‹ L'amour et la guerre, vaudeville en un acteChapitre 2 sur 20 · BLINVAL, VALENTIN · texte numérisé non relu

BLINVAL, VALENTIN

BL1NVAL , il est assis auprès du bureau et examine la carte. Valentiri est appuyé sur le bureau et écoute M, BlinvaL

Superbe carte d'Allemagne!... tout y est indique'... jusqu'à mon petit château... Tiens, regarde Valenlin , c'est pourtant là que nous sommes en ce moment.

VALENTIN

Vous croyez?... Ma foi, moi, Monsieur, je n'y vois que des pattes de mouche et des zig-zag.... Si seulement , je pouvais voir ou c'qu'est l'armée française....! est-elle là-dessus l'armée française?

BLINVAL

Tu vois bien cette chaîne de montagnes?

VALENTIN

Ah! c'est des montagnes... j'aurais pris ça pour une melonnicre.

BLINVAL

Imbécille!... l'armée française est campée dans la plaine qui est au pied de ces montagnes..., et c'est sur ce- point noir~que te colonel a été blessé.

VALENTIN

Ali! c'est là!... L'affaire a été chaude!... Et M. Dernon nous a sauvés d'un fameux danger...

BLINVAL

Certainement... un parti autrichien s'était fourvoyé jusqu'à ce petit bois... Nous étions perdus si le colonel Dernon n'eût fait à propos une sortie du fort de Tilnitz... Il repoussa l'ennemi, mais il reçut une blessure grave...

VALENTIN

Heureusement vous étiez là avec votre château.

BLINVAL

Oui, je me suis empressé de le recueillir...; pouvais-je faire moins pour un Français, pour un héros?... (Il se lève.) « Quittez l'Allemagne, m'écrivaient mes amis de « Paris; fuyezloin du théâtre des combats... » J'ai toujours répondu :« La guerre va recommencer... eh bien! je « serai là..., non pas pour faire le coup de fusil moi- <( même..., mais mon château pourra devenir l'asile de « quelque militaire blessé... » Vois-tu , Valentin, l'on se doit toujours à ses compatriotes..., surtout quand ils sont colonels.

Air : Il me faudra quitter l'empire.

Je suis trop vieux; mais si ma main tranquille Ne veut point donner le trépas ,

Que mon château devienne au moins l'asile

De nos guerriers blessés dans les combats.

Je nai jamais , enflammé par la gloire,

Su rechercher de périlleux travaux ;

Mais n'est-ce pas encore une victoire

Que de sauver la vie à des héros?...

VALENTIN

Il est certain que les Français sont bien reçus chez vous...

BLINVAL

Ah! quoique les soins de ma fortune m'aient fixé en Allemagne, depuis un an environ, je n'ai pas oublié ma patrie.

VALENTIN

Ni moi... Je bois tous les jours à sa santé, pour m'en rafraîchir la mémoire.

BLINVAL

Ma fille est comme nous..., elle ne peut perdre le souvenir de Paris... Elle m'en parle sans cesse... Aussi, comme elie est aux petits soins pour le colonel !...

JgVALENT/N

Croyez-vous que tous les soins qu'elle lui donne soient pour l'amour de la pairie?...

BLINVAL

Je ne sais... A Paris j'avais cru m'aperëèvoir qu'elle avait une inclination... Mais notre malade la lui a fait oublier... et j'en suis bien aise, parce que j'ai toujours eu un faible pour les braves !... .Tétais né pour être brave... les dangers , les batailles... je ne connais que ça.

VALENTIN

Oui... {à part) sur la carte!... (liaut) Allons, allons , je vois bien que le colonel...

BLINVAL

S'ils se conviennent, Matbilde est à lui.

VALENTIN

D'autant plus, qu'en temps de guerre, il vaut mieux être femme que demoiselle !

A propos, je m'oubliais ici... J'ai à lui communiquer un plan... je vais savoir s'il est levé.

VALENTIN

Qui? le plan?

BLINVAL

Non, le colonel! (Il roule la carte et V emporte sous son bras , il sort par la porte latérale* à gauche du spectateur.)

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