon médecin.
C'est un homme divin;
Ses doigts, d'un blanc satin.
S'exercent sur ma lyre.
Puis il toucha mon bras;
Un jour il le serra :
J'ai des vapeurs quand un galant soupire.
Couplets du temps, ni meilleurs, ni pires. Toutes les chansons de ruelle ont leur prosodie spéciale 5 ne leur demandez pas l'élégance, le rythme, le nombre exaft, la césure bien placée, la rime riche, les hachures délicates & savantes de l'école poétique moderne 5 — non, elles ne vous donneront rien de ces merveilles du travail & de l'art; ce sont chansons de combat ^ elles disent, elles commentent, elles jasent comme une commère hargneuse; elles épient les nouvelles de Cour, de ville & de province; elles dénoncent, elles intimident; elles chantent l'amour, le plaisir, la gaieté, l'entrain; elles excitent les sens des blasés, elles offrent de riants tableaux aux épicuriens. La chanson de ruelle touche aux mondes les plus divers, aux courtisans, aux belles marquises, aux ministres, aux ambassadeurs, au Roi lui-même, à ses favorites,
quelquefois indignes de fixer Tattention de l'histoire, à la société d'esprit, à la société des élégances, à la société des réformateurs, à la société corrompue des Gourdan & des Brissault. Bref, la chanson, tour à tour joyeuse, cynique, ordurière, méchante, humoristique, causeuse, a les qualités & les travers de l'époque qui la vit fleurir 3 elle marche devant elle sans souci, avec l'humeur du scepticisme, avec l'entrain de ceux qui ont besoin de s'étourdir. Et le siècle ne finira pas dans le rire, car la chanson de ruelle, si redoutable & cruelle à la fois, creuse déjà l'abîme dans lequel roulera la Monarchie, elle prépare les chutes & les crimes 5 — aux coins des jolies lèvres qui ont esquissé tant de sourires il y a néanmoins un trésor inépuisable de réticences malignes & des préoccupations démoniaques.
A ces titres, les couplets sur les vapeurs devaient figurer ici.
Toutes les dames d'alors eurent des vapeurs. Dans l'élégante société de Sceaux, le chevalier de Jaucourt, Clair de lune ^ comme on l'appelait le plus souvent avec un arrière-goût ruelliste
prononcé, tint le sceptre 5 M'"' de Montesson, qui aura plus tard une brillante aventure avec le duc d'Orléans, faisait, elle aussi, des vapeurs avec le comte de Guines, un vaporeux platonique, qui enverra sous peu promener ces belles imaginations & fera une fin dans la diplomatie. — On le voit, vapeurs par-ci, vapeurs par-là, vapeurs partout, & même sur le trône dans la personne de la Reine, vers la fin du siècle, il y aura des vapeurs, hélas! brusquement dissipées par réclair, prélude des longues tempêtes. — Mais le livre vermillon aura rempli sa courte destinée, en occupant le quart d'heure d'une petite-maîtresse.
Disons, avant de pousser plus loin l'examen de ces livres à la mode au xv!!!"" siècle, que les impressions en couleur reprennent faveur, & une faveur d'ailleurs méritée, puisque la gravure leur prodigue ses trésors.
Un éditeur a tenté de remettre en vogue, en honneur, en crédit auprès des dilettantes es lettres ce genre d'impressions^ & notre opinion, franchement exprimée, est qu'il réussira, car l'imagination est flattée, surprise, bercée
par les fioritures typographiques de la page^ — les penseurs eux-mêmes, les graves amateurs, ne reculent pas devant un livre coquettement éditée il semble que le sens prenne des ailes & vienne à vous avec un joyeux murmure. Est-ce une illusion ? Mais elle nous a paru une lefture facile entre toutes, agréable entre les plus agréables, la leélure des livres à la mode 3 & pourquoi notre approbation sans réserves serait-elle isolée ?
Les impressions en couleur conviennent à la fantaisie, au conte, au théâtre, aux aélualités, aux bluettes, aux réimpressions de ces genres, aux croquis d'histoire qui n'abordent pas le lourd in-S''^ bref, la couleur rajeunit, elle pare, elle charme, &, comme les dames du bon temps savaient poser une mouche, elle revêt un manteau de fantaisie pour aller au cœur en passant par l'imagination.
Les livres imprimés en couleur méritent d'être lus & relus, d'être conservés avec soin 3 ils montrent la civilisation du xvnf siècle sous son vrai jour, ils peignent les soucis galants des dames & les mille coquetteries des hommes
acharnés à plaire, toujours en quête de sensations nouvelles, voulant épuiser les délices & les amertumes de l'amour. Observations de mœurs, délicates analyses, marquées à fleur de coin des plus malicieuses échappées de plume : voilà les livres en couleur peints d'un seul mot. Les perruques grises d'une certaine école morose, & les perruques blondes d'une certaine autre école, plus ennuyeuse que littéraire, ne veulent pas que l'on remette en honneur les pamphlets, les couplets & les chansons de ruelle; c'est là bien de la témérité, croyonsnous sincèrement.
Les frères de Concourt, aussi habiles stylistes qu'observateurs attentif & philosophes charmants, ont ouvert la voie; & le xix' siècle ne se terminera pas sans posséder, dans ses détails & dans son ensemble, les travaux, les indiscrétions, les railleries, les lardons & les brocards, les grivoiseries des couplets des ruelles & des livres imprimés en couleur au xviif siècle.
Ces brochures, que nous appellerions maintenant des plaquettes, sont curieuses à observer à plus d'un titre : elles fournissent la note
légère, Thumour, le caprice, le papillotage d'une société qui portait dans ses amusements le sérieux plein de trouble & d'anxiété des grands mouvements de la vie 5 — elles sont écrites à fleur de peau avec les encres teintées qui donnent au Livre nous ne savons quel charme de vague & de mystère 5 — elles proclament à chaque page, à chaque ligne, au début de chaque chapitre, leur brièveté d'existence, leur passage, clandestin pour ainsi dire, sur une toilette de jolie femme, dans la poche d'un petit-maître 3 &, circonstance peu remarquée, quoique remarquable entre toutes, ces brochures ont survécu aux destruélions de livres, aux arrêts, aux saisies, aux plus minutieuses perquisitions 5 elles ont toujours l'orgueil de vivre, la passion de raconter, le bonheur de lancer une spirituelle méchanceté. — Et que d'esprit on dépensa dans ce genre ailé, que de fugues & d'inventions surprenantes, que de néologies franchement exprimées ! La néologie, — rendons-lui cette justice en passant, — jeta dans la circulation philologique des mots qui ont enfin leur place, non pas à la porte de l'Institut, non pas sur les marges étroites de son
dictionnaire, mais bien au cœur même de l'ouvrage. Que de flu6luations de sens, d'emplois, de nuances, de variantes ne subirent-ils pas, ces mots de ruelle & de feuilles volantes ? Les énumérer serait écrire un des plus attrayants chapitres de l'histoire comparée de notre langue 5 nos linguistes, savants & autorisés, nos maîtres, nos éducateurs écriront sans doute un jour ce livre, qui sera rempli de piquantes révélations, de rapprochements aussi heureux qu'inattendus. — Pour le moment, je me contente de présenter, au courant de la plume, les réflexions que m'ont suggérées les brochurettes imprimées en couleur au siècle du rire & de l'élégance. — La tradition des encres teintées revient à la mode, signe de goût, marque de progrès, preuve d'intelligence & de force.
, L'étrange fortune d'une fille pèse douloureusement sur la mémoire du xviif siècle. — Sortie du bouge, entretenue par le roué Jean Du Barry, un orgueilleux dissolu qui faisait remonter son origine jusqu'aux Barymore d'Angleterre, la fille parvint à la haute position de favorite en titre, grâce à Lebel, le valet de
chambre de Louis XV, & grâce surtout au profond ennui du monarque, ennui qu'il ne parvenait à secouer qu'en appelant à son aide la débauche & ses raffinements, l'orgie, l'excitation des sens, les plus honteux mystères de l'amour 5 — la fille succédait à la marquise de Pompadour qui n'avait plus, — & depuis longtemps, — qu'un commerce d'amitié avec l'habitué du Parc-aux-Cerfs.
