‹ L'amour, les femmes et le mariageChapitre 42 sur 228 · CONFESSION · texte numérisé non relu

CONFESSION

— Le capital pour une femme n*est pas d'avoir un directeoi mais de vivre si uniment qu'elle s'en puisse passer.

La BauTÈBE.

— Une femme qui n'a pas de confesseur pour l'absoudre d ses fautes, tâche d'en faire moins. La honte vaut mieux que I repentir : Pudere quam pigere prœslat. Rochebrune.

— Après avoir mené très joyeusement la vie, la comtesse d Grolée, sœur du cardinal de Tencin, tomba dangereusemen malade à l'âge de quatre-vingt-sept ans. La veille de sa mori on lui fit sentir la nécessité de mettre ordre à sa conscience, ( on amena, à cet effet, un ecclésiastique près de son lit. Ton ceux qui l'entouraient voulurent se retirer. — « Non, noi dit-elle, restez, mes amis; ma confession peut se faire ton haut et ne scandalisera personne... Mon père, ajouta-t-elle e £*adressantau prêtre, j'ai été jeune, j'ai été jolie, on me l'a dil Je Tai cru, jugez du reste. » A. R.

Un chapelier venait purifier

Sa conscience aux pieds d'un Barnabite :

« Çà, mon ami, votre état? — Chapelier.

— Bon. Et quelle est la coulpe favorite?

— Voir la donzelle est mon cas familier.

— Souvent? — Assez. — Et quel est Tordinaire? Hem, tous les mois? — Ah ! c'est trop peu, mon père.

— Tous les huit jours? —Je suis plus coutumier.

— De deux jours l'un ? — Plus encore : j'ai beau faire A tous moments le plus ferme propos...

— Quoi tous les jours ? — Je suis un misérable.

— Soir et matin? — Justement, mon père. — Diable ! Mais dans quel temps faites- vous des chapeaux?

Champfobt.

— Une jeune femme qui depuis six semaines avait pris poi confesseur l'abbé de Bernis, reçut un matin la visite de Font< Dclle. Avertie par sa femme de chambre , elle se hâta de s'hi biller pour recevoir l'illustre académicien, et lui dit avec ui grâce charmante: — Vous voyez. Monsieur, qu'on se lève poi

'oas. — 11 est vrai, Madame, répondit le malin Tieillard, maif ous vous couchez pour un autre. A. R.

CONFESSION DE ZULMÊ.

Qu'exigez-vous, belle Zulmé ?

Qui, moi, dans les replis de votre conscience.

Porter avec sévérité

Le flambeau de la pénitence !

Moi, confesseur de la beauté?

D'un sage directeur ai-je donc l'apparence? En ai-je le maintien, le ton, la gravité? Ai-je surtout une oreille aguerrie

Contre les timides aveux

D'une pénitente jolie ?

Si vous m'ai lez conter d'une voix attendrie

Quelqu'un de ces péchés heureux

Qui Tont le charme de la vie, Que deviendrai- je? un démon tentateur Da:ts les sens trop émus du nouveau directeur, N'ailumera-t-il point une flamme profane? Et n'envierai- je pas dans le fond de mon cœur, Tous ces jolis forfaits qu'il faut que je condamne? Enfin, vous le voulez, je vais vous obéir :

Quoique novice en cette affaire.

Que ne ferais-je pas dans Tespoir de vous plaire? Recueillez-vous, ma sœur, le guichet va s'ouvrir.

Commençons. Â L'ORGUEIL vous êtes vous livrée? Moi, je le crois : quand on a vos attraits. De tous les cœurs, quand on est adorée. De cet encens qui brûle et ne s'éteint jamais

Sur les autels dont on est entourée, Pourrait-on quelquefois n'être pas enivrée? Tout vous conduit vers ce piège trompeur. Et le miroir qui répèle vos charmes, Et les tendres regards, et l'hommage flatteur De mille amants qui vous rendent les armes, Et vos talents, et cet air séducteur, Et cette taille de déesse, Et ces beaux yeux où la noblesse Succède à la tendre langueur.

Et la langueur à la finesse.

Aussi, j'excuse en vous cette faiblesse; L'humilité ne sied qu'à la laideur.

Poursuivons. Êtes-vous eocline k l'AV ARIGE ? Vous rougissez, vous avez bien raison; C'est, ma sœur, un fort vilain vice, Un vice pour lequel il n'est point de pardon. Inutile dépositaire De tous les trésors de Tamour, N'en doutez pas, vous répondrez un jour Du bien que vous auriez pu faire.

