HENRI, LA BARONNE
HENRI
Ah! 'VOUS voulez que jo fasse mes adieux à ma femme... mais avant... permettez, madame... c’est à vous même que je désire parler.
LA BARONNE
A moi?
HENRI
Tout ce qui se passe depuis ce matin me semble tellement étrange... D’abord, mon tuteur aussi bien’que mon précepteur qui me recommandent de me tenir à une distance respectueuse de ma femme... de ne pas songer à lui donner le moindre baiser... Et c’est un ordre auquel je me suis conformé, peut-être bien naïvement... puis, monsieur le marquis encore au nom des convenances et du bon ton, qui me dit qu’un gentilhomme a une femme pour ne jamais faire attention à elle... et lui-même que je trouve tout-à-coup prenant les libertés qu’on me défend à moi, qu’est-ce que cela veut dire?
LA BARONNE
Vous êtes un enfant.
HENRI
L’amour aussi en est un, madame... et c’est pourquoi il y a des choses sur lesquelles j’entends être éclairé à l’instant même.
LA BARONNE
A l’instant... et par qui?...
HENRI
Par vous môme, madame.
LA BARONNE
Par moi?
HENRI, avançant le fanteuil.
Tenez, madame, je vous en prie, asseyez-vous...
LA BARON.NE
Et pourquoi donc ?
HENRI
Oh1 je vous en supplie.
LA BARONNE, s’asseyant sar le sofa.
Allons, il faut bien vous satisfaire...
* Henri, U Baronne.
HENRI
C’est que, voyez-vous, il y a une chose que je tiens tant à savoir.
LA BARONNE
Quoi donc?
HENRI, se glissant derrière elle, et l’embrassant à l’épaule.
Oh!...
LA BARONNE, se levant avec un cri. — Elle revint à droite.
Ah!
Ce que c’est qu’un baiser! ah ! que c’est bon!
LA BARONNE
Petit traitre! petit audacieux! voilà pourquoi vous m’avez fait asseoir. Je devrais être furieuse.
HENRI
Mais vos regards ont beau vouloir être courroucés... On dirait que ça vous a fait plaisir, à vous aussi.
LA BARONNE
Voulez-vous bien vous taire! Je suis très fâchée.
HENRI
C’est drôle, vous n’en avez pas du tout l’air.
LA BARONNE
Je vous dis que je suis...
HENRI
Et pourquoi tant vous irriter? Après tout, je ne fais auprès de vous que ce que le marquis faisait auprès de ma femme.
LA BARONNE
Ah ! le monstre !
HENRI
Je l’ai bien vu... Il lui prenait aussi la main.
(il prend la main de la Baronne.)
LA BARONNE
Ah! le scélérat 1
HENRI, lui prenant la taille.
11 lui prenait aussi la taille.
LA BARONNE
Mais si je vous le permets, croyez bien que c’est parce que VOUS êtes un enfant.
HENRI
Je vous ai dit tout à l’heure, madame, que l’amouraussi...
LA BARONNE
En est un!... Alors je vous défends à l’instant.
* IlonrI, !a Baronne.
HENRI
Ne me défendez rien, de grâce.. . car je commence à le comprendre... En fait do baisers, il y a mieux qu’un, c’est deux.
(il l’embrasse deux lois.^
LA BARONNE *
Voulez-vous bien finir, enfant?
HENRI
Et mieux que deux, c’o.st troi'?, c’est vingt, c’est cent, c’est mille !
Eh bien ! eh bien !
HENRI
Ah ! comme le proverbe a raison... L’appétit vient en mangeant.
(La baronne lui échappe, il la ponrsnit anlonr du Ihéàtre.]
LA BARONNE
Je dois mettre un terme à de telles folies et je vous échappe...
HENRI
Je saurai vous rattraper.
LA BARONNE
Je vous défends de me suivre.
HENRI
Et malgré tout mon désir de vous obéir, je m’attache à vos pas.
LA BARONNE, traversant ***.
C’est une audace impardonnable.
HENRI
Que vous pardonnerez.
LA BARONNE
Finissez!
HENRI
Arrêtez !
Vous allez renverser les meubles.
HENRI
Ce sera votre faute.
LA BARONNE
Et si vous me touchez encore...
* 1.1 UjruunCt Henri.
** Henri, la Barunur.
*•* lai BAfonne, Henri.
l’amour est un enfant
HBNRI.
Ce sera la mienne.
LA BARONNE
Je ne le permettrai jamais.
HENRI
Si ce n’est tout de suite!
LA BARONNE
Je me sauve !
Et je vous tiens I
(il parvient de nouveau à la saisir.)
LA BARONNE
Vous êtes un effronté, mon évent.ûl va vous punir.
HENRI, rembraseant encore.
Si je ne sais obtenir ma grâce...
LA BARONNE
En devenant plus coupable !
HENRI
Pour vous rendre plus indulgente!
LA BARONNE, lui échappant.
Non!... vous voyez bien que non !... Apprenez qu’on n’embrasse ainsi que les chanibrières et que les baronnes demandent plus d’égards. Je ne vous reverrai de ma vie.
(Elle sort précipilammont.