ACTE III,, SCÈNE I
la soupe. (Cabry s'approche de la marmite, on lui donne me gamelle.)
CABRV.
Jejeux bien. {Il grelotte.) Je ne peux pas. {Il tremUe.) Est-ce vexant ! je vas rattraper les fièvres.
LE SERGENT
Attends un peu, gourmand, elle refroidira. '
CABRT. ‘
Elle est gelée... Ah ! Jacinthe, oh est ton casaquin ?... ion j
bouillon et tes yeux noirs, qui me rédbauifaient comme deux - 1
soleils ? - 1
LE SERUENT. I
Tu as beau dire : jolie armée I que Tarmée du Rhin , dont |
nous avons l'honneur d’être membres...
CABRT.
Je ne dis pas, mais c’est drôle, moi, je n’aime pas les sièges. |
LE SERGENT
Tu n’aimes pas les sièges, et voilà le premier que tu vois. Attends donc, pourquoi ne les aimes-tu pas ?
CABRT.
On avale trop de poussière. •
LE SERGENT
Bah t il pleut tant par ici...
CABRT.
Que la poussière devient de la crotte!... Bie4 obligé, et puis on travaille trop avec la pioche, ça n’est pas assez militaire pour moi, et puis, monter la garde à une foule de pieds sous terre, dans des trous, je me fais l’effet d’une taupe.
LE SERGENT
Oh! oui!... mais quand on sort de là, aussi, comme il fait chaud t
CABRT.
Pas trop! pas trop!
LE SERGENT
Oh ! je ne te parle pas d’en sortir comme tu ^iens do le faire.
CABRT.
Il y a donc d’autres manières?
LE SERGENT
Pardieu ! quand le fourneau est prêt.
CABRT.
Ah! le fourneau!
LE CHATEAU DE GRANTIER
LK SERGENT
Et qu'on allume la saucisse.
CABHV.
La saucisse sur le fourneau. (Tous de rire.) Dame I il vient de le dire.
LE SERGENT
Oui, mais il y a fourneau et fourneau, comme il y a saucisse et saucisse... Le fourneau de siège, vois-tu, n'est pas tout à fait la même chose que ceux de la cuisine.
CABRT.
Ah!
, LS SERGENT
Figure-toi un trou que l’on creuse jusque sens le camp ennemi, un trou comme celui dans lequel tuas monté la garde,
CABRT.
Bon!
' LE SERGENT
On y bourre une douzaine de barils de poudre, on trépigne bien dessus.
CABRT.
Bon !
LE SERGENT
On met le feu Acela par le moyen d’une mèche, que nous autres ingénieurs nous appelons saucisse.
CABRT.
Ingénieur!... c’est ingénieux!... Ah ! très-bien !
LE SERGENT
Et au moment oh l’ennemi s’y attend le moins, on le fait sauter en l’air avec tout son bataclan. Est-ce que ce n’est pas une jolie manière de sortir do terre î
CABRT.
Très-jolie... très-jolie!. . . Et alors, vous croyez, sergent, que nous sommes en train de mettre une saucisse sur le fourneau pour les Anglais' et lés Russes ? ' '
LE sergent.
Ça ne m’étonnerait pas, Breton.
CABRT.
Et voilà pourquoi notre colonel nous fait creuser toutes ces galeries et ces boyaux où Ton a si froid?
LE SÉRGENt.
Tout juste, en attendant qu’on y ait trop chaud.