Rassurez-vous pourtant; non, il n'est point d'erreurr^ Qu'un bon repentir ne répare.

Renoncez donc à vos rigueurs; Soyez, pour gagner tous les cœurs, * Économe de vos faveurs.

Mais n'en soyez jamais avare.

Le péché des GOURMANDS, parlez-moi sans détour^ Est-il aussi le vôtre? Ah ! ce serait dommage. Ce dieu dont votre bouche est le charmant ouvrage^ Qui d'un corail si pur en orna le contour, Se plut à la former pour un plus digne usage : Elle est faite, Zulmé, pour le tendre langage. Les soupirs, les aveux, les baisers de l'Amour.

Si quelquefois de la COLÈRE

Vous avez senti les accès.

Sans doute les efforts d'un amant téméraire. De votre cœur avaient troublé la paii.

Zulmé, votre courroux n'était point légitime, Épris de vos attraits, piqué de vos refus.

Son audace était-elle un crime?

Croyez-moi, ne vous fâchez plus

Contre une erreur si naturelle :

Les désirs qu'on sent naître en vous voyant si belle. Nuisent bien au respect qu'exigent vos vertus.

Votre Âme, j'en suis sûr, du poison de l'ENVIE

A toujours su se préserver;

EbJ qui pourrait vous inspirer

Un mouvement de jalousie?

Vous reste-t-il quelques vœux à former?

En talents, en appas, vous n'avez point d'égales. D'un sentiment si bas peut-on vous soupçonner?

Il n'est fait que pour vos rivales.

Il est un péché moins affreux Auquel, je Tavoûrai, je voas crois fort sujette ;

— il9 —

Péché que plus d'une fillette

Entre deux draps, commet souvent seulette

Ne baissez point vos deux grands yeux; Que rien n'alarme ici votre délicatesse ;

De pécbé-là, Zulmé, ce n'est que la PARESSE.

Ne cherchez point à vous en corriger : Et de Tamour, si le souffle léger, Au point du jour, vous berce d'heureux songes, Pour le bien de l'humanité, Puissent de si riants mensonges Vous inspirer du goût pour la réalité !

Enfin ma tâche est bientôt achevée ; De six péchés vous voilà confessée :

Il en reste un le plus charmant de tous.

De celui-là, s'il est sur la liste des vôtres.

Non-seulement je vous absous ; Mais, eu faveur de ce péché si doux,

Je TOUS pardonne tous les autres. GufGCENé.

— Près d'une femme, le confesseur toujours plus fort que le mari, est toujours plus faible que Tamant. Tout-puissant dans les langueurs de l'oisiveté domestique, -où il apporte quelque éffiotioD et un élément de mystère qui platt aux imaginations vives, son pouvoir s'éclipse en un clin d'œil le jour où les passions éclatent et où quelque chose de plus mystérieux et de plos émouvant que lui vient animer les heures et remplir la pensée. Daniel Stebn.

OONFIAiarCE.

— Celui qui se fie à une femme se fie à un voleur. Héstods. ~ Confie ta barque aux vents, ne confie pas ton cœur aux

l^ellcs; car l'onde est moins perfide que la promesse d'une ^nime. Quintus Cicéron.

— Il ne faut pas se fier à femme morte. Proverbe.

— Comme les vieux galants sont naturellement plus discrets QQe les jeunes, ils gagnent plus facilement la confiance dps femmes. Il en est de ces gens-là comme des vieux capitaines à QQi une longue expérience a montré cent moyens de surprendre l(s places, que les jeunes officiers ne savent pas.

M""' DE Sartory.

— En amour, donner sa confiance avant que de connaître, c'est joaer à se repentir après avoir connu. Oxenstiern.

"- L'homme qui sait dire à une femme des choses agréables,

4l'au toD qni le soit aussi, obtient toujours la confiance de celle qui récoute. parce qu'elle ne peut douter de la bonne foi du flatteur sans déroger à Pidée qu'elle a de son propre mérite.

M"* d'Abconvu.le.

— Un jeune homme que des chagrins d'amour tourmentaient beaucoup, vint un jour consulter le marquis de Pezay sur la conduite qu'il avait à tenir avec sa matlrcsse : — Mon ami, fui dit le poêle :

Confie aux vents légers ta nacelle timide ; Aux femmes garde -toi de confier ton cœur.

Bien plus que l'élément liquide,

Le sexe est changeant et trompeur* Nulle femme n^est bonne, et s'il s'en rencontre une

Qui soit faite d'autre façon, Je ne sais vraiment pas par quel coup de fortune. Ce qui ne valait rien a pu devenir bon. A. R.

