‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 193 sur 228 · LA JEUNE VEUVE · texte numérisé non relu

LA JEUNE VEUVE

La perte d*un époux ne va point sans soupirs; On fait beaucoup de bruit, et puis on se console. Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole ;

Le temps ramène les plaisirs.

Entre la veuve d'une année

Et la veuve d'une Journée La différence est grande ; on ne croirait jamais

Que ce fût la même personne ; L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits ;

11 soupirs vrais ou faux celle-là 8*abaodoDne ; est toujours même note et pareil eotretico.

On dit qu'on est inconsolable :

On le dit ; mais il n*en est rien.

Comme on verra par cette fable^

Ou plutôt par la vérité.

L^épom d'une jeune beauté irtait pour l'autre monde. A ses côtés sa femme ni criait : Attends-moi, je te suis ; et mon âme, ussi bien que la tienne, est prête h s'envoler.

Le mari fait seul le voyage.

I belle avait un père, bomme prudent et sage :

Il laissa le torrent couler.

A la fin. pour la consoler :

- « Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes : n'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes f uisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.

Je ne dis pas que tout à l'heure

Une condition meilleure

Change en des noces ce transport, [ais après certain temps souffrez qu'on vous propos» n époux, beau, bien fait, jeune, et tout autre chose Que le défunt. » — Ah ! dit-elle aussitôt,

Un cloître est l'époux qu'il me faut. » e père lui laissa digérer sa disgrâce.

Un mois de la sorte se passe; 'autre mois on l'emploie à changer tous les jours 'uelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure ;

Le deuil enfin sert de parure.

En attendaDt d'autres atours.

Toute la bande des Amours levient au colombier ; les jeux, les ris, la danse»

Ont aussi leur tour à la fin :

On se plonge soir et matin

Dans la fontaine de Jouvence, e père ne craint plus ce défunt tant chéri ; [ais comme il ne parlait de rien à notre belle :

« Où donc est le jeune mari

Que vous m'avez promis ? dit-elle. » La Foxtami.

Les veuves les plus affligées ne prétendent point verser mes inutiles. Si elles font éclater si fort leur désespoir, fin de prouver qu'elles sont dignes d'être consolées, et do

~ 556 ^ tenter que1qu*au de- remplacer le mari qu^elles plenreoU

ÀLGAROni.

— En pleurant l*époax qu*elle perd,

Lise vous Tait pitié; quelle erreur est la vôtre?

G^est comme un bâton de bois yert.

Qui brûle par un bout quand il pleure par Tautre,

— Les veuves les plus inconsolables troayent toajoan. quand elles sont jeunes et belles, quelqa^an qui les console.

Adolpbb Ricau».

— Les chroniques les plus amples Des veuves des premiers temps, Nous Tournissent peu d'exemples D'Artémises de vingt ans.

Plus la douleur est illustre.

Et plus elle sert de lustre A leur amoureux essor :

Andromaque, en moins d*ua lustre.

Remplaça deux fois Hector.

— J*ai entendu une Temme dire : « Ça n'est pas commode d*ètre veuve ; il Tant reprendre toute la modestie de la jeaoe fille, sans pouvoir même feindre son ignorance. »

M"* DE GiRABODI.

— Claire, à la fleur de son âge.

Veuve de saint Cyprien,

Au bout d'un an de veuvage.

Pour mari, prit saint Julien.

Il mourut, et la commère.

Voulait épouser saint Prix, «t Ventrebleu ! dit le notaire.

Cette femme veut donc faire C... tout le paradis?

— Un paysan picard venait d'arriver k Paris. Son bote Toalant le distraire, lui demanda s'il voulait voir la Veuve du Malabar (tragédie de Lemierre qu'on jouait à cette époque au Théâtre- Français). — La veuve du Malabar! Oh! nenni-da, m'sieur, répondit le paysan, j' suis pas un coureux de filles, moi, j' m'en tiens à not' femme. A. R-

-r- Il en est de la plupart des veuves comme de ces apparte* ments à louer auxquels, par mégarde, on a laissé Técriteau : lorsqu*on se présente pour les retenir, on est tout surpris d'apprendre que quelqu'un les occupe déjà. Adolphe Ricabd.

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