‹ L'amour et la guerre, vaudeville en un acteChapitre 4 sur 20 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

DERNON , MATHILDE.

( Dernont est appuyé sur le bras de Mathilde. )

MATHILDE

Air : llfaul quitter le village.

Vraiment votre force augmente -, Je le sens... dès aujourd'hui Votre marche chancelante Pourra se passer d'appui.

DERNON.

Tant de bonté m'intéresse :

Mais la force est-elle un bien !...

Je regrette ma faiblesse S'il faut perdre un tel soutien.

Non je sens que rien|n'augmente Cette force qui ma fui , Ma marche encor chancelante A toujours besoin d'appui.

MATHILDE

Vraiment votre force augmente , etc,

Oui, colonel , vous êtes beaucoup mieux que vous ne croyez.. . . Tous les jours j'interroge le docteur : je sais à quoi m'en tenir.

DERNON, à part.

Quelle attention touchante!... {haut),.. Eh bien I le docteur se trompe; je suis à peine convalescent, et je m'en console... Autrefois , j'aurais maudit une blessure qui m'eût retenu loin des périls et de la gloire... Aujourd'hui, je me résigne avec une facilité qui m'étonne... Je crois vraiment que je deviens... philosophe!...

MATHILDE

Savez-vous que je n'approuve pas entièrement ce que vous appelez résignation et philosophie...

DERNON.

Et pourquoi donc?

MATHILDE

La France a trop besoin des hommes de mérite qui la servent , pour que je vous encourage à rester dans l'inaction...

DERNON.

. Vous êtes trop bonne, en vérité!.. Mais je puis, sans que mon devoir en souffre, me reposer quelque temps encore; le fort de Tilnitz n'est pas assiégé... D'ailleurs il renferme des officiers distingués... Si quelque chose pouvait m'y rappeler, ce serait le désir de revoir mon jeune frère...

MATH IL DE

Votre frère !...

DERNON.

Oui , un étourdi, que je ne puis m'empêcher d'aimer...

MATHILDE

Mais , il me semble que c'est naturel...

DERNON.

Pas toujours!... Par exemple le mien a plus d'une fois été mon rival... A la guerre il m'enlevait des lauriers... Et pendant la paix , si je m'avisais de conter fleurette, le drôle arrivait exprès pour se charger du dénouement...

MATHILDE

C'est donc un homme très dangereux!...

DERNON.

Il l'est beaucoup moins depuis quelque temps... Il est tourmenté par une passion malheureuse.

MATHILDE

Une passion , avec le caractère que vous lui donnez!

C'est un amour de ma façon !... De lui-même il n'y serait jamais parvenu ; mais j'y étais intéressé... il y allait de mon repos. Je ne sais trop , en vérité , pourquoi je vous entretiens de tout cela !...

MATHILDE , souriant.

Continuez donc, je vous prie... je suis femme, et curieuse.

DERNON.

Je m'y suis pris d'une manière très simple... Nous étions en garnison à Paris... Mon frère me dit un jour qu'il était sérieusement amoureux... il ne me dit pas qu'il était aimé... d'où je conclus qu'il ne l'était pas... Je lui fis croire que le suprême bonheur était d'aimer sans espoir... Moi , son aîné de quinze ans, son mentor, j'avais le droit de lui faire , et je lui faisais en elfet des sermons sur la

constance ,sur la fidélité... Tant qu'il est resté en France, je n'ai pu le convaincre de ces choses-là...

MATHILDE

Je conçois !... les exemples vous manquaient...

, DERNON.

Mais, une fois en Allemagne, terre classique du sentiment...

mathilde , gaîment.

Patrie de Vert lier!

Là, j'ai achevé de le convertir, et maintenant je puis me permettre d'être amoureux ; il garde la plus stricte ^neutralité.

mathilde , souriant.

Et vous voulez, .sans doute , profiter du repos qu'il vous laisse...

DERNON.

Vous me faites celte question en plaisantant... cependant rien n'est plus vrai :

Air : Ce que j'éprouve en vous voyant. J'aime, et je n'ose l'exprimer, Celle que j'aime est si jolie!...

A sa bonté je dois la vie ; Je lui dois de savoir aimer.

Le plaisir de la bienfaisance A tant de charmes pour son cœur , Que je veux par reconnaissance, Lui devoir tout... jusqu'au bonheur!

Oui, Mademoiselle. ..jusqu'à présent je n'osais parler... je renfermais dans mon cœur des sentimens...

(Mathilde paraît étonnée. )

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