— Les femmes font habituellement de la confiance le premier besoin de l'amitié. M"' de Staël.

— Une confiance hardie ne déplatt pas aux femmes. Byron.

COBrFIDESrCE.

— Celui qui n*a Jamais aimé ne saurait être confident utile et agréable ; comme il ignore les plaisirs de l'amour, et qu'il ne connaît point ses peines, il ne peut partager les premiers ni consoler les dernières. M"** d'Arconville.

— L'ami le plu^ intime d'une femme est moins aimé que le confident de son amour. Meilhan.

— Depuis que Tamour fait des heureux et des misérables, on n'a jamais pu se passer de confidents. On a tort, car dans tme véritable passion, il ne faut point de tierce personne.

M"* DE Sartobt.

— Rien n'augmente l'amour et n'amollit le cœur comme « confidence. M"* de Montolieo.

— L'allégresse du cœur s'augmente à la répandre. Et, goûtât-on cent fois un bonheur tout parfait, On n'en est pas content, si quelqu'un ne le sait.

Molière.

— 11 est si doux de parler de ce qu'on aime, qu'une des premières faveurs de l'amour est de pouvoir confier les peines secrètes dont il nous accable. Tressan.

— C'est presque toujours pour sauver de grandes confidences i|ue les femmes en font de petites à leurs maris. Rocbebruhb.

—Ce qai uDît les femmes entre elles est beaucoup moinâ l*effet de la sympathie que des confidences qu'elles se font réciproquement. Adrien Dopdt.

— La seule confidence, peut-être, qu'on puisse sans danger faire à la femme la plus discrète, c'est qu'on la trouve jolie.

Charles Lemeslb.

— A quarante ans un homme a peu de chances pour plaire 8*il s'adresse à la passion, celte large porte du cœur ouverte seulement à la jeunesse ; mais les détours si multipliés de la vanité féminine lui offrent un accès non moins profitable, quoique plus modeste. Laissant aui amoureux de vingt ans les orageuses extravagances, il doit adopter un système de galanterie pénétrante, bien qu'en apparence tempérée, qui, pour aller au but par une marche oblique, n'en gagne pas moins de terrain, et surtout n'en perd jamais; il doit enfin procéder par iosinuation, plutôt que par agression; et, aspirant au rôle d'amant, se résigner provisoirement à celui de confident, emploi snbalterne en apparence, mais qui mène loin ceux qui savent habilement en exploiter les innombrables ressources.

Charles de Bernard.

— Les seules confidences qui soient bien reçues entre femnves, sont celles qu'accompagnent la franchise de ce raisonnement : Ma chère amie, dans la guerre aussi absurde qu'implacable que nous font les préjugés mis en vogue par nos tyrans, servez-moi aujourd'hui, demain ce sera mon tour. Stendhal.

GONMAZSSABTCE.

— Comme l'aurore précède le soleil, la connaissance doit précéder l'amour : ce que l'on fait h la hâte oblige souvent au repentir tout le reste de sa vie. » Je suis longtemps à peindre, mais aussi je peins pour longtemps, » disait Xeusis à ceux qui lui reprochaient d'èlre lent à terminer ses tableaux. On peut dire, pour une ferme affection, ce que ce grand artiste disait pour une peinture excellente. Le P. Du Bosc.

— Dans un engagement tel que le mariage, où la raison demande absolument qu'une femme cherche son bonheur autant do moins que celui d'autrui, c'est une témérité dangereuse» qne de se jeter entre les bras d'un inconnu. L'abbé Prévost.

— A quoi sert l'examen avant le mariage?

A rien. Ce n'est qu'après, qu'on se connatt à fond.

Las de se composer avec un soin extrême ,

Le naturel caché prend alors le dessus ;

Le masque tombe de lui-même, Et malheureusement ou ne le reprend plus. La Chaussée.

— Il faut s'appliquer à se bien connattre Tun Tautre avant de s'ëpouser; et c'est ce qui est bien rare. On cherche à se tromper mutuellement, on se compose, on ne se montre que par le beau côté. On ne se connaît bien que lorsqu'il n'est plus temps de se connattre ; et le bandeau de Pamour tombe lorsqu'il devrait encore nous couvrir les yeuXf Mais puisque d'ordinaire on n'a sur ce point aucun reproche à se faire de part et d'autre, l'unique parti qu'on doit prendre, est de se pardonner réciproquement et de se faire une vertu de la nécessité. S'attendre d'ailleurs à trouver dans sa femme toutes les qualités et tous les avantages, c*est s'attendre à ce qu'on ne trouvera jamais que dans les romans, ou dans ces jolis couplets qu*0Q a faits sur le choix d'une femme :

Si d'épouser je faisais la folie,

Et si j'étais le maître de moo choix,

Connais, Hymen, celle qui sous testais

Pourrait fixer le destin de ma ?ie.