Parler de la bibliothèque de Jeanne Bécu n'est pas une ironie, car elle eut une bibUothèque, comme la Pompadour ^^^, comme les
^'^^ Bibliothèque moins riche que celle de la fille Poisson. M. Le Roi, une autorité qu'il est toujours bon de consulter, s'exprime ainsi : a Le catalogue de la bibliothèque de M'"* de Pompadour, recherché encore aujourd'hui des bibliographes, contient 3,535 articles de livres, 235 de musique, 36 d'estampes. Il est terminé par une table des auteurs Se orné de son portrait. La marquise n'avait pas en tout dix volumes latins, y compris un ^^/;//r/o;/^ en l'honneur de Milord Pot-au-Feu, 6c l'Horace gravé en 1733, exemplaire auquel était jointe une explication française manuscrite des figures. Les grands auteurs grecs Si latins n'existaient qu'en tradu6lion dans cette bibliothèque, qui, a la réserve tout au plus de dix articles, se composait de livres français Sl italiens. Il paraît, au reste, qu'on avait distrait quelques articles, car on n'y a pas trouvé l'exemplaire de r^^r^^^ chronologique du président Hénault,
seigneurs lettrés du temps, comme le duc de Richelieu, comme le duc de LaVallière, qui nous a laissé des perles, de rarissimes volumes, la joie des amateurs & des bibliophiles.
^Z"^Jp''n ^'^""'T ^ ^°'f=iir«' P"i'î offert par celui-ci à M de Pompadour. Il avait ^crit sur la première pa«e quelques vers dont les premiers seulement nous ont^té conserves :
Le voici, ce livre vanté;
Les Grâces daignèrent l'écrire
Sous les yeux de la vérité :
Et c'est aux Grâces de le lire.
« Dans l'état de ses effets n° i8, la bibliothèque est ainsi cataloguée :
i8. — Ma bibliothèque, y compris nombre de manuscrits : 12,500.»
Les deux favorites n'eurent pas d'auteurs anciens, cela va de soi : la culture leur manquait, & l'art de plaire ne remplace pas les humanités. Il est au moins singulier de voir 1 ouvrage du président Hénault, le vieil ami de la Keine, figurer dans une semblable bibliothèque; Voltaire I offrit en 1 accompagnant d'une dédicace adulatrice • cet hornme, libre penseur, écrivain de premier ordre, hardi philosophe, ne parvint jamais !i dépouiller le courtisan. Le uxe des livres était, au xvin^ siècle, le pendant des autres luxes; — on montrait ses livres comme ses tableaux, ses chiens, ses voitures. L'amour-propre tenait lieu de littérature & de goût. D'ailleurs cette manie a-t-elle disparu avec le siècle dernier?
Les produftions licencieuses constituent le noyau de la coUeélion^ la comtesse, on le comprend aisément, ne pouvait pas négliger les romans & nouvelles de Crébillon fils 3 noblesse oblige : aussi les Baisers de Dorât, dans un délicieux exemplaire orné de charmantes gravures d'Eisen, se trouvent -ils à la place d'honneur, & ce n'est que justice.
Les volumes sont reliés en maroquin rouge & en maroquin vert, ces derniers plus soignés, plus beaux que les autres.
L'Exposition rétrospeélive du Trocadéro, au milieu de coUeftions célèbres, de richesses inouïes, contenait quelques exemplaires provenant de la favorite. Circonstance très remarquée, un volume de la Du Barry se trouvait dans une vitrine à côté d'un autre volume ayant appartenu à la marquise de Pompadour^ ce voisinage, dû peut-être au hasard, mais assurément curieux, ne laissait pas que d'être assez piquant, assez risqué.
Tout le monde connaît la fameuse devise ((Boutez en avant» 3 elle est audacieuse, leste, guillerette, elle est une peinture des mœurs, peinture d'une extrême fidélité. A combien de
jeux de mots prête cette devise ! Une maîtresse en titre, sortant on ne sait d'où & osant afficher sur ses armes un résumé de sa profession : il faut avoir l'indulgence talon-rouge à l'excès pour la comprendre & pour l'excuser. La devise brille néanmoins sur les plats des volumes : c'est la signature de la débauche gravée sur les productions de l'intelligence, sur les œuvres de l'art, sur les magnifiques reliures des meilleurs maîtres.
Les dédicaces ne manquèrent pas à la comtesse. Le loyalisme, ou Mémoires de Du Barry de Saint'Jiune'^ q^ de ConHance de Cé^nlli, sa femme, anecdotes héroïques sous Henri IV, par M. de Limairac, contient une épître agenouillée 5 la voici :
A. Madame la comteRe Du Bany»
Madame,
Daignez accueillir avec bonté un hommage public de sentiment & de reconnaissance. Le zèle seul m'a di6lé ce petit ouvrage; seul il ose vous l'offrir. Je sens qu'il est capable d'égarer dans une carrière qui demande des talents 5 mais j'espère, Madame, que vos suffrages suppléeront à la médiocrité des miens. Les traits que je développe dans cet essai le rendent
digne de paraître sous vos auspices. Ils sont tous puisés dans votre mamn; ils retracent la fidélité la plus héroïque de deux sujets pour le Roi. Trop heureux si vous voulez bien me pardonner une entreprise au-dessus de mes forces , en faveur du motif qui me l'a inspirée.
Je suis , avec un profond respeél , Madame , votre très humble & très obéissant serviteur,
De Limairac.
Un Jihnanach de Flore pour Tan 1774, dont l'auteur, un sieur Douin, naquit à Versailles, contient quarante-huit fleurs gravées & coloriées. Le Roi le désigne ainsi : «La beauté des dorures de ce petit volume, relié en maroquin rouge, fait présumer que c'est encore un cadeau offert à M"' Du Barry . »
Après le titre sont placées deux charmantes gravures en rouge.
L'une représente un tournesol regardant le soleil avec cette devise :
L'astre est constant, La fleur fidèle,
allégorie se rapportant aux amours du Roi & de la comtesse.
->->•( 77 h^- L'autre consiste dans le portrait de M'"J Du Barry, au-dessous duquel sont deux flèches croisées avec un cœur^ on y lit en outre les vers suivants :
A la plus belle.
Je dormais; le Maître des dieux Me dit : « Je sais ce que tu veux; Choisis ou déesse, ou mortelle.
Pour lui consacrer tes couplets.
— Quoi, lui dis-je, une bagatelle!
— Ne crains rien, je te le permets.
— Je choisirai donc la plus belle. »
Les Contes moraux ç^ nouvelles idylles de D*" " & Salomon Gessner, sont des contes de Diderot & des idylles de Gessner traduites par le secrétaire de Grimm, — Meister.
Voici répître de Meister, l'ami des philosophes, ami compromettant dont la philosophie consistait à faire brûler de l'encens devant les fausses déesses :
De la beauté, les talents & les arts
Chérissent tous Taimable empire.
Que régoïsme au naïf sourire
Arrête un instant vos regards!
Comme vous, belle sans parure, Elle doit tout aux mains de la nature;
V Comme vous elle a quelquefois.
Sous Tair d'une simple bergère.
Charmé les héros & les rois.
Même les dieux , Apollon , pour vous plaire , Vint oublier TOljmpe à Tombre de ces bois. Quel dieu pour vous ne l'oublierait de même. Si de l'amour la puissance suprême Abus permettait encore un choix?
Je suis avec le plus profond respedl, Madame, votre très humble & très obéissant serviteur,
Meister.
La comtesse, une familière du grossier langage des plus mauvais lieux, ne devait pas avoir en grande estime ces douceurs rimées^ elle n'y comprenait rien 3 la pente de son esprit erotique ne pouvait être changée 5 loin de là même, puisqu'elle révolutionna la conversation des petits soupers de Louis XV L'indécence des mœurs passa rapidement dans la langue de cour.
