JEU
— L'amour est un traître qui nous égratigne lors même qu^on ne cherche qu'à jouer avec lui. Ninon de Lenclos.
— Il est un jeu divertissant sur tous,
Jeu dont l'ardeur souvent se renouvelle ;
Il divertit et la laide et la belle;
Soit jour, soit nuit, h toute heure il est doux.
Or devinez comment ce jeu s'appelle?
Le beau du jeu n'est connu de Tépoux ;
C'est chez l'amant que ce plaisir excelle;
De regardants, pour y juger des coups,
11 n'eu faut point; jamais on n'y querelle;
Or devinez comment ce jeu s'appelle? La Fontaur.
— Les femmes commencent par faire de l'amour une grande affaire; mais bientôt, familiarisées avec lui, elles n'en font plus qu'un jeu. Bochebrdnb.
— A^ujoard'hui, dit un de nos poëtes :
L*amoar n^est plus qu'un jeu, qu^un simple amusemeot Où Ton est convenu de tromper finement, D'être- dupe ou fripon, le tout sans conséquence, Mais d*ètre le dernier pourtant avec décence.
— On ne peut avoir deux passions dominantes à la fois. \ ',L*ambitieux n*aime pas ; celui qui aime bien ne peut qu*ai- ; ^mer. Le joueur veut perdre ou gagner ; si l*on aime le jeu passionnément, on n'aime pas sa maîtresse. M*"* de Rieux.
— Il est étonnant de voir dans le cœur de certaines femmes quelque chose de plus vif que l'amour pour les hommes, je veoi dire Tambition et le jeu : de telles femmes rendent les hommes chastes, elles n'ont de leur sexe que les habits.
La Bruyère.
—Deux femmes connues par leurs galanteries, se querellaient devant un tapis vert. — Vous jouez donc un bien gros jeu f leur dit M. de T... en passant à cdté d*elles. — Mais non, nous jouons pour Thonneur. — Vous ! Ah ! mesdames, 8*écria-t-il en se retirant, vous faites bien du bruit pour rien ! A. R.
- Une femme dont la maison est livrée au jeu s'engage ordinairement à plus d'un métier. Duclos.
--Un soir, Dorât jouait au piquet avec mademoiselle D..., de la Comédie Française. Il était plus de minuit, et m'algré toute sa science, la jeune actrice n'avait pu encore gagner une seule partie. Heureux au jeu. Dorât, selon le proverbe, devait l'être en amour. Mademoiselle D... lui fit, en effet, pour la Doit, une place à côté d'elle. Le lendemain, comme notre Nte, fort content de sa petite personne, faisait le joli cœur : "- Pour Dieu! Monsieur, laissez- moi tranquille, lui dit-elle en se refusant à ses agaceries : Vous ne savez faire de grands ^ps qu'au piquet. A. R-
— La jeune Inès, la fleur de nos campagnes, Un certain soir, dans la belle saison, Voulut au bois, avec quelques compagnes, Aux quatre coins jouer sur le gazon.
Il leur manquait encore un personnage ; L'Amour dormait sous un chêne étendu :
Inès le crut un garçon du village; La pauvre enfant ne Tavait jamais vu*
Elle l'éveille : il boude, il se chagriuei Et ne veut pas jouer à ce jeu-là ;
Plus il se fâche, et plus ou le lutine : Mais le fripon ne voulait que cela.
11 cède enûn ; mais bientôt à Colette Avec adresse il vole les rubans, La bague à Lise, à Chloé sa houlette ; La jeune Inès laisse attraper ses gants.
Le )eu fini, chaque belle en colère f eut ses bijoux ; TAmonr veut un baiser : Lf nuit survient ; chacune craint sa mère . Avec TAmour il fallut composer.
Depuis ce temps on dit qu'Inès soupire; Chloé rougit, Lise baisse les yeux, Colette rêve, et toutes semblent dire Qu'avec TAmour tous jeux sont dangereux.
— Les hommes se devraient bien garder de jouer avec les femmes, et cela pour deux raisons : la première, qu'on n'ignore pas et qu'on peut dire, c'est qu^elIes jouent mal ; et la seconde, qu'on n'ignore pas davantage, mais que Ton ne dit point, c'est qu'elles sont friponnes. Or, la mauvaise foi triomphe ordinairement de la maladresse, et la fortune est toujours pour ceux qui trompent. Les hommes, qui ont leurs raisons pour perdre au jeu avec les femmes, feraient donc beaucoup mieux de lenr ouvrir tout de suite leur bourse; ils s'épargneraient de la mauvaise humeur et de l'ennui, et sauraient beaucoup plus tôt à quoi s'en tenir. J'ajoute qu'il y a des joueuses traîtresses qui font espérer, en commençant une partie, des choses dont elles ne se souviennent plus après. M"* de Rieux.
