SCÈNE IX
LE MARQUIS, BERTHE C
RERTIIE, traversant vivement.
Je VOUS fais mes compliments, M. le marquis; vous avez
* J'eillie, le MarqnU.
l’amour est un enfant 21
fait de la belle besogne avec vos maximes de grand ton... Vous ôtes cause que mon mari s’éloigne de moi.
LE MARQUIS
Et vous lui en voulez peut-être ?
BERTilE.
Une telle indifférence? N’ai-je pas droit de m’en fâcher.
LE MARQUES, à part-
Ah ! très-bien !
BERTIIE.
Mais on dirait que cela vous fait plaisir que je me fâche!
LE MARQUIS
N’en croyez rien.
BERTIIE, elle s’assied.
Dans tous les cas il est bien naturel que je m’offense de ce départ soudain... d’autant plus que tantôt, lorsque nous étions seuls, nous nous disions...
LE MARQUIS
Vous vous disiez?...
'Qu’il y a probablement dans le mariage quelque chose que nous ne connaissons ni l’un, ni l’autre.
LE MARQUIS, ^ part.
Ravissante ingénuité?
BERTIIE.
Et qu’à nous deux, nous aurions peut-être fini par deviner.
LE MARQUIS, à part.
Délicieuse candeur!
BERTHE
Mais maintenant que Henri est parti...
LE MARQUIS
Voulez-vous qu’aussi bien que lui, j’essaye de vous éclairer.
BERTIIE.
En fait de mariage ?
LE MARQUIS
Et même sur un point plus délicat encore... l’amour.
RERTIIE.
L’amour I Oh ! Henri m’a déjà appris ce que c’est.
LE MARQUIS
Gomment ?
BERTHE
L’amour est un enfant.
LE MARQUIS, il pari.
Qu’est qu’elle me dit là!
l’amour es?- un enfant
BERTHE
Oui, Henri l’a vu dans une cliainbr» d’auberge, en slalucUe sous la forme d’un enfant.
LE MARQUIS, A part.
Ah! je comprends !
BERTHE
Avec cette inscription :
• Qui que tu sois, voilà ton maître
• 11 l’est, le fut, ou le doit. >
LE MARQUIS
Et c’est là tout ce que vous en savez? Oh 1 je le disais bien... quelle ignorance!... L’amour est un sentiment qui s'empare de tout notre ôtre, quoi que nous fassions pour nous en défendre... une attraction irrésistible qui nous domine à tout âge...
BERTHE
Môme au vôtre ?
LE MARQUIS, à part.
Ohl ces pensionnaires ont quelquefois dos, mots terribles. (Haut.) Oui, même au mien... L’amour fait que l’on tressaille d’aise et de bonheur à la vue de la personne aimée...
BERTHE
Que me dites vous là ?
LE MARQUIS
Ah I cela commence à vous intéresser ! L’amour'nous entraîne aussi à chercher un regard doux et long qui se confond avec le nôtre...
BERTHE, baissaot les yeux sons le regard du Marquis.
Ah ! comme vous me regardez I
LE MARQUIS.'
L’amour nous pousse aussi à enlacer d’un bras téméraire une taille svelte et souple... (ll passe son bras autour de la taille de Beriho.,) H nous amène aussi à prendre doucement une main blanche et Gne...
(il prend la main de Berlbc.)
BERTHE
Ah! ne me touchez pas!...
LE MARQUIS
ün mot encore... Quand on tient une si jolie main, l’amour veut qu’on la porto à ses lèvres.
BERTHE
Que faites vous, monsieur ? Je tremble, je ne veux plus rien savoir.
l’amour est un enfant 23
LE MABQUIS.
L’amour dans son ivresse demande toujours plus qu’il n’oblient... il s’t'uliardil mi^me quand on le combat, il s’excite en cherchant à s'apaiser, et quelquefois il commence par prendre pour être sûr de tenir...
(il l’ombrasse sur le visage, an même me iienl Uonri entre.)
BERTIIE , SC dérobant au Marquis.
Oh! laissez-moi... voilà Henri... Je me sens accablée de confusion et de honte... et je n’ai pas la force de rester.
(Elle s’échappe vivement par la droite.)