Les ^Prennes de V A.mour & le Nouveau Marié, paroles de Cailhava, contiennent une nouvelle épître, conçue dans les termes fades des autres rimeurs. Il est à remarquer que la véritable poésie ne consentit pas à se compromettre ^ Tin-
spiration se montra rebelle, refusant de souiller ses ailes d'or au contaft des fanges royales.
A Madame la comtej^e Du Barry,
Transporté par un songe au haut de TEmpyrée, J'ai cm voir cette nuit la belle Cjthérée, L'aimable Hébé, le dieu qu'invoquent les amants, La tendre Volupté, les Grâces, les Talents, Qui d'un air satisfait parcouraient mon ouvrage. Un sourire flatteur m'annonçait leur suffrage. J'ai redouté leur fuite à l'instant du réveil; Mais je les vois encor, ce n'est pas un mensonge : Un seul de vos regards réalise mon songe. Et j'étais moins heureux dans les bras du sommeil.
Le Livre purifie ce qu'il touche 5 si la comtesse l'eût aimé d'une sincère & forte passion, on lui pardonnerait beaucoup 5 mais ce ne fut pour elle qu'un ornement de plus dans son habitation de Louveciennes^ la leélure exige une clarté d'intelligence qui ne s'accommode guère des continuels écarts de la vie galante. Sa haute fortune ne fut qu'un passage entre deux séries d'aventures 5 & les dernières rappellent les plus tristes souvenirs du xviif siècle. L'habillement en maroquin rouge qu'elle fit donner à ses livres recommande la comtesse à
la sympathie des bibliophiles 5 elle n'usa pas les livres, — elle les préserva.
La liste des volumes qui se trouvent dans la bibliothèque de la ville de Versailles offre un mélange extraordinaire d'ouvrages de toute nature 5 les petits livres de ruelle j sont bien' à leur place, — & ceux-là durent lui servir de bréviaire courant.
Grammaire générale <Ù^ ramnnée, par Cl. Lancelot & Ant. Arnaud, avec des notes par Daclos. Paris, Prault, 1754, I volume in-12.
Abrégé du Diélionnaire universel français <& latin, vulgairement appelé Diélionnaire de Trévoux, par Berthelin. Paris, Libraires associés, 1762, 3 volumes in-4".
Les Œuvres de Clément Marot, de Cahors , valet de chambre du roi, revues & augmentées de nouveau. La Haye, Moetgens, 1714, 2 volumes in-12.
Les Œuvres de François Villon, avec les notes de Clément Marot & les poésies de Jean Marot & de Michel Marot. Paris, Coustelier, 1723, 2 volumes petit in-S"*.
Les Métamorphoses d'Ovide, traduites en français , avec des remarques & des observations historiques , par l'abbé Banier, nouvelle édition, deux tomes en un volume. Paris, Nyon, 1738, in-4'', avec figures par Humblot.
Satires (Ù^ autres œuvres de Kégnier, accompagnées de remarques historiques par Cl. Brossette. Nouvelle
édition considérablement augmentée, par Lenglet du Fresnoy. Londres, Tonson , 1733, grand in-4% belle édition, dont les pages sont entourées de cadres rouges.
UArcadie de Sanna<^r, traduite de l'italien, par Pecquet. Paris, Nyon', 1737, i volume in-12.
Recueil de traduHions en vers français, contenant le poème de Pétrone, deux épîtres d'Ovide & le Pervigilium Venem , avec des remarques par le président Bouhier. Paris, Compagnie des libraires, 1738, I volume in-12.
hes Poésies du roi de Navarre, avec des notes & un glossaire français, précédées de l'histoire des révolutions de la langue française depuis Charlemagnc jusqu'à saint Louis, d'un discours sur l'ancienneté des chansons françaises & de quelques autres pièces, par Levesque de la Revallière. Paris , Guérin , 1742 , 2 volumes in-12.
(Euvres de Madame <Ù^ de Mademoiselle Des hou Hères , nouvelle édition. Paris, Libraires associés, 1754, 2 volumes in-12.
La Colomhiade, ou la Foi portée au Nouveau-Monde j poème, par M"" Dubocage. Paris, Desaint, 1756, I volume in-8% orné de jolies vignettes.
L'Art d'aimer e^ le Remède d'amour, tradu£lion d'Ovide, par l'abbé de Marolles. Amsterdam, 1757, I volume in-12, avec des figures par Vanloo & Eisen.
(Euvres de l'abbé de Chaulieu, nouvelle édition, par de Saint-Marc. Paris, David, 2 volumes in-12.
Le conte du Tonneau^ par le fameux dodleur Swift, traduit de l'anglais. La Haye, H. Scheurleer, 1757, suivi du Traité des dïjîensïons entre les nobles (Ù^ le peuple dajts les républiques d'Athènes <Ù^ de Rome^ etc. — LArt de ramper en poésie (Ù^ l'Art du mensonge politique, par le même, 3 volumes in-12.
Œuvres de M. le marquis de Xijnene'^, ancien meBre de ' camp de cavalerie, nouvelle édition. Paris, 1772. — Ce volume contient encore : Amala'^nte , tragédie du même auteur. Paris, 1758, i volume in-8'', relié en maroquin vert avec de nombreuses dorures ; c'est probablement un cadeau.
U'Univers perdu (2^ reconquis par l'Amour, suivi d'Iphis (Ù^ Amarante, ou V Amour vengé , par de Carné. Amsterdam, 1758, I volume in-8"^^^
(1) Perdre l'univers, & le perdre sans retour, pour une fille Lange, sur laquelle nous possédons l'extraordinaire relation d'une abbesse de petite maison, est une fantaisie de mode, fantaisie acceptée par la royauté, imposée a ses entours, indiscutable pour tout le monde. L'amour ne pouvait pas reconquérir les trésors perdus; l'adlion n'avait plus de prise sur les intelligences, sur les cœurs; le mal, arrivé a sa période aiguë, ne supportait pas l'ombre d'un remède; & les choses allaient suivre le cours prévu : la décomposition de la société élégante, le souci des prérogatives, l'ignorance du devoir, l'oubli de la famille & des intérêts supérieurs de la nation. — Un livre de ce genre était a sa place dans une bibliothèque aussi mélangée & disparate; l'indignation serait ridicule, la constatation suffit — <Sc au delà.
Poésies de Hallerj traduites de l'allemand par Tscharner, édition retouchée & augmentée. Berne, Société typographique, 1760, 2 volumes in-12.
Poésie du philosophe de Sans-Souci, nouvelle édition. Sans-Souci, 1760, 2 volumes in-12.
'Le Trésor du Varnajie, ou le plm joli des Recueils j par Couret de Villeneuve & Beranger. Londres, 1762, 6 volumes in-12.
La Farce de maiftre Pierre Patheliu, avec son TeBament à quatre personnages. Paris , Durand , i volume petit in-8".
(Euvres diverses de Desmahis, Genève , 1763 , i volume in-12.
Le Hasard du coin du feu, dialogue moral par Crébillon fils. La Haye, 1763, i volume in-12 ^'^
L'Iliade d'Homère, traduite en vers, avec des remarques, par de Rochefort. Paris, Saillant, 1766, 2 volumes in-8°.
^^^ Il se passait de curieuses scènes au coin du feu dans le monde aristocratique de cette époque. La belle comtesse, qui ne put jamais oublier le personnage de la petite modiste Lange, est surtout connue par une sortie de langage, — slaiigàt haute volée, — a l'adresse de Louis XV Le Roi aimait a préparer son café, comme il lui arrivait de tenir la casserole d'argent dans les couloirs des petits appartements; ce goût le suivait dans ses voyages, si bien qu'un jour la favorite, accoudée sur le bord du lit, osa lui dire : «Eh! la France, ton café f.. . le camp». Le mot fit fortune a la Cour; le chancelier Maupeou ne fut pas le dernier a le colporter; le chef de la magistrature en supportait bien d'autres. La noblesse s'abaissa devant une fille.