Je la voudrais plus aimable que Mie,

De la santé possédant les trésors.

Aux dons du cœur, aux agréments du ooTpB

Joignant d'esprit quelque douce étincelle

Je la voudrais de dix-huit ans parée :

Cet âge heureux, si propre au sentiment,

Répand sur nous son aimable enjouement,

D'un sort flatteur présage la durée.

Je la voudrais simple dans sa parure,

Dans ses discours, ainsi que dans ses goûts :

Le vrai bonheur, les plaisirs les plus doux

Doivent à l'art bien moins qu'à la nature.

Je la voudrais riche sans opulence :

Trop de fortune inspire trop d'orgueil ;

Mais pauvreté serait un autre écueil :

Pour être heureux il faut un peu d'aisance.

Je la voudrais qui n'eût pas d'autre envie.

D'autre désir que celui de m'aimer.

Si ce trésor, îlymen, peut se trouver

De l'épouser je ferai la folie. L'abbé Blanchard.

— Pour être aimé des femmes, il faut les laisser croire qu'oo ne les connaît pas. Elles ne peuvent se persuader qu'un homme puisse les connattre et les aimer en même temps. Chamffort.

•»Se marier sans se connattre, c'est Jeter son bonheur à croii

ou pile. AUG. GUTARD.

— Il est difficile de dire si Ton connatt mieux les femmes^ quand on les aime, que quand on ne les aime plus , si la chose est possible. Meilhan.

— ff II importe peu que les amants s'aiment avant de se connattre, disait un jour M. de B..., mais les époux doivent nécessairement se connattre avant de s'aimer. • — Allons donc! dit Cbampforty s'ils se connaissaient, la plupart ne se marie-^

nient pas. A. R.

COBTQUÊTi;

— Depuis la grande dame jusqu'à la plus humble fille, il n'y a point de femme qui ne soit contente d'elle-même lorsqu'elle a fait la conquête d'un galant homme. La plus laide ne Test jamais à ses propres yeux : elle trouve mille raisons pour justiGer le choix de son amant, soit avec le secours, soit en dépit de son miroir. Bionhel.

— Une femme qui n'aime rien, envie quelquefois à d'autres leurs conquêtes ; une femme qui aime, pardonne encore moins celles qui se font à ses dépens. Adrien Dupoy.

•— C'est une conquête peu flatteuse pour un honnête homme que celle qui s'ofl're : la plus belle est, à mon se6s, celle qui coâte, et la plus difficile à conserver, celle qui n'a rien coûté.

M"* DE RlEDX.

— Les premières et les dernières conquêtes sont celles dont les femmes se savent le plus de gré. Quand on est jeune c'est quelque chose de plaire déjà, et c'est beaucoup de plaire encore quand on se trouve sur le retour. Marivaux.

— Il faut que Les femmes le sachent bien : Les hommes ne goûtent dans le plaisir d'être aimés que celui de triompher de la personne qui les aime ; et les amants heureux ne sont heureux que parce qu'ils sont conquérants. Fontenelle.

— Avec une jolie figure, de la fraîcheur et ses vingt ans, une femme, quelque sotte qu'elle soit, fait beaucoup de conquêtes et ne les garde pas. Avec de l'esprit, trente ans et peu de beauté, une femme en fait beaucoup moins, mais elles sont plus durables. Adrien Ddput.

-~ La plupart des femmes qui font le sujet du triomphe des hommes ont le cœur froid, les sens tranquilles et la tête déréglée. Ce n'est pas la raison qui détermine leur choix ; ce n'est pas l'amour, ce n'est pas même le plaisir, c'est la folie qui leur échauffe l'imagination pour un homme qui devient successive-

ment Tobjct, le complice, et la victime d'un caprice. Uaan leur plak sans autre raison que de s'être présenté le prent et il est bientôt quitté pour un second, qui n'a d'autre m^ que d*ètre venu le dernier. Ddclos.

— Il suffit souvent d'être aimé d'une femme pour fait conquête de plusieurs autres. Achille Poinceloi

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