‹ L'amour prodigue [par] René MaizeroyChapitre 22 sur 31 · LES MULES · texte numérisé non relu

LES MULES

que sincère, heureuse de faire un heureux, elle lui envoya, fleurie de bruyères sauvages et de viornes des haies, la seconde mule avec un de ces petits mots qui vous ouvrent le ciel... Le reste se devine et se résume dans cette seule phrase : Ils s'aimèrent... Elle avait cru être la bonne fée, l'amie de miracle qui l'aiderait à gravir tout doucement le calvaire, qui lui cacherait jusqu'au bout, de ses bras éployés, de sa bouche épanouie, de son corps radieux, l'inexorable faucheuse... Et ce fut elle, qui sait par quelle fantaisie ou quelle méprise du Destin, qui reçut le coup, elle dont les beaux yeux s'emplirent, les premiers, de ténèbres, ce fut lui qui recueillit son dernier adieu alors qu'elle se voyait mourir, qui se pencha sur cette atroce agonie, sanglotant, s'ofl'rant en holocauste, lui qui accompagna, qui défendit ce pauvre cercueil si léger que l'on charriait, que Ton ballottait lamentablement de pièce en pièce, dans l'appartement luxueux qu'inventoriaient en hâte des créanciers sans vergogne... Et, depuis lors, il se claustre presque complètement, il s'agenouille des heures et des heures, à demi fou, devant une façon d'autel funéraire oii.

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parmi les fleurs, reposent les deux mules de satin blanc et l'image de Josine, un instantané de ville d'eau en jupe de tennis et en chemisette brodée, il maudit la mort qui s'est amusée, ironique, cruelle, à l'épargner, à le laisser vivre pour endurer, nuit et jour, le pire des supplices... ))

... Dans la loggia tapissée de châles de Manille, des guitaristes préludaient et une chanteuse andalouse modulait ce couplet de rondena :

Deniro de la sepultura 1 de gusanos roido, Se han de enconirar en mi pecho Senas de haberte querido.

Ames légères

Pour Henri Davernois.

Ames légères

Bleue et violette, striée d'innombrables et tremblantes lueurs, la mer étincelle entre les grappes de fleurs que dorent les mimosas. Les cheveux semblent plus blonds, les yeux plus clairs, les lèvres plus rouges sous les ombrelles de soie transparente qu'irise le soleil. Des papillons volent sans se poser au-dessus de la table jonchée d' œillets oii l'on a servi, avec le thé, des mandarines d'Ezza et des barquettes de fraises nouvelles. Des voiles de yachts s'éploient aventureuses au bord du ciel.

(( D'abord, s'écrie M™* de Rhonel, ça ennuyait mon mari que j'aille raconter ainsi mes petites histoires de cœur à quelque prestolet qui ne sait par quel bout se prend une femme et peut vous engluer sans retour... Et puis ces

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confessionnaux sont si mal tenus, ont une odeur de vieille dévole qui ne se lave qu'à Pâques ou à la Trinité... Au reste, comment ne pas être un peu païenne par ce temps oii tout redevient grec, les coiffures, les robes de bal, les écharpes, les danses.»^

— Heureusement que votre vénérable tante Le Gueydon ne vous entend pas, plaisante M"^ d'Armières, ce que vous seriez déshéritée, séance tenante, ma chère!

— Pour ce qu'elle nous laissera quand les bonnes sœurs, les bons pères, etc., qui la chambrent auront grignoté le gâteau I

— Je suis comme Maggie, affirme de sa voix aiguë la comtesse San Felice, je crois à des tas de choses, mais je ne pratique plus... mais, là, plus du tout... Et cependant j'ai été longtemps l'ouaille modèle, édifiante, mystique, malléable, qui ne manquait pas un office, qui éludait les joies de la vie pour ne songer qu'aux béatitudes éternelles, cette douce chimère. . . Je me souviens que le matin de ma première communion, au Sacré-Cœur, après avoir lu et relu la longue liste de péchés qui encombre les eucologes de pensionnat, je m'aperçus que j'en avais négligé

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