La Pharsale d^ Lucain, traduite en français par Marmontel. Paris, Merlin, 1766, 2 volumes in-8% avec des figures par Gravelot.
'Koman comique^^\ par Scarron, nouvelle édition. Amsterdam , Compagnie des libraires , 1766 , 3 volumes in-i2.
Traité de la prosodie française j par l'abbé d'Olivet. Paris, Barbou, 1767. — Dans le même volume se trouve : Ke?narques sur Racine j par l'abbé d'Olivet. Paris , Barbou , 1766 , i volume in-8°.
Œuvres complètes de M, le C, de B..S'\ dernière
(^^ Voila un livre que la favorite ne dut guère feuilleter,
— & pour cause. L'humour de Scarron, son esprit gaulois trempé dans une jovialité d'espèce si particulière, son mordant, sa tournure parfois attique, & toujours éminemment française, son observation des mœurs, profonde même dans les écarts de son imagination, — tout cela ne pouvait convenir a la Du Barrj, sultane favorite d'un pacha qui lui jeta son dernier mouchoir, & dans quelles circonstances encore! Louis XV n'avait plus même les scrupules des hommes tombés, qui ouvrent souvent une courte enquête sur leurs amours. Aussi Louis XV tua la Royauté.
^'^ Ce M. le C. de B. . . n'est autre que le coquet petit abbé de Bernis, grand & infatigable coureur de ruelles,
— libertines, folâtres, enjouées, spirituelles, — <Sc autres lieux. Comment ce remords se trouvait-il dans cette bibliothèque "^ Pas heureuse la main qui avait déposé la ce volume. Quoi! c'est a une maîtresse que l'on donne a lire les péchés de jeunesse d'un favori de la Pompadour, sa précédente a la Cour! Mais elle dut, en admettant la
édition. Londres, 1767, deux tomes en un volume in-i2.
(Euvres de S. Gefiner, traduites de l'allemand par Huber. Zurich, Orel, 1768, 2 volumes in-12.
EJ^ak de Montaigne, avec les notes de Coste, nouvelle édition. Londres, Nourse, 1769, 10 volumes in-12.
Le Mejîïe, poème en dix chants, traduit de l'allemand, de Clopstock, par d'Antelmy, Junker & autres. Paris, Vincent, 1769, 2 volumes in-12.
Narcip dans l'ile de Vênm, poème en quatre chants , par Malfilâtre. Paris, Lejan, 1769, i volume in-8% orné d'un frontispice par Eisen , & de figures par Saint- Aubin.
ha Teinture, poème en trois chants par Lemierre. Paris, Jay, 1769, i volume in-4\ — Au frontispice est un portrait du grand Corneille. Les figures sont de Cochin.
Les Nuits d'Young, suivies des œuvres diverses du même auteur, traduites de l'anglais par Letourneur, 2' édition. Paris , Lejay, 1769 , 4 volumes in-8% avec figures par Eisen.
Les (j;-/^r^.f^ précédées d'une dissertation par l'abbé
leclure, réfléchir a ces hauts & bas de la faveur, considérer Bernis petit galantin, puis Bernis admis aux conseils privés, ministre, cardinal, tout puissant, <Sc, le lendemain, sans motifs apparents, envoyé en exil. La malheureuse femme eut-elle un pressentiment? Eut-elle une minute de réflexion }
Massieu, & suivies d'un discours par le P. André 5 — recueil publié par de Querlon. Paris, Prault, 1769 , I volume in-8° , avec figures de Boucher & de Moreau jeune.
Les quatre Parties du Jour^ poème traduit de l'allemand de Zacharie, par Muller. Paris, Musier, 1769, I volume in-8% avec de charmantes figures par Eisen.
Les Éléments j poème par Delavergue. La Haye, Gosse, 1770, I volume in-8\
La T^écrêation des honnêtes gens j ou opmcules en vers, par M. de la M... Amsterdam 6c Paris, 1770, I volume in-8°.
Les Baisers^^\ précédés du Mois de mai, poème par Dorât. La Haye & Paris , Lambert, 1770 , i volume in-8^
La Jêrmalejn délivrée, poème héroïque du Tasse, traduit en français par Mirabaud. Paris, Barrois , 1771, 2 volumes in-12.
Le Bonheur, poème en six chants avec des fragments de quelques épîtres , ouvrages posthumes d'Helvétius. Londres, 1772; — précédé d'une Vie d'Helvétim, par Saint-Lambert, i volume in-S'', relié en maroquin vert. Les armes de la comtesse
^^^ Les Baisers !.. . On comprend mieux la présence de ce livre dans la chambre, voire sur le meuble de nuit, que les EJ^ais de Montaigne. Au besoin, la belle comtesse eut pu commenter <& annoter Tœuvre de Dorât, &: quels commentaires plus autorisés que les siens !
sont sur le plat avec la devise «Boutez en avant» au-dessus.
Contes moraux & nouvelles idylles de D. . . (Diderot) & Salomon Gessner, traduits par Meister. Zurich, 1773, I volume \n-j\P,
Almanach des trois iegnes , en huit parties : première partie, Almanach di Flore j 1774, gravé & orné de plus de cinquante planches en taille-douce, dessinées & coloriées d'après nature avec le plus grand soin , contenant quarante-huit devises & autant d'horoscopes pour tous les âges. Les paroles sont de Douin, capitaine d'infanterie; les fleurs, dessinées & gravées, de Chevalier, lieutenant d'infanterie; le texte est gravé par Drouot, ancien soldat d'infanterie. Versailles, Blaizot, 1774, i volume in-24.
Les Comédies de M. Marivaux /jouées sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne par les comédiens ordinaires du Roi. Paris, Buisson, 1732, 2 volumes in-i2.
Recherches sur les théâtres de France depuis Vannée 11 61 jusqu'à présent j ^2iï de Beauchamps. Paris, Prault, 1735 > 3 volumes in-8\
Réflexions hiftoriques (Ù^ critiques sur les différents théâtres de V Europe^ avec les pensées sur la déclamation , par Louis Riccoboni. Paris, Guérin, 1738, i volume in-8\
Tragédies-Opéras de Vahhé MetaBasio, traduites en français par M. C. P. Richelet. Vienne, 1751, 12 volumes in-12.
Œuvres de théâtre de MM. Brueys <Ù^ Talaprat. Paris , Briassan, 1755, 5 volumes in-12.
Choix de petites pièces de théâtre anglais, par Dodsley & Gay, traduites des originaux par Pâtre. Paris, Prault, 1756, 2 volumes in-12.
Œuvres dramatiques de Méricault-Deftouches , nouvelle édition. Paris, Prault, 1758, 10 volumes in-12.
Œuvres d'Alexis Viron^^\ avec figures en tailledouce d'après les dessins de Cochin. Paris, Duchesne, 1758, 3 volumes in-12.
Le théâtre de Baron. Paris , Libraires associés , 1759 y 3 volumes in-12.
Les Œuvres de théâtre de Dancourt, nouvelle édition. Paris, Libraires associés, 1760, 12 volumes in-12.
Le Prix de Beauté, ou les Couronnes ^^\ pastorale en
^^^ Fort bien; — voila du moins un pauvre auteur qui se trouve en son lieu & place. Telle ode que nous connaissons, — <& on nous dispensera d'appuyer la où il faut glisser, — était en situation dans le boudoir. Le comte Jean, qui avait stylé la belle, dut souvent rire de voir une femme abandonnée par lui assise sur les fleurs de lys d'or de France : destinée qui tient de la comédie de mœurs au commencement, <Sc du drame le plus émouvant a la fin.
