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L'amour morbide

Tous les êtres animés, depuis le plus infime jusqu'au plus élevé, sont conduits par deux nécessités pressantes : la faim, qui a pour but la conservation de l'individu, et l'amour, qui a pour but la conservation de l'espèce.

Tout, en effet, cède au besoin d'aimer physiologiquement. Le pollen des fleurs, emporté par le vent, va féconder les organes femelles ; l'atome copule sa sœur la molécule ; et le vermisseau dans l'herbe se pâme de volupté. « L'oiseau a une femelle qu'il aime ; le poisson, au milieu des eaux, trouve avec qui goûter les plaisirs de l'amour; le cerf court après la biche ; le serpent s'unit au serpent ; le chien, après l'accouplement,

VI l'amour morbide

demeure attaché à la chienne; la brebis aime à être couverte par le béher, la génisse par le taureau; le bouc, tout répugnant qu'il est, ne déplaît pas à la chèvre lascive ; la cavale, brûlant des fureurs de l'amour, va rejoindre l'étalon dans des lieux éloignés, elle franchit les fleuves qui l'en séparent » (1).

Chez l'homme, ce besoin n'est pas moins puissant. Au lendemain d'une sanglante bataille, au miheu d'une vaste plaine semée de morts et de mourants, Napoléon I^r fit cette réflexion : « Une nuit de Paris réparera tout cela. » S'il put s'exprimer ainsi, dans sa brutalité de conquérant, c'est qu'il savait que les jouissances physiologiques de l'amour dominent l'humanité tout entière, et préludent, sans trêve ni repos, à son éternel rajeunissement (2).

Mais l'homme n'est pas seulement un être doué de besoins physiologiques, c'est aussi un être pensant, un roseau pensant, a dit un philo-

(1) Ovide. L'art d'aimer, livre II.

(2) Voyez à ce propos : G. Barral. Discours préliminaire au Bréviaire de V amour expérimental, du D'' Jules Guyot, p. 37. Marpon et Flammarion. Paris 1882.

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