‹ L'amour médecinChapitre 12 sur 19 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

MESSIEVRS FILERIN, TOMES ET DES FONANDRÉS

M. FILERIN.

'Auez-vous point de honte, Messieurs, de montrer si peu de prudence pour des gens de vostre âge, et de vous estre querellez comme de ieunesestourdis?

Ne voyez-vous pas bien quel tort ces sortes de querelles nous font parmy le monde? et n'est-ce pas assez que

les sçavants voyent les contrarietez, et les dissentions qui sont entre nos Autheurs et nos anciens Maistres, sans descouurir encore au peuple, par nos débats et nos querelles, la forfanterie de nostre Art. Pour moy, ie ne comprens rien du tout à cette méchante Politique de quelques vns de nos gens. Et il faut confesser, que toutes ces contestations nous ont descrié, depuis peu, d'une estrange manière, et que, si nous n'y prenons garde, nous allons nous ruiner nousmesmes. le n'en parle pas pour mon interest. Car, Dieu mercy, i'ay desja estably mes petites affaires. Qu'il vente, qu'il pleuue, qu'il gresle, ceux qui sont morts sont morts , et i'ay dequoy me passer des viuans. Mais enfin, toutes ces disputes ne vallent

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rien pour la Médecine. Puisque le Ciel nous fait la grâce que depuis tant de siècles, on demeure infatué de nous : ne desabusons point les hommes auec nos cabales extrauagantes, et profitons de leur sottise le plus doucement que nous pourrons. Nous ne sommes pas les seuls comme vous sçauez, qui taschons à nous preualoir de la foiblesse humaine. Cest-là que va Festude de la pluspart du monde, et chacun s'efforce de prendre les hommes par leur faible, pour en tirer quelque profit. Les flateurs, par exemple, cherchent à profiter de l'amour que les hommes ont pour les louanges, en leur donnant tout le vain encens qu'ils souhaittent : et c'est vn art où Ton fait, comme on void des fortunes

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considérables. Les Alchimistes taschent à profiter de la passion que Ton a pour les richeses, en promettant des montagnes d'or à ceux qui les escoutent. Et les diseurs d'Horoscope, par leurs Prédictions trompeuses profitent de la vanité, et de l'ambition des crédules esprits : mais le plus grand foible des hommes, c'est l'amour qu'ils ont pour la vie, et nous en profitons nous austres, par nostre pompeux galimatias; et sçavons prendre nos auantages de cette vénération, que la peur de mourir, leur donne pour nostre mestier. Conseruons-nous donc dans le degré d'estime où leur faiblesse nous a mis, et soyons de concert auprès des malades, pour nous attribuer les heureux succez de la maladie, et

rejetter sur la Nature toutes les beueuës de nostre art. N'allons point, dis-je, destruire sottement les heureuses preuentions d'vne erreur qui donne du pain à tant de personnes.

M. TOMES

Vous auez raison en tout ce que vous dites; mais ce sont chaleurs de sang, dont par fois on n'est pas le maistre.

M FILERIN.

Allons donc, Messieurs, mettez bas toute rancune, et faisons icy vostre accommodement.

M. DES FONANDRÉS.

F y consens. Qu'il me passe mon hemetique pour la malade dont il s'agist, et ie lui passeray tout ce qu il

voudra pour le premier malade dont il sera question.

M. FILERÏN.

On ne peut pas mieux dire. Et voila se mettre à la raison.

M. DES FONANDRÉS.

Cela est fait.

M. FILERIN.

Touchez donc là. Adieu. Vne autre fois montrez plus de prudence.

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