^-^ La bibliographie, sèche comme une proposition d'algèbre, perdrait ici, on nous le concédera, un peu de son charme; — &, puisque nous parlons a des lettrés, <Sc c'est un honneur dont nous sentons le prix en nous efforçant de nous en rendre de plus en plus digne, nous rappellerons les notes ruellistes si charmantes, quoique malignes <& mordantes, de la famille Choiseul, lors de la présenta-
trois a6lcs & un prologue, avec des divertissements sur des airs choisis & nouveaux, par Goudot. Paris, Delormel, 1760, i volume in-4°.
Œuvres de M. Nivelle de la Chaujiée, nouvelle édition, publiée par Sablier. Paris, Prault, 1762, 2 volumes in-i2.
Recueil contenant : i'' les Etrennes de V Amour, comédie-ballet en un a6le; 2"^ le Nouveau Mariê^^\ opéra-comique en un a6le par Cailhava. Paris, Lejay & Duchesne, 1769-1770, i volume in-8^
Fables allemandes <Ù^ Contes français en vers , avec un Ej^ai sur la fable, par Du Coudray. Paris , Jarry, 1770, I volume in-8\
tion de la Du Barrj a Louis XV. On l'attendait; — \t Roi marquait son inquiétude & Richelieu son impatience, lorsque Vénus parut, une Vénus qui ne sortait pas vierge de Tonde amere, mais, au dire de tous, — amis & ennemis, — une Vénus a damner une légion d'anges.
(^) Admirable chose, ou plutôt, chosettej a mettre soit en vers latins, soit en opéra-comique, soit en langage de tous les jours. Est-ce que l'un des Jeunes d'une époque qui vieillit sans même s'en apercevoir, — & presque en protestant, malgré rides & cheveux de neige, — n'a pas écrit ces quatre vers, qui seraient magnifiques, s'ils n'étaient cruels }
Peut-être quand déchante Quelque pauvre mari ,
Méchante, De loin tu lui souris.
(A, DE Musset. — Ballade a la lune.)
Les Chefs-d'ŒLuvre de Pierre (Z^ de Thomas Corneille, nouvelle édition , avec les Commentaires de Voltaire. Paris, Libraires associés, 1771 , 3 volumes in-i2.
Théâtre des Grecs , par le P. Brumoy, nouvelle édition enrichie de très belles gravures & augmentée de la tradu6lion entière des pièces grecques dont il n'existe que des extraits dans toutes les éditions précédentes, & de comparaisons, d'observations & de remarques nouvelles, par MM. de Rochefort & Dutheil. Paris, Cussac, 1785, 13 volumes in-4°, reliés en maroquin rouge, avec armes^^^^ sur le dos.
hes aventures de Télémaque , fils d'UlyJ^ej par François de Salignac de La Mothe Fénelon, nouvelle édition. Paris, Estienne, 1730, deux tomes en un volume in-4'', édition médiocre, ornée de figures par Coypel, Soijville, Gazes & Humblot.
Le Marquis de Chavigny, par Boursault. Paris, Nyon, 1739, I volume in-12.
Le Prince de Condêj par Boursault. Paris, Nyon, 1739. Dans le même volume : Ne pas croire ce qu'on uoit'^\ histoire espagnole par Boursault. Paris, Lebreton, 1739, i volume in-12.
^^^ Les armes de cette fille, qu'un Maupeou ne craignait pas de revendiquer comme sa parente, portaient une formule du métier; — & la phrase, qui serait fière sous la plume d'un homme d'armes, est une abjedlion dans le nobiliaire d'une ex-amie de la Gourdan.
^-^ Ne pas croire ce quon uoit . . . Quelle épigramme fine & pénétrante que ce titre! Hélas! ce n'était pas une his-
Les (Eui'res de Maître François RahelaiSj avec des remarques historiques, critiques de Le Duchat, nouvelle édition ornée de figures, par Picart. Amsterdam, J. Bernard, 1741 , 3 volumes in-4''.
Ton^ï (c^ Néardané, histoire japonaise par Crébillon fils. Pékin, 1743, 2 volumes in-8% avec figures licencieuses.
Amours de Thêaghie <Ù^ Charïclée , histoire éthiopique. Londres, 2 volumes petit in-S*", avec figures , dont quelques-unes sont assez licencieuses.
Les malheurs de l'Amour, par le marquis de Tencin & Pont-de-Vesle. Amsterdam & Paris , Frault , 1746 , deux parties en un volume in-12.
Lettres de la marquise de N . . . au comte de E.. . . ^ par Crébillon fils. La Haye, Scheurser, 1746, i volume in-12.
toire espagnole, elle était malheureusement trop française, l'histoire de la faveur de la coquette <Sc mignarde ledlrice; — mais on pouvait se refuser a en croire ses jeux. Après une correspondante de Torgueilleuse Thérèse d'Autriche, une fille Poisson, devenue Pompadour, une Lange, formant une bibliothèque & donnant aux lettres, aux arts, aux nouvelles, son inspiration & son caprice, c'est trop. On peut descendre; certes, cela se voit; mais il faudrait se dire a soi-même le mot fameux de Louis XV à son chirurgien Lamartinière : Je crois quil elf temps d'enrayer! Ce à quoi le consultant répondit : Sirej uom feriez bien de débrider tout a fait. Et le roi de France ne voulut pas enrayer, ni débrider. De la sortit la Du Barry; de la vint la^bibliothèque qui fut pour elle un luxe inutile de plus.
HiBoire amoureme des Gaules , par le comte de Bussy- Rabutin. 1754, 5 volumes in-12.
Hiffoire d'Emilie Montagne , par l'auteur de Julie Mandeville [MiBriJ? Brool^e) ^ traduite de l'anglais par Robinet, quatre tomes en deux volumes in-12.
Mémoires (Z^ Œuvres de M"'' Staal, Londres, 1755, 4 volumes in-12.
Mémoires <Ù^ Aventures d'un homme de q^ualite qui s eH retiré du monde, par l'abbé Prévost ^^\ Amsterdam, Arkstée, 1759, 3 volumes in-12.
Mémoires du comte de Grammont, par le comte A. Hamilton. 1760, 2 volumes in-12.
lues Amours d'ismme (Ù^ d'isménim, par M. de Beauchamps. La Haye, 1743. — Dans le même volume se trouve encore : Acajou Q^ Zirphile, conte par Duclos. Minutie, 1761 , i volume in-12, avec ligures.
Amélie, roman de Fiedling, traduit de l'anglais
^^^ L'histoire si touchante, — on dirait aujourd'hui, dans un monde de la littérature, l'histoire si naturaliste, — de Manon devait plaire, & même passionner la femme qui n'oublia jamais son ruisseau de Paris. Et, néanmoins, quelles différences, toutes plus appréciables les unes que les autres, entre la folle d'amour, qui fut Manon, & l'instrument parfait de la volupté , qui fut la Du Barrj. Si les extrêmes se rapprochent, — & peut-on le dire ici? — assurément Prévost toucha profondément l'ame de la favorite. Manon, c'est la Du Barrj avant le premier baiser de Louis X\^ — mais une Du Barry avec du cœur. Et cela change tout.
par M"'' Riccoboni. Paris, Brocas, 1762, 3 volumes in-i2.
Lettres de Milady Juliette Cateshy à Milady Henriette Campley, son amie, par M'"' Riccoboni. Amsterdam, 1762, I volume in-i2.
Hiffoire de MiJ? Jenny, écrite & envoyée par elle à Milady comtesse de Roscomond, par M'"" Riccoboni. Paris, Brocas, 1764, 2 volumes in-12.