— Deux jeunes femmes, qui étaient assises depuis fort longtemps devant une table de jeu, unirent par se fâcher. La plus âgée, piquée de voir que sa rivale n'abandonnait pas la partie, lui dit avec humeur: — Ah ! Madame, que d'argent vous jouez! combien donc vos amants vous donnent-ils? — Ce que vous donnez aux vôtres. Madame, répondit la plus jeune en jetant sur la table quelques pièces d'or de plus. A. R.
— Dans une femme joueuse, la vertu est l'effet du hasard ; c'est un as au lieu d'un sept.
— Il ne sert de rien d'être jeune sans être belle ni d'être belle sans être jeune. La Rochefoucauld.
— « Profitons de notre belle jeunesse, s'écrie le chantre d0
, le temps s'enfuit comme un char rapide, et nous ne> is après nous qu'un peu de poussière. »
— Couronnons-nous de fleurs nouvelles, [ous en verrons bientôt l'éclat s*évanouir : routons du printemps qui passera comme elles,
L'âge nous presse d'en jouir.
Hâtons-nous, tout nous y convie ; aisissons le présent, sans soin de l'avenir ; Iraignons de perdre un jour, un instant d'une vie
Que la mort doit sitôt finir.
Sa rigueur n'épargne personne, 'ont l'eflbrt des humains n'interrompt pas ses lois ; !t de la même faux la cruelle moissonne
Les jours des bergers et des rois.
Sitôt que, froids et vains fantômes, )es fleuves redoutés nous toucherons les bords, lous n'aurons plus d'iris dans ces sombres royaumes ;
Il n'est point d'amours chez les morts.
On n'y sait plus chanter, ni rire ; Is n'ont plus ce nectar qui comble ici nos vœux, ^es festins où, des rois contrefaisant l'empire.
Nous nous croyons plus heureux qu'eux. ÀNACBÉoit.
11 sied bien à un homme qui n'est plus jeune, d'oublier 'a été. Saint-Évremont.
On n'a plus le cœur jeune impunément quand le corps » k l'être. J.-J. Rousseau*
Tous les proverbes ne sont pas des leçons de sagesse ; et n, qu'on répète d'autant plus qu'il semble mieux excuser )ltises : — Jl faut que jeunesse se passe ! — fait que 1» *t des hommes sont déjà vieux lorsque leur jeunesse n*est icore passée. Adolphe Ricard.
Dn ancien poëte disait des jeunes filles qui passent leur ise sans aimer :
Elles sont comme la rose franche, Qu'un jeune pasteur par oubli.
Laisse flétrir dessus la branche.
Sans se parer d'elle au dimanche.
Sans jouir du bouton cueilli.
Mmez de bonne heure si vous voulez aimer tard. Il n'y » nrs survivant à la' tombe que celles qui sont nées m^ m. Bermabdin db Saint- Pikreb.
— Jeunes beautés, profitez du bel Âge, Suivez le doux penchant de vos cœurs amoureui.
Rendez>vous, formez de doux nœuds :
Que servent les beaux jours, si Ton D*en fait usage?
Qui fuit un aimable esclavage, S'éloigne du seul bien qui doit nous rendre heureux :
Jeunes beautés, profitez du bel Age, Suivez le doux penchant de vos cœurs amoureux.
— Les amours de la jeunesse ont besoin d*un peu de sarprise, comme celles qui viennent ensuite ont besoin d'un peu d'habitude. M"* Guizot.
— Pleurer notre jeunesse, c'est le plus souvent regretter une belle femme qui nous a trompé. Daniel Sterk>
— Aimable rose, au lever de Taurore, Un essaim de zéphirs badine autour de toi.
Chacun d'eux jure qu'il t'adore, Chacun d'eux te promet une éternelle foi.
Mais le soleil, en se couchant dans l'onde. Voit à leurs tendres soins succéder le mépris;
La troupe ingrate et vagabonde Déserte sans scrupule avec ton coloris.
Tel est le sort de la belle jeunesse, Mille cœurs enchatni^s s'offrent à ses désirs;
Mais bientôt survient la vieillesse, La fleur tombe, et l'Amour cherche ailleurs ses plaisirs.
— Courir, quand on n'est plus jeune, après celles qui le «ont encore, c'est, de gaieté de cœur, affronter le ridicule, et vouloir que nos vices impuissants soient punis par notre propre humiliation. Adolphe Ricard.
