‹ L'amour médecinChapitre 10 sur 19 · SGANARELLE, MESSIEVRS · texte numérisé non relu

SGANARELLE, MESSIEVRS

TOMES, DES FONANDRÉS,

MACROTON ET BAHYS.

SGANARELLE

|Essieurs , l'oppression de ma fille augmente, ie vous prie de me dire viste ce que vous auez résolu.

M. TOMES

Allons, Monsieur.

M. DES FONANDRÉS.

Non, Monsieur, parlez, s'il vous plaist.

42 V Amour Médecin,

M. TOMES

Vous vous mocquez.

M. DES FONANDRÉS.

le ne parlerai pas le premier.

M. TOMES

Monsieur.

M. DES FONANDRÉS.

Monsieur.

SGANARELLE

Hé, de grâce, Messieurs, laissez toutes ces cérémonies, et songez que les choses pressent.

M. TOMES

Ils parlent tous quatre ensemble.

La maladie de vostre fille.

M. DES FONANDRÉS.

L'auis de tous ces Messieurs tous ensemble.

Comédie. 43

M. MACROTON.

Après auoir bien consulté.

M. BAHYS.

Pour raisonner.

SGANARELLE

Hé, Messieurs, parlez Tvn après l'autre, de grâce.

M. TOMES

Monsieur, nous auons raisonné sur la maladie de vostre fille, et mon auis, à moy, est, que cela procède dVne grande chaleur de sang : ainsi ie conclus à la saigner le plustost que vous pourrez.

M. DES FONANDRÉS.

Et moy ie dis que sa maladie est vne pourriture d'humeurs, causée par vne trop grande repletion : ainsi

44 V Amour Médecin,

ie conclus à luy donner de Themetique.

M. TOMES

le soustiens que Themetique la tuera.

M. DES FONANDRÉS.

Et moy, que la saignée la fera mourir.

M. TOMES

C'est bien à vous de faire l'habile homme.

M. DES FONANDRÉS.

Oùy, c'est à moi, et ie vous presteray le colet en tout genre d'érudition.

M. TOMES

Souuenez-vous de l'homme que vous fistes creuer ces iours passez.

Comédie. 40

M. DES FONANDRÉS.

Soimenez-vous de la Dame que vous auez enuoyée en Tautre monde, il y a trois iours.

M. TOMES, le vous ay dit mon auis.

M. DES FONANDRÉS.

ïe vous ay dit ma pensée.

M. TOMES

Si vous ne faites saigner tout à l'heure vostre fille, c'est une personne morte.

M. DES FONANDRÉS.

Si vous la faites saigner, elle ne sera pas envie dans vn quart d'heure.

SCEN E V

SGANARELLE, M» MACROTON, ET BAHYS, MEDECINS.

SGANARELLE

Qui croire des deux? et quelle resolution prendre sur des auis si opposés?

Messieurs, ie vous conjure de déterminer mon esprit, et de me dire, sans passion, ce que vous croyez le plus propre à soulager ma fille.

M. MACROTON.

Il parle en allongeant ses mots.

Mon-si-eur. Dans. ces. ma-ti-eres.Jà. il. faut.pro-ce-der. auec-que.

cir-cons-pec-tion.et.ne.ri-en.fai-re,

Comédie. 47

com-me. on. dit, à. la. vo-lé-e. Dautant. que.les.fau-tes. qu'on, y. peut, fai-re. sont, se-lon. nos-tre. Maistre. Hip-po-cra-te. d'v-ne. dan-gereuse. con-se-quen-ce.

M. BAHYS.

Celui-cy parle tousjours en bredouillant.

Il est vray. Il faut bien prendre garde à ce qu'on fait. Car ce ne sont pas icy des jeux d'enfant; et quand on a failly, il n'est pas aysé de reparer le manquement , et de restablir ce qu'on a gasté. Experimentum periculosum. C'est pourquoy il s'agist de raisonner auparauant, comme il faut, de peser meurement les choses, de regarder le tempérament des gens, d'examiner les causes de la maladie, et de voir les remèdes qu'on y doit apporter.

SGANARELLE

LVn va en tortue, et l'autre court la poste.

M. MACROTON.

Or. Mon-si-eur, pour, ve-nir. au.

fait. ie. trou-ue. que. vos-tre. fil-le. a. vne. ma-la-die. chro-ni-que, et.

qu'el-le. peut, pe-ri-cli-ter, si. on.

ne. luy. don-ne. du. se-cours; dautant. que. les. sym-ptô-mes. qu'elle, a, sont, in-di-ca-tifs. dV-ne.

va-peur, fu-li-gi-neu-se. et. mor-dican-te, qui. lui. pi-co-te. les. membra-nes. du. cer-veau. Or. cet-te.

va-peur. que. nous, nom-mons. en.

Grec, At-rnos est. cau-sé-e. par.

des. hu-meurs. pu-tri-des. te-na-ces, et. con-glu-ti-neu-ses,, qui. sont, con-te-nuës. dans. le. bas. ven-tre.

Comédie. 49

M. BAHYS.

Et comme ces humeurs ont esté là engendrées, par vne longue succession de temps; elles s'y sont recuites, et ont acquis cette malignité, qui fume vers la région du cerveau.

M. MACROTON.

Si-bi-en, donc, que. pour, ti-rer. des-ta-cher, ar-ra-cher, ex-pul-ser, é-ua-cuer. les-di-tes. humeurs, il.

fau-dra. v-ne. pur-ga-tion. vi-goureu-se. Mais. au. pré-a-la-ble, ie.

trou-ue. à. pro-pos, et. il. n'y. a.

pas. d'in-con-ue-ni-ent. dV-ser. de.

pe-tits. re-me-des. a-no-dins, c'est, à. di-re, de. pe-tits. la-ue-ments. remol-li-ants. et. de-ter-sifs, de. iuiets. et. de. si-rops. ra-frai-chis-sans. qu'on, mes-le-ra. dans. sa. pti-

5o L'Amour Médecin,

san-ne.

M. BAHYS.

Apres nous en viendrons à la purgation et à la saignée, que nous réitérerons s'il en est besoin.

M. MACROTON.

Ce. n'est, pas. qu'à-uec. tout-cela, vos-tre. fil-le. ne. puis-se. mourir; mais, au. moins, vous, au-rez.

fait, quel-que. cho-se, et. vous, aurez, la. con-so-la-ti-on, qu'elle, sera, mor-te. dans. les. for-mes.

M. BAHYS.

Il vaut mieux mourir selon les règles, que de réchapper contre les règles.

M. MACROTON.

Nous. vous, di-sons. sin-ce-rement. nos-tre. pen-sée.

Comédie. 5 1

M. BAHYS.

Et vous auons parlé, comme nous parlerions à nostre propre frère.

SGANARELLE

A Monsieur Macroton.

le. vous, rends, tres-hum-bles.

gra-ces.

A Monsieur Bahys.

Et vous suis infiniment obligé de la peine que vous avez prise.

52 V Amour Médecin,

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