La Nouvelle Hêlotse^^\ ou Lettres de deux amants hahi-
^^^ La célèbre maréchale de Luxembourg, prote6lrice & amie du maladif Rousseau, comprenait a merveille He^oisâj histoire vaporeuse, que Ton ne saurait mieux qualifier qu'en la nommant l'hystérie littéraire de la passion; mais la belle Jeanne, qui ne connut jamais d'autres vapeurs que celles du plaisir, plus enivrantes & berceuses que les autres, pouvait-elle se lier de cœur avec une épistolière rompue aux élégantes finesses de la langue amoureuse? — Non. Ce serait grossièrement se tromper que de voir ainsi les choses. Le xvm® siècle fade que nous a laissé Rousseau, — lui qui connaissait pourtant M^"^ d'Epinay & sa société! — ne tint pas longtemps; les femmes dévorèrent le roman, leur imagination se monta vite au diapason de Tamour aventureux; mais les sens de ces femmes demandaient anxieusement autre chose, ce que Casanova nommait « après le rêve )); & ce ne fut pas une expérience perdue pour l'observateur, ce travail du cerveau aiguisant les appétits de la chair. Rousseau idéaliste forma des réalistes; He%'îse fit des adeptes en sens inverse. La Du Barry n'eut qu'une passion : le réalisme en amour; elle supprima le rêve de Casanova, en donnant a l'imagination les superfluités de la chair avant la poésie du désir.
tants d'une petite ville au pied des Alpes , recueillies & publiées par Jean -Jacques Rousseau, nouvelle édition. Neufchâtel & Paris, Duchesne, 1764, 4 volumes in-12, avec figures par Gravelot.
Contes moraux , par Marmontel. Paris, Merlin, 1765, 3 volumes in-12, avec le portrait de l'auteur par Cochin, & orné de figures par Gravelot.
Hiftoire de M. le marquis de Crejîy, par M""' Riccoboni. Paris, Humblot, 1766, i volume in-12.
Contes de Guillaume Vadé. 1768 , i volume in-S".
Hiftoire d'Hyppolytej comte de Douglas, par Madame d'Aulnoy . Amsterdam , Lhonvré , 1769 , deux tomes en un volume in-12.
Télephe, par Fechméja, en douze livres. Londres & Paris, Pissot, 1784, i volume in-8*' relié en maroquin rouge, les armes sur le dos^^^
Voltariana, ou éloges amphigouriques, de F. -M. Arouet , sieur de Voltaire , discutés & décidés pour sa réception à l'Académie française , par Travenol & Mannory. Paris, 1748, i volume in-8°.
lettres de KouJ^eau sur différents sujets de littérature, Genève, Barillot, 1750, 5 volumes in-12.
Efiai hiftorique <Ù^ philosophique sur le goût, par Cartaud de la Vilatte. Londres, 1751, i volume in-12,
^^^ Est-ce bien sur le dos ou sur le plat des volumes, ou sur les joues rosées de notre intéressante ledlrice qu'elles devaient trouver place, ces armes trop parlantes ? Question brûlante a poser. Que les amants du xviif siècle décident. Elle est au moins de pure essence féminine, cette question.
Considérations sur les ouvrages d' esprit, par Chicaneau de Neuville. Amsterdam, 1758, i volume
in-i2.
Ls Chef-d'(Euvre d'un inconnu, poème heureusement découvert & mis au jour, avec des remarques savantes & recherchées par le dofteur Chrysostome Matanasius , par Saint-Hyacinthe , aidé de S'Gravesande, Sallengre, Prosper Marchand & autres. On trouve de plus une dissertation sur Homère & sur Chapelain, par Van Effen; deux lettres sur des Antiques ; la préface de Cervantes sur l'histoire de Don Quichotte de la Manche; la déification d'Aristarchus Masso, & plusieurs autres choses non moins agréables qu'instruftives , neuvième édition. Lausanne, Bousquet, 1758, 2 volumes in-12.
Pensées de Pascal ^^^ sur la religion Q^ sur quelques autres sujets, Paris, Desprez, 1761, i volume in-12.
^1) Pascal dans la bibliothèque de l'appartement de Versailles ou de Louveciennes, est un de ces profonds étonnements que le xviif siècle peut seul nous procurer. L'âme orageuse de Pascal, son doute philosophique, ses immenses qualités d'écrivain, sa controverse si nerveuse, claire, mordante, acérée comme la meilleure lame d'un officier aux gardes françaises, la soif d'inconnu qui le dévora toujours, imprégnant son style d'un je ne sais quoi qui nous effraye & nous séduit tout ensemble, — est-ce qu'un homme de cette stature était à sa place sous les lambris parfumés de la Du Barry? La ledrice n'était pas une janséniste de l'amour; — chez elle aucune faculté n'était disposée a comprendre Biaise Pascal.
Recueil de lettres de M"" la jjtarquise de Sêvigné à M""' la comtej^e de Grignan, sa fille, 1763, 8 volumes in-i2.
Lettres secrètes de M, de Voltaire ^ publiées par L.-B. Robinet. Genève, 1765, i volume in-8°.
Vensees de milord BoUnghrocke sur différents sujets d'histoire, de philosophie, de morale, etc., recueillies par Frault. 1771, i volume in-12.
Les Loisirs d'un miniBre, ou EJ^ais dans le goût de ceux de Montaigne j composés en 1736 par le marquis d'Argenson. Liège, Plonteux, 1787, 2 volumes in-8° reliés en veau vert, avec armes sur le dos.
(Euvres du Philosophe de Sans-Souci j au Donjon du Château. 1750, 3 volumes in-8°.
(Euvres de Saint-Lvremond, avec la vie de l'auteur, par des Maileaux. 1753, 11 volumes in-12 ^^^
(Euvres de M"'' la marquise de Lambert. Paris , Ganeau, 1761, 2 volumes in-12.
(Euvres diverses de J.-J. Koupau, Neufchâtel, 1764, 8 volumes in-12. — Le premier volume est orné d'un frontispice par Gravelot, & d'un portrait de J.-J. Rousseau par La Tour.
(^) Homme de philosophie épicurienne, fort ami du plaisir sous toutes ses formes, la table surtout, les femmes à l'ordinaire, insouciant, enfant jusque dans l'âge mur, Saint-Évremond, a dire vrai, se trouvait un peu chez lui. Mais la comtesse pouvait-elle se prêter au charme de ce diseur, délicat écrivain & souvent penseur ? L'ami de M'"*' la duchesse de Mazarin dut être feuilleté rarement.
La Tour, le célèbre pastelliste, une des gloires de l'art au wiii" siècle, nous a laissé un Rousseau vivant, figure ravagée par la fièvre d'âme & d'imagination de l'éloquent réformateur. Les frères de Concourt ont donné, en eau-forte, ce Rousseau, dans leurs fascicules sur l'art au siècle dernier. Perrin, de Lyon, & Dentu, éditeurs.
Plaidoyer pour & contre J.-J. Rousseau & le do6leur D. Hume, l'historien anglais, avec des anecdotes intéressantes relatives au sujet; — ouvrage moral & critique pour servir de suite aux œuvres de ces deux grands hommes, par Bergerat. Paris, Dufour, 1768, i volume in-12.
Les Œuvres de l'abbé de Saint-R.êal, nouvelle édition. Paris, Libraires associés, 8 volumes in-12.
(Euvres poHhumes de Frédéric II, roi de Prusse. Berlin, Wbss & Decker, 1788, 15 volumes in-8'' reliés en maroquin fauve, avec armes sur le dos.
Divers éloges , par Thomas. Paris, Regnard, 1763- 1773, I volume in-8^
La Mme hifhrique, ou recueil de Lettres en vers , contenant les nouvelles du temps, écrites à S. A. la marquise de Longueville par le sieur Loret. Paris, Chenault, de 1650 à 1664, 5 volumes in-folio. — Les lettres du i" janvier au 28 mars de l'année 1664 sont manuscrites & copiées par de la Rue , en 1771 ^'^
^^^ Jeanne, devenue comtesse, par la grâce de Dieu <Sc la volonté de Louis XV, connaissait admirablement ces nouvelles a la main, non pas peut-être les nouvelles de
Anecdotes ecclésiafiiques tirées de rhiftoire du royaume de NapleSj de Giannone, par Jacques Vernet. Amsterdam, CatufFe, 1753, i volume petit in-8°.
Ahrêgê chrofiologique de l'Hilfoire des Juifs j par Charbuy. Paris, Chaubert, i volume in-8°.
Lettres sur l'Egypte, par Savary. Paris, Onfroy, 1785, 3 volumes in-8% avec armes sur le dos.
Hiftoire ancienne des peuples de l'Europe, par le comte de Buat. Paris , Desaint , 1772 , 12 volumes in-12 , avec armes sur le dos.
Mémoires de la Cour de France, pour les années 1688 & 1689, par M"' la comtesse de la Fayette. Amsterdam, Bernard, 1731, i volume in-12.
HiBoire de la vie <Ù^ du règne de Louis XIV, par Bruzen de la Martinière. La Haye , Venduren , 1740 , 2 volumes in-4\
Hiftoire de M""' de Lw^, anecdote du règne de Henri IV, par Duclos. La Haye, de Hondt, 1744, deux parties en un volume in-12. Histoire plus que galante {sic),
Loret, l'homme a tout faire de M™® de Longueville, mais celles de son époque, car Choiseul ne lui ménagea guère les flèches de ruelle, les couplets satiriques, les brocards de Cour & d'antichambre, toutes les malices de ces grands seigneurs qui ne pouvaient ouvrir la bouche sans blesser quelqu'un. Or, la ruelle du xvn® siècle, sous la plume de Loret, colportait, elle aussi, tous les bruits, toutes les nouvelles; — elle fit moins de mal que la ruelle du siècle suivant : les deux ruelles sont de la même famille, & la favorite avait employé & subi la dernière.
HiBoire politique du siècle, par Maubert de Gouvest. Londres, 1754, 2 volumes in-12.
Hiffoire du règne de Louis XIII, par le P. GriflFete. Paris, Libraires associés, 1758, 2 volumes in-4°.
Les Amours de Henri IV^ roi de 'France, avec ses lettres galantes à la duchesse de Beaufort & à la marquise de Verneuil. Amsterdam, 1765, deux parties en un volume in-12.
Diâionnaire géographique Q^ portatif de France, par le P. Dominique Magnan. Paris, Desaint, 1765, 4 volumes in-8°.
Les soirées helvétiennes , alsaciennes <&" francomtokes , par le marquis de Fezay . Amsterdam & Paris , Delalain , 1771, I volume in-8\
"Usages <Z^ Mœurs des Français, par Poullain de Lumina. Lyon, Berthaud, 1769, i volume in-12.
Le loyalisme, ou Mémoires de Du Barry de Saiîit- Aune<^ & de ConBance de Cé^lli, sa femme, anecdotes heWïques sous Henri IV, par de Limairac. Paris, Vallade, 1770, i volume in-8°.
Au cours de ce travail, p. 75, nous avons reproduit la lettre de l'auteur à M"'' la comtesse Du Barry. Le savant M. J.-A. Le Roi, qui a vu le livre, s'exprime ainsi :
La plupart des exemplaires de cet ouvrage ne portent aucun nom d'auteur. Dans celui-ci , le nom de l'auteur se trouve non seulement à la suite du
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titre, mais encore en bas de l'épître dédicatoire. Cet exemplaire a certainement été offert par l'auteur à la comtesse; le choix de l'exemplaire & sa magnifique reliure en maroquin rouge, toute couverte de dorures, en sont la preuve. Au-dessus de répître dédicatoire sont gravées les armes de M'"^ Du Barry, & de chaque côté deux levrettes enchaînées.
Hifîoire de la vie privée des Français, depuis V origine de la nation jusqu'à nos jours , par Legrand d'Aussy. Paris, Pierres, 1782, 3 volumes in-S"" reliés en maroquin rouge, armes sur le dos.
Lettres du baron de Bmhec, ambassadeur de Ferdinand P% roi des Romains , auprès de Soliman II , empereur des Turcs, etc., traduites en français, avec des notes historiques & géographiques, par l'abbé Defoy . Paris , Bauche , 1748 , 3 volumes in-12 .
Hiftoire abrégée de la vie d'Éléonore-Marie, archiduchejïe d'Autriche, etc., par N. Frison. Nancy, Cusson, 1725, I volume in-8".
Les F a fies du royaume de Fologne <ù^ de V empire dt ^ujiie, par Constant Dorville. Paris , Costard , 1769 ,
2 volumes in-8°.
HiBoire de l'Afrique <Ù^ de l'Espagne sous la domination des Arabes j par Cardonne. Paris , Saillant , 1765 ,
3 volumes in-12.
Hiftoire philosophique <Ù^ politique des établifrements (à^ du commerce des Européens dans les deux Indes , par Guillaume Thomas Raynal. Neufchâtel, Libraires
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associés, 1783, 10 volumes in-8% reliés en maroquin vert, armes sur le dos.
Monuments de la mythologie (Ù^ de la poésie des Celtes, (Ù^j particulièrement j des anciens Scandinaves, pour servir de supplément & de preuves à Tintroduftion à l'histoire du Danemark, par Mallet. Copenhague, Philibert, 1756, i volume in-4^
Hifloire de l'Académie fi^ançaise, par Pellisson & d'Olivet, troisième édition. Paris, Coignard, 1743 , 2 volumes in-12.
Tablettes dramatiques, contenant l'abrégé de l'histoire du théâtre français , l'établissement des théâtres à Paris, un didlionnaire des pièces & l'abrégé de l'histoire des auteurs & des a6leurs, par le chevalier de Mouy. Paris, Jarry, 1752, i volume petit in-8°.
Hiffoire <Ù^ Commerce des Antilles anglaises, par Butel- Dumont. i volume in-12.
Correspondance secrète, poUtiqu3 <Ù^ littéraire, ou Mémoires pour servir a VhiBoire des Cours, des Sociétés (Ù^ de la littérature en France, depuis la mort de Louis XV^ ij8p-iypo, par Métra & autres. 14 volumes in-12, reliés en veau vert, armes sur le dos. — - On est d'autant plus étonné de trouver cet ouvrage parmi les livres de M'"' Du Barry, qu'elle y est fort maltraitée ^'^
('^ A son retour d'exil, 6c grâce a la prote6lion toujours galante du vieux ministre & courtisan Maurepas, Tex-favorite, tout entière a son amour pour Brissac, n'eut
DiHionnaire de littérature, par Tabbé Sabatier de Castres. Paris, Vincent, 1770, 3 volumes in-8°.
Recueil d'anecdotes, par M""^ de Laisse. Amsterdam , 1773, I volume in-i2.
Principes du droit politique, par Burlamaqui. Amsterdam, Châtelain, 1750, deux tomes en un volume petit in-8^
Le Droit public de France éclaira par les monuments de l'antiquité, par Bousquet. Paris, Desaint <& Saillant, 1756, I volume in-4°.
De l'Autorité du clergé <Ù^ du Vouvoirdu magtftrat politique sur l'exercice des fonélions du minilfère ecclésiastique , par Richer. Amsterdam, Arkstée, 1767, 2 volumes in-i2.
guère le temps de lire ; cet amour semblait lui refaire une virginité, s'il faut en croire les billets du matin & la correspondance de l'époque; un sentiment, d'autant plus vivace, intense & dominateur qu'il était nouveau dans cette âme, ravagée par tant d'années de plaisirs faciles & pour ainsi dire commandés, naissait alors & bientôt grandissait, effaçant le passé & projetant sur l'avenir une lueur sereine. Mais quelque chose grandissait aussi en France : la Révolution, qui allait demander des comptes a la pauvre femme, tuer son amant, la décapiter ellemême. Put- elle donc s'apercevoir des attaques contenues dans l'œuvre de Métra ? Dans son esprit les volumes firent nombre, & voila tout. Des accusations, plus redoutables que celles formulées par Métra, retentirent; &, en écrivant ces lignes, il nous semble entendre les cris de douleur, de rage & de désespoir d'une vi6lime qui expia les abaissements d'un roi.
Conftitutiofi de l'Angleterre, ou État du Gouvernement anglais j comparé avec la forme républicaine & avec les autres monarchies de l'Europe, par Delolme. Genève, Barde, 1877, 2 volumes in-8% reliés en veau marbré vert, armes sur le dos.
UAlcoran de Mahomet, traduit de l'arabe par André du Ryer, sieur de la Garde Malézair, nouvelle édition, revue, corrigée & augmentée des observations historiques & critiques sur le mahométisme, ou tradu6lion du discours préliminaire mis à la tête de la version anglaise de l'Alcoran, publiée par Georges Sale. Amsterdam, Arkstée, 1770, 2 volumes in-12.
Réflexions, sentences (Ù^ maximes morales, mises en nouvel ordre, avec des notes pratiques & historiques, par Amelot de la Houssaye, nouvelle édition augmentée de maximes chrétiennes. Paris, Ganeau, 1754, i volume in-12.
Emile, ou de VEducation^^\ par J.-J. Rousseau. Amsterdam, Néaulme, 1762, 4 volumes in-12.
Réflexions politiques sur les flnances <Z^ le commerce.
^^^ Nous avons visité, soit en province, soit a Paris, soit a l'étranger, un grand nombre de bibliothèques formées au siècle dernier, & entretenues par le soin pieux <& éclairé des descendants, & partout nous avons rencontré Etnile oh de l'Education; nul volume, sauf Y Encyclopédie, n'eut une vogue aussi durable; la Du Barrj ne pouvait faire exception a une règle que nous avons lieu de croire générale.
par Dutot. La Haye, Vaillant, 1754, 2 volumes in-i2.
EJiai politique sur le commerce, par Melon, nouvelle édition. 1761 , i volume in-12.
Annales politiques de feu M. Charles-Irénée Castel , abbé de Saint-Pierre, nouvelle édition. Lyon, Duplais, 1767, 2 volumes in-12.
■ EJ^ai philosophique, concernant l'entendement humain, par Locke, traduit de l'anglais par Coste. Amsterdam, aux dépens de la compagnie, 1758, 4 volumes in-12.
De la Kecherche de la 'Uéritê, par Malebranche. Paris, 1762, 4 volumes in-12.
HiBoire du Ciel, considérée selon les idées des poètes, des philosophes & de Moïse, par Noël Planche. Paris, Estienne, 1739, 2 volumes in-12.
Considérations sur la conftitution de la marine militaire de France, par de Secondât. Londres, 1756, i volume in-12.
Kouge végétal à l'usage des dames , avec une lettre à M*** sur les maladies des yeux causées par l'usage du rouge & du blanc, par le D' Deshais-Gendron. Paris, 1760, I volume in-12 ^^^
^'^ Ce dernier volume du catalogue fut sans doute celui qui eut les honneurs de la table de toilette. La comtesse, au temps de sa faveur, si durement expiée sur Téchafaud, faisait des toilettes incessantes; elle se gênait peu avec le Roi, ne venait pas quand la table l'attendait, ou paraissait simplement vêtue d'un long manteau de chambre : Louis XV laissait faire, traitant cela de caprices & d'en-
Les fureteurs, qui aiment à remonter aux sources, peuvent consulter avec fruit les dossiers conservés à la bibliothèque de la ville de Versailles.
Voici, d'après les indications de M. Le Roi, leur désignation exaéle :
i' Dossier renfermant toutes les pièces regardant particulièrement M"'' Du Barr)^ ;
2° Procès entre les héritiers Du Barry, dans lequel est établie la preuve que M"*^ Du Barry est fille naturelle d'Anne Bécu;
f Autre dossier, dans lequel on trouve une foule de renseignements sur tout ce qui regarde M"" Du Barr}^;
4° Dossier concernant le vol des diamants de M'"^ Du Barry, & les dépôts d'argent faits par elle en Angleterre;
f Dossier Gossé-Brissac;
ô*^ Dossier de Rançon de Montrabe, beau-père deM"*«DuBarry; • ^
fantillages. Et le rouge seyait à merveille au joli visage rempli de grâce mutine. Et comment vouliez-vous qu'un blase un ennuyé, un voluptueux réduit aux expédients, n oubliât pas toute dignité , quand il voyait l'Amour présider aux merveilleuses toilettes de Vénus? Riez, riez à gorge déployée : les échos de Versailles entendent ks dermers nr^s du xvni' siècle.
^( io6 )»€^— '
7° Dossier contenant les états des dettes, oppositions & significations existant au trésor public sur la comtesse Du Barry j
8" Procès des héritiers de M"^*' Du Barry. — Mémoires imprimés 5
9% lo'', 11% 12°. Dossiers des divers procès in> tentés par les héritiers de M°'^ Du Barry, contre MM. Rohan- Chabot, de Chabrillan, de Mondragon ;
13° Dossier concernant le comte Guillaume Du Barry, mari de la comtesse; son second mariage avec Madeleine Lemoine^ sa mort;
14° et 15''. Papiers concernant les parents de M"" Du Barry.
Le Livre!. . . Tout passe, tout s'écroule, les maisons royales, les institutions, les races, les peuples, les cités , & le Livre reste, le Livre survit à l'orgueil, à l'ambition, aux passions des siècles : quelle puissance & quelle grandeur!
Une favorite prenant place, — une place d'ailleurs marquée, — dans un journal de bibliographie, il y a là assurément quelque chose de piquant, & l'on peut avancer, sans crainte de formuler une hypothèse hasardée, que la petite Bécu n'avait pas envisagé cette célébrité posthume. — Admirable prestige du
Livre , qui purifie ce quil touche , nous l'avons dit , & nous tenons à l'accentuer. Le Livre est la passion maîtresse, souveraine, profonde, exclusive^ c'est un jaloux qui ramène tout à lui, nul moyen de lui faire entendre raison : on subit ce martyre charmant sans trop se plaindre. — Et que d'hommes ont dû à l'amour du Livre des consolations suprêmes que ni la société, ni les relations, ni les honneurs, ni la fortune n'eussent pu leur donner! Toujours ami, toujours bienveillant, toujours à la portée de notre œil & de notre main, le Livre n'est-il pas — & par excellence — un dieu du foyer, un sourire toujours éclos pour appeler notre sourire, une ardente pensée toujours prête à stimuler notre pensée ? Qui n'aime pas le Livre a une case vide dans le cerveau 5 l'équilibre n'existe plus : on vit, mais sans connaître de la vie ce qu'elle a de meilleur.
Il suffit que l'on ait eu une riche bibliothèque pour passer à l'immortalité. Que l'on soit revêtu de la pourpre romaine comme les illustres cardinaux, fondateurs de la Vaticane, ou que l'on se plaise à enrichir ses livres de superbes reliures, comme Grollier, de Thou,
— ^>( io8 )»c-f-
le duc de LaVallière, Choiseul, le Régent, les filles de Louis XV & les nombreux amateurs des xv% xvi% xvif & xviif siècles, cela reste dans les collections d'État $ votre nom est plus souvent cité que celui de tel conquérant. Le Livre possède l'immortalité, il donne cette immortalité avec la rare bienveillance du talent unie aux franches manières du m.onde lettré. Aimer le Livre, l'acquérir, le conserver, lui procurer le vêtement & le couvert, c'est travailler pour l'avenir, c'est faire œuvre d'artiste & de savant.
Claude Garamond
CE VOLUiME A ÉTÉ IMPRLMÉ AVEC LES CARACTÈRES GRAVÉS PAR CLAUDE GARA- MOND DANS LES DERNIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE FRANÇOIS I"'. CLAUDE GARAiMOND, GRAVEUR ET FONDEUR DE CARAC- TÈRES D'IMPRIMERIE, AVAIT ÉTÉ L'ÉLÈVE DE GEOFFROY TORY, DE BOURGES, QUI FUT LE RÉNOVATEUR DE LA TYPOGRAPHIE FRANÇAISE AU XVl^ SIÈCLE.
La Bibliothèque Tiversité d'Ottawa Echéance
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