JOXZ.
— Un des plus grands secrets pour être aimé, est de plaire <t de divertir : on amollit autant de cœurs parla joie que par les larmes. • M"' de Sartort.
— C'est en introduisant la joie dans le cœur d'une femme, qu'on y fait entrer l'amour. Adrien Duput.
JOZ.X.
— Le premier mérite des femmes, vis-à^vis de la plupart des hommes, est d'être jolies, et leur plus grand bonheur est de •e Tentendre dire. M"** d'Arconyille.
— Une femme ne peut guère être beHe que d*noe façob^ mais elle est jolie de cent mille. Montesquieu.
— FoDtenelle rencontrant un de ses amis qui s*était marié depuis quelques jours, lui demanda si sa femme était jolie. — Elle est très aimable, elle a de Tesprit, des lumières, réponditil. — Ce n*est pas ce que je vous demande, mon ami, reprit Fontenelle; est-elle jolie? Une femme n'est obligée qu*à cela.
— Il faut attendre qu'une femme cesse d'être jolie pour pouvoir juger de son mérite et de ses talents. M*"* d'Arconville»
— Une femme se souvient toujours qu'elle a été jolie, quelqu'âge qu'elle ait.
— Leis jolies femmes sont des buissons d'épines qui nou» attirent par leurs bouquets ; plus on en cueille, plus on se pique. Dahcoubt.
— Auprès d'une femme jolie Mille désirs rendent muet, Par le plaisir l'àme est remplie, On ne sait plus ce que Ton est.
On se rassure, on se prépare A lui parler; elle sourit!
D'un coup d'œil la raison s'égare, On ne sait plus ce que l'on dit.
Mais si le trouble de notre Âme Sur son cœur produit doux effet, D'amour l'on sent toute la flamme, On ne sait plus ce que Ton fait.
— Un gentilhomme fort ignorant, s'étant introduit à l'heure du dtner dans la maison de Descartes, le surprit assis auprèr d'une jolie femme, devant une table couverte de mets délicats. — Eb quoi ! s'écria-t-il, les philosophes ont-ils pour habitude de manger en si belle compagnie de si friands morceaux?— Eh! pourquoi non, Monsieur, répondit l'illustre métaphysicien; vous imaginez-vous, par hasard, que la nature n'ait fait les jolies femmes et les bonnes choses que pour les ignorants? A. R..
--Au déclin d'une jolie femme, les conquérants l'abandonnent, mais les marguillers se disputent à qui en fera une sainte.
-^ Une jolie femme, 6' est bon pendant un an, pendant deux ans; mais, dès 'la troisième année, que vous fait la coupe gracieuse de ce visage? que vous importent cette taille, et ce pied, et cette main adorés, admirés et commentés durant une •i longue série de lunes ? Si vous aimer désormais quelque
— 8iO —
•chose en cette femme, c*est Totre femme, et non la jolie femm la jolie femme n'est plus qu'un luxe importun, un spana inquiétant, une enseigne périlleuse qui a son beau cdté tour -vers la rue, et dont vous n'avez que le revers ; ce n'est pi <|u'un engin à attirer la foudre. Octave Feuilli
— Il est aussi difficile à une jeune femme de savoir qa'e «8t laide que d'ignorer qu'elle est jolie. J. Pëtit-Sei
— Rendre les femmes plus jolies, c'est rendre les maris pi •constants. Sgbibe.
— C'est une jolie condition, disait Fontenelle, que celle Jolie femme ; il est dommage qu'elles meurent deux fois.
— Une jolie femme est un charmant joujou qui platt à t( le monde; mais quand elle n'est que jolie, les hommes d*esp .A*en amusent et les sots s'en amourachent. Adolphe Ricai
jouxssAircs.
— On jouit plus par l'espérance, qu'on ne jouira jamais iféalité. L'imagination, qui pare toujours ce qu'on désire, I tendonne dans la possession. Il n'y a rien de beau que ce c n'est pas. J.-J. Rousseau.
— Les caractères de l'amour conjugal ne sont pas si éqi voques que l'amour entre les amants. Un amant , dupe lui-même, peut croire aimer sans aimer en effet; un mari & ^VL juste s'il aime : il a joui. Or, la jouissance est la pierre touche de l'amour; le véritable y puise de nouveaux feux, mi le frivole s'y éteint. Pàmage.
— S'abstenir pour jouir, c'est la philosophie du sage, c'( Tépicuréisme de la raison. J.-J. Rousseau.
— En fait de jouissances, l'amitié vit de ses rentes, et T «nour mange son capital. ^ J. Petit-Semn.