‹ L'amour et son train comedie en un acte, en vers (volume 2)Chapitre 3 sur 128 · SCÈNE PUEMIÈUE · texte numérisé non relu

SCÈNE PUEMIÈUE

D.VME B.\RHAR.\, DONA CAR.MCN.

(Dame Barbara est assise à gaucUn et lirode au tambour. Dona CanntMi, «ieb<m( piôi (le \a feuelrei y cuoillo une rose dans un va^e.)

D. CARMEN^ descemlant vers le milieu.

Ce gdi bouton d’avril, si frêle et si hâté.

Des le premier soleil je l’avais adopté.

Et, pendant trois longs jours, dans toutes mes priètes,

J’ai demandé pour lui les brises printanières.

Le rayon le plus dou.v comme le plus doré.

Si je l’avais perdu, vraiment j’aurais pleuré, rriste et seule, avec lui j’amusais ma tendresse :

C’était mon amoureux, moi j’étais sa maîtresse !

Mais ce soir, quand j’allais l’oublier, — le chéri A brisé sa cloison, et la rose a fleuri.

(a Uume liurbira.)

Mets- la dans mes cheveux nouvelle et parfumée...

(Elle se baisse ; Dame Barbara lui met la rose dans les tlicscui.)

Suppose maintenant que je veuille être aimée ..

Suis-je belle, dis-moi?

DAME BARBARA

Belle comme le jour,

Comme le.s trois vertus : la Foi, l’Espoir, r.Vmour.

L’AMOlU ET SON TUAIN.

D. CARMEN

Hien. CVst comme cela que je vcu.\ être. Écoute !

On dit que plus d’un cœur souffre tout bas et doute.

Et, sans avoir aimé, n’espère déji plus;

Or, sa croyance éteinte et ses rêves perdus.

Oui peut savoir ?

(naissant la voix.)

l’amom’ les lui rendrait pcut-êire.

DAME BARBARA^ loujmirs assise.

Vous avez dit?

D. CARMEN^ s'assoyaiit près d ollc*

J’ai dit que mon tuteur, ton maître.

Est à Séville. Il doit y icster pour le moins

Vingt jours; cl toutes deux nous vivons sans témoins.

Deux femmes !

(a>oc iiiUnlion.)

M’aimes-tu, Bai'bara ?

DAME BARBARA

Belle et bonne.

Qui ne vous aimerait, senorita ?

D. CARMEN, avec un léger soupir. *

Personne,

Excepté loi, vois-tu, ne me l’a dit cncor,

Et j’en suis inquiète, oh oui ! — Mais tout d’abord.

Si tu m’aimes, sans rien cacher, je t’en supplie. Réponds-moi : Que fait-on, jeune Allé et jolie ?

As-tu dansé beaucoup autrefois ?

DAME BARBARA

Moi ? très-ix'u.

Le jour je travaillais, le soir je priais Dieu.

D. CARMEN

Tous les jours ?

DAME BARBARA

Tous les jours.

D. CARMEN

Le passe-temps, ma chèr

Est respectable, hélas l — mais tu n’es pas sincère... Conte-moi le bon temps, ces fandangos légers

Qui glissaioiil ot lujaieut stms les blancs mangors.

Et les cœurs plus émus que rappi-ocliait la danse... l*cut-ôU'e un souvenir, qucbpic chère iinpmdonce.. .

DAME BARÜARA.

Enc imprudence, moi ! Harbara Cardoval !

Je n’en ai jamais fait ; vous me connaissez mal ;

Car, bravant tout, complots, billets doux, embuscades. Je marchais insensible à travers les œillades.

D. CARMEN

Amie, est-ce bien vrai ?

DAME RARBARA.

Grande était ma vertu.

Celui qui l’attaquait, j'en jure, était battu.

D. CARMEN

Mais toi-même...

DAME BARBARA

A Tolède et dans les deux Caslilles,

Je passe pour la fleur et la perle des tilles.

D. CARMEN

J'en suis bien sûre; mais tu m’as dit à moitié,

Un jour, que ta rigueur peut-être aurait plié.

Si...

DAME BARBARA

J’étais invincible, et rien...

Ü. CARMEN

Quoi ! lu t’irrites,

Barbara ! Je connais mieux que toi les mérites.

Mais tu m'avais promis... Oh ! j’y tiens, et je veux. Douce comme pour moi, recevoir tes aveux.

DAME BARBARA, m: levant et passant à (truite.

Non. J’étais fière et sage... et pourtant à. Tolède, Lorsque j’avais seize ans, je n'étais pas trop laide.

CAR.MEN, s'approebant.

Je le savais. Ensuite?

CAME BARBARA

Au bat, senorita.

Vers ce temps, un jeune homme à me voir s’arrêta , IVndant que je dansais un boléro. La llamine

L’AMOUU liT SON TKAIN.

Brûlait clans son regard si vive, que mon âme Y fut prise, et j’aimai je ne sais trop comment. L’homme était un trompette au Royal-Régimenl,

Et, certes, le plus beau ! Sous sa moustache noire. Quelles lèvres de pourpre ! et quelles dents d’ivoire ! Quel uniforme rouge avec des galons d’or !

Tel est, dans la chanson, le Cid Campeador.

D. CAUMEN.

Toi, tu jouas Chimène?

DAME BARBAHA.

Un mois. Bah ! rien ne dure ; Car, avant que l’Église eût tini l’aventure,

Il me fit ses adieux, sans égard pour mon cœur.

Et tout le régiment partit.

D. CARMEN

L’ingrat vainqueur!

DAME BARBARA

Je le pleurai beaucoup. Toute ma triste vio.

Dépareillée, alla camper à Ségovic,

Tête et cœur, tout ensemble.

D. CARMEN

Et ton Cid?

DAME BARBARA

Trahison !

Avec lui son amour changea de garnison.

, D. CARMEN

Mais la tienne, est-ce pas, fut loyale et fidèle?

DAME BARBARA, liésilanl.

Mon amour... oui, sans doute, elle fut...

n. CARMEN.

Éternelle.

Je t’approuve en cela, ma vieille amie. Eh bien! Puisque tu m’as tout dit, je ne cacherai rien.

J’aurai bientôt seize ans; aussi, l’autre dimanche...

— Toi-même as prétendu que ma mantille blanche Fait bien sur mes cheveux, et je la mets pour toi... — Dimanche donc, j’avais ma mantille, et je croi Qu’elle allait à merveille. Au fond de la chapelle, J’entaidis qu’on disait à voix basse : Elle